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WAGNER AU MALI : Viendra ou viendra pas ?

mercredi 6 octobre 2021

Venue au nom de la solidarité internationale et dans des conditions qu’il va falloir un jour chercher à comprendre, la France et ses alliés peinent à redonner au Mali sa quiétude d’avant 2012. Pire. De jour en jour. L’on a l’impression que la situation sécuritaire se dégrade d’avantage. Il fut une époque, où le Mal était circonscrit dans la partie nord du pays. Mais, aujourd’hui l’on regrette de constater que malgré tous les soutiens internationaux matérialisés par la présence de milliers de soldats étrangers sur le sol malien, comme une pieuvre l’hydre terroriste est entrain de tendre ses tentacules un peu partout au Mali. Et, aujourd’hui, aucune portion du territoire malien n’est à l’abri des terroristes que certains appellent volontiers Djihadistes. Terroristes, ou Djihadistes, ou encore Bandits armés, le Mali est aujourd’hui devenu le temple par excellence de l’extrémisme violent.

Depuis bientôt des années, malgré la présence des forces internationales aux côtés du Mali, comme dans une stratégie de planification bien huilée, le pays s’est installé petit à petit dans une spirale de violences. De jour en jour, elle prend une ampleur dramatique. Les atrocités de masse sont désormais une réalité. Des villages entiers sont pillés, brûlés et ravagés par une horde d’individus armés sans foi ni loi. Leurs habitants sont tués pour leur seule appartenance communautaire. Des femmes sont exposées aux sévices de tout ordre, même au viol. Des enfants devenus orphelins par la force des choses, n’ont plus accès aux écoles fermées par millier et les maîtres chassés. Des hommes sont arrêtés et exécutés, sur la base de dénonciations ou simplement parce qu’ils sont issus de telle ou telle autre communauté. A ces massacres plus ou moins médiatisés, et dont certains font l’objet d’enquêtes judiciaires, s’ajoutent une multitude de crimes, la plupart du temps passés sous silence. Dans des zones de grandes productions comme l’Office du Niger, des paysans sont abattus dans leurs champs comme des lièvres. Et, pire, des champs de riz arrivés à maturité, au lieu d’être récoltés, sont passés par le feu. Si des écoles étaient fermées au centre du pays, il nous est revenu que dans le cercle de Tominian, dans la région de San et dans plusieurs localités de la région de Sikasso, des individus enturbannés, ont sillonné plusieurs villages pour décréter l’interdiction d’ouverture des écoles à la rentrée prochaine. Plus grave, l’on a aujourd’hui l’impression qu’une stratégie d’asphyxie des grandes agglomérations du pays est mise en œuvre.

Deux attaques meurtrières ont suffi pour installer une psychose chez tous les usagers de la route reliant Kayes à Bamako. Que dire des autres routes du pays ?

Que faire dans un tel contexte ? Continuer à faire une confiance aveugle à la communauté internationale conduite par la France et qui n’arrive pas à donner des résultats satisfaisants depuis bientôt 8 ans ? Ou, se démener pour avoir d’autres solutions ?

La théorie du naufragé

Sans dire forcement que Wagner sera la solution au problème malien, l’occident conduit par la France, qui se dresse contre ce choix des autorités maliennes, au lieu de crier sur tous les toits, devra de façon concrète faire une proposition de nature à rassurer les maliens. Et, à défaut, il va falloir souffrir de côtoyer les russes sur le sol malien dans les opérations militaires.

Comme un naufragé qui se noie, le Mali n’a pas le choix. Il va devoir s’accrocher à toutes les solutions possibles, même à des nénuphars pour se tirer d’affaire. Et, cela est de bonne guerre. Surtout que la grande majorité des maliens sont aujourd’hui convaincus que leur pays est victime d’un complot international qui ne dit pas son nom.

Avec tous les moyens matériels et techniques dont disposent aujourd’hui l’humanité, notamment en terme de télécommunication, les puissances alliées engagées aux côtés du Mali, peinent à rétablir un climat de quiétude sur le territoire. L’on a souvent l’impression qu’elles souhaitent l’internationalisation de la crise malienne à travers un enlisement qui va leur permettre d’expérimenter leurs nouvelles trouvailles en matière d’armement et de stratégies de combat.

Nous aurions préféré un engagement clair et à visage découvert de la Fédération de Russie au Mali. A l’impossible, nulle n’est tenue. Et, dans un tel contexte, si Wagner devait prendre pied dans le bourbier malien, les occidentaux devront s’apprendre qu’à eux-mêmes. Surtout la France. Partenaire stratégique du Mali a tout point de vu, elle a eu tout le temps pour montrer sa bonne foi et son engagement sans faille à participer aux côtés de l’armée malienne à la pacification du pays. Malheureusement, ses choix tactiques et stratégiques, dans une logique de renforcement de sa position géostratégique pour un meilleur contrôle de l’Afrique de l’ouest, à partir de la crise malienne, l’a conduit à se trouver par moment dans une position de croque-mort, où elle pleure aujourd’hui 52 soldats morts pour le Mali.

