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Meeting de l’Imam Mahamoud Dicko : Plusieurs Peuples, plusieurs Fois et plusieurs Buts

vendredi 5 avril 2019

Si les pères fondateurs de la République du Mali, s’étaient inspirés du fait qu’au Mali, la nation a précédé la république, en décidant de faire de la devise du pays « Un Peuple-Un but-Une foi », force est d’admettre aujourd’hui qu’au lieu d’un Peuple, des relents communautaristes font que les maliens n’ont plus le même but et la même foi.

Personne ne pourra contester la grande mobilisation dans les rues de Bamako, le vendredi 5 avril 2019. Des chiffres impressionnants sont avancés. Mais, on retient que de mémoire de malien, l’on a jamais vu autant de mobilisation.

Mais, l’on pourra difficilement dire que les manifestants avaient la même motivation, tant le ou les maliens sont assaillis par divers problèmes. Les maliens ne sont pas vraiment loin du dicton biblique qui voudrait qu’ « à Golgotha chacun porte sa croix ». Le Peuple s’est mobilisé le 5 avril 2019, mais est-ce que les manifestants avaient le même but et étaient animés par la même foi. Au moment, où des manifestants voulaient le départ du Premier Ministre Soumeylou Boubeye Maïga, d’autres s’étaient mis dans la logique de plonger le pays dans un vide constitutionnel en demandant le départ du Président de la République. Des slogans et des pancartes l’attestent à suffisance.

Aussi, si à l’origine la manifestation avait été lancée par des leaders religieux, notamment Mahamoud Dicko et le Chérif de Nioro, il faut dire que les organisations politiques (partis politiques et mouvements de jeunes avides de reconnaissance) sentant le coup de la grande mobilisation n’ont pas voulu se faire conter le meeting du 5 avril 2019. Comme des plantes saprophytes et à l’allure de sangsues, ils se sont agrippés à la mobilisation de cette manifestation, en lançant des communiqués pour inviter leurs militants à se mobiliser. Et, seul Dieu sait que certaines formations politiques en ont suffisamment. Il est clair que la mobilisation des politiques n’avait un autre but que d’en découdre avec le pouvoir auquel il reproche la mauvaise gestion de l’élection présidentielle de 2018. Certains, se sont installés dans la contestation permanente des résultats, lorsque d’autres ne reconnaissent même pas qu’il y a eu des élections, tant pour eux le processus était vicié.

En même temps, il faut reconnaître que les enseignants très frustrés par la gestion qu’a faite le gouvernement de leur grève, ne se sont pas fait prier pour venir grossir le nombre des manifestants. Et, que dire des parents d’élèves qui n’arrivent pas à comprendre et admettre que voilà bientôt deux mois que leurs progénitures ne vont pas à l’école.

Aussi, la gestion de la crise au nord et au centre du pays s’est invitée dans cette manifestation. Les frustrés des morts enregistrés dans les rangs des FAMA, étaient à la première loge. Les Peulhs mécontents des tueries dans le centre du pays, et plus que jamais convaincus de la responsabilité de l’Etat, devaient sûrement être les plus nombreux à crier leur ras-le-bol. De, leur côté, les Dogons frustrés et humiliés par le fait qu’on leur colle désormais un statut d’assassins de peulhs depuis le carnage d’Ogossagou, s’étaient aussi mobilisés pour dire non.

Mais, au-delà des peulhs et des dogons, il faut dire que les différentes communautés maliennes étaient dans cette manifestation, chacune avec une récrimination enfuie quelque par dans le cœur contre les autorités de ce pays. Aujourd’hui, quand le malien ne souffre pas de la cherté de la vie, il souffre de l’injustice depuis que la notion d’outrage à magistrat est brandit comme une épée de Damoclès sur nos têtes pour nous faire taire lorsque le comportement d’une minorité nuisible jette l’opprobre sur la fonction divine de juger son prochain.

Cependant, il faut admettre que le gros lot des manifestants était mis en mouvement par le fait qu’ils avaient la conviction qu’ils accomplissaient une exigence coranique. « Le musulman ne doit pas être le témoin de la destruction de la société dans laquelle, il vit sans lever le petit doigt, pour éviter un châtiment après la mort », est en substance une exigence coranique, qui pourrait expliquer cette forte mobilisation.

Dans tous les cas, le malien, les maliens étaient dans la rue. Ils étaient nombreux, même si difficilement l’on peut dire qu’ils avaient le même but et la même foi. Et, cette mobilisation, se propose à être répétée tous les vendredis après la prière, jusqu’à ce que IBK accepte de prendre en charge leur exigence suprême : le départ de Soumeylou Boubeye Maïga de la Primature.

A partir de ce meeting, il n’y a plus à se leurrer. Nous constatons que le Mali, n’aura pas le choix. Des erreurs de gouvernance font que les milieux religieux prennent petit à petit conscience de leur force politique. Et, ne soyons pas surpris un beau matin de voir la république laïque du Mali devenir une république islamique. Les politiques se sont tant acoquiner avec les milieux religieux musulmans que certains de ses leaders, en citoyens respectés par les populations, commencent à nourrir des idées et à lorgner vers le fauteuil de Koulouba. Et, surtout que les politiques englués dans des combats d’intérêts mesquins à l’allure de lève toi pour que je m’y installe, n’arrivent pas à proposer des alternatives crédibles que le népotisme, la gabegie aggravée, par la corruption généralisée.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.