LES 18 MILLIARDS DU FONDS DE SOUTIEN DE LA FILIERE COTON : La CMDT et la Confédération… doivent des explications aux paysans maliens

mardi 12 mai 2020

L’espoir de voir le Mali se hisser à la première place des pays producteurs de coton, s’éloigne de jour en jour. Et, sans être un oiseau de mauvais augure, l’on peut se permettre d’annoncer une campagne 2020/2021 très catastrophique en termes de production cotonnière. Face à la chute du prix du coton sur le marché international, le gouvernement malien, la CMDT et la Confédération des producteurs de coton, ont décidé e fixer pour la campagne 2020/2021, à 200 FCFA le kilogramme pour le premier choix de coton, contre 275 FCFA le kilogramme en 2019/2020, soit une diminution de 75 FCFA sur le prix du kilogramme. Cette gymnastique cache très mal la disparition des 18 milliards de FCFA du Fonds de soutien à la filière coton. Si les 18 milliards de FCFA du Fonds de soutien à la filière coton existent sur le compte ouvert à cet effet à la BIM-S, pourquoi le Ministère de l’agriculture, la CMDT et la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali, n’y font pas recoure pour faire face à la diminution du prix d’achat du coton ?

Depuis quelques jours, les citoyens maliens, notamment les paysans cotonculteurs n’arrivent pas à retrouver leur sommeil. Selon une information plus qu’officielle, le prix au producteur de coton au Mali est fixