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Police Nationale : Pourquoi les syndicats ont décidé de surseoir à leur marche ?

jeudi 22 novembre 2018

Les syndicats de la Police nationale (SPN, Syntade, SPN CSTM, Synapol, Snipol, Sap et APN) avaient prévu une marche pour le jeudi 22 novembre 2018. Cette marche devait partir du Groupement Mobile de Sécurité (GMS) sis à N’tomikorobougou pour prendre fin au Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile à l’ACI- 2000, en passant par le pont Richard et le Monument Éléphant de Bolibana. Mais, surprise, le 21 novembre 2018, quelque temps après la conférence de presse des syndicalistes qui réitérait leur volonté de marcher, l’on apprend qu’elle n’aura plus lieu. Entre temps, que s’est-t-il en réalité passé pour que les policiers renoncent à leur marche ?

Le mercredi 21 novembre 2018, toutes les conditions semblaient être réunies pour la marche des policiers. Lors d’une conférence de presse, les responsables des syndicats de la police nationale ont annoncé, en mot voilé que rien ne pouvait empêcher leur marche du jeudi 22 novembre 2018.

Lors de cette conférence de presse, le Secrétaire général de la Synapol a fait savoir que « les policiers ne demandent pas des avantages indus ». Selon lui, les policiers demandent juste à l’Etat de traduire en actes concrets des engagements qu’il a pris. « Nous avons donné suffisamment de preuve de notre bonne foi, mais nous sommes arrivés à la conclusion que nos revendications ne sont pas prises au sérieux », a-t-il annoncé. Selon lui, l’objectif de la marche est d’amener les autorités du pays à respecter leurs engagements en octroyant les avantages promis.

Mais, entre temps, avant la fin de la journée, les choses se sont précipitées. Les négociations qui s’enlisaient depuis des mois, ont subitement progressées, dans le sens souhaité par les policiers. Elles ont permis d’avoir des accords sur 6 points et des accords partiels sur 2 points, notamment, le réexamen des cas des policiers radiés, la réintégration des sept syndicalistes et le complément des perdiems du 1er et 2ème tour de l’élection présidentielle ainsi que la dotation en arme individuelle des éléments du GMS et de tous les policiers.

Officiellement, face à ces avancées dans les négociations, la marche des policiers n’avait plus sa raison d’être. Et, comme, il fallait s’y attendre, les syndicats allaient monter au créneau pour annoncer que la marche était annulée.

Mais, en même temps, il faut reconnaître que le Maire de la Commune III avait déjà pris une décision d’interdiction de la marche, probablement pour les même raisons que la décision du Gouverneur du District de Bamako qui venait d’interdire, il y a seulement 6 jours le meeting des leaders de l’opposition devant la Bourse du travail.

Du coup, l’on est en droit de se demander si l’annulation de la marche des policiers, n’a pas été plus motivée par la décision d’interdiction du Maire de la Commune III.

En effet, des policiers qui ont été mis à contribution pour mater de la façon la plus violente un meeting des leaders de l’opposition, étaient mal vu à arpenter les rues de Bamako, sans coup férir.

Si les policiers devaient passer outre la décision d’interdiction du Maire de la commune III, ils devenaient de facto des hors la loi, selon leur propre conviction, qui les ont poussé à mater les opposants. Et du coup, ils s’exposaient à une répression en bonne et due forme. Mais, la question est de savoir, qui allait mater cette marche des policiers ? La gendarmerie ou la garde nationale ou encore l’armée ?

Donc, face au risque élevé de se faire mater, les policiers n’avaient en réalité que le choix de surseoir à leur marche.

Mohamed Camara
Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.