La grande question : La France avait-t-elle la possibilité d’éviter la mort d’autant de soldats engagés au Mali ? Certains vous diront oui, si elle avait été tant soit peu sincère avec l’armée malienne.

Et, que dire de cette MINUSMA qui refuse d’être une véritable solution au problème malien, en refusant de muscler son mandat ? L’on a souvent l’impression que les soldats de la MINUSMA sont en villégiature au Mali. Tant-t-ils auront fait le choix d’apprécier la beauté des paysages sauvages à travers le pays, que de voler au secours des populations en détresse. « La MINUSMA n’est nullement écœurée par le désastre que vivent les populations civiles. Par moment, l’on a l’impression qu’elle se délecte de la répétition de drames humains à travers le pays. Il faut bien qu’elle ait des motifs pour justifier sa présence au Mali », nous a indiqué un Instituteur dont la retraite paisible a été perturbée lorsque son village a été saccagé dans le centre du pays. Il a du reste eu la vie sauve parce qu’il n’y était pas ce jour-là. Pour des raisons de santé, il c’était rendu au Centre de Santé de référence au niveau du cercle.

Sergueï Lavrov a confirmé l’arrivée du groupe Wagner au Mali

Plus discrètes sur la question de l’arrivée de Wagner, les autorités maliennes se refusent à tout commentaire. Mais, tel n’est pas le cas du côté de la Russie. Le samedi 25 septembre 2021, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a confirmé devant l’Assemblée Générale de l’ONU, l’arrivée du groupe Wagner au Mali.

Selon plusieurs sources, le diplomate Russe a estimé que l’arrivée de la société privée russe de sécurité au Mali est une conséquence de l’irresponsabilité et de l’inaction de Paris et ses alliés américains dans leurs engagements à lutter contre le terrorisme au Sahel et au Mali.

Il explique : « L’accord entre le Mali et une société militaire privée russe n’engage en aucun cas l’État Russe. Cette activité est exercée de manière légale et concerne les relations entre la partie qui embauche des spécialistes. Il s’agit d’un gouvernement légitime reconnu par tous comme une structure transitoire légitime, d’une part ; et ceux qui offrent les services de spécialistes à l’étranger ». Avant de poursuivre : « En passant, je souligne que nous apportons notre contribution par le biais d’approches étatiques et non d’entreprises privées en ce qui concerne la capacité défensive du Mali, sa préparation au combat pour éradiquer les menaces terroristes et autres. Nous livrons de la production militaro-technique en tant qu’aide de notre part au Mali. Et dans le cadre du Conseil de sécurité, bien attendu, nous participons à l’élaboration d’approches optimales pour la poursuite des efforts de maintien de la paix… ».

Dans une logique de grand charmeur et surtout prompt à tacler les occidentaux, Sergueï Lavrov, a regretté les propos du ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, Joseph Borell, qui, selon lui, aurait déclaré qu’ « une implication du groupe privé russe Wagner au Mali affecterait sérieusement les relations entre l’Union européenne et Bamako ».

Et, plus responsable face à la lutte contre la menace mondiale du terrorisme, il a estimé qu’il serait mieux de coordonner les mouvements entre la fédération de Russie et l’Union européenne en matière de lutte contre le terrorisme, pas seulement au Mali mais dans toute la zone du Sahel. « Mais dire que je suis ici le premier et vous devez quitter les lieux. Ce n’est pas comme ça qu’on doit parler », a regretté Lavrov.

Logiquement, cette salve dont est victime les autorités maliennes à qui l’on prête l’intention de contractualiser avec Wagner, démontre le degré de la volonté des occidentaux à lutter contre les Djihadistes. Après ce qui nous a été donné de constater récemment en Afghanistan, l’on est en droit de douter de leur sincérité quand à toute possibilité de négociations avec les groupes armés qu’ils ont catalogué de Djihadistes.

Malheureusement, des pays de la sous-région qui n’arrivent pas à comprendre que le Mali reste la seule digue entre eux et l’hydre Djihadiste ou terroriste, ont embouché les trompettes des occidentaux, en formulant des menaces voilées contre Bamako qui serait prêt à recevoir Wagner. Que cela soit clair pour tous, le naufragé s’accroche même à un nénuphar pour tenter de sauver sa vie. Et, tel est aujourd’hui le cas du Mali, à qui l’occident semble avoir refusé une bouée de sauvetage, malgré tout ce qui se dit.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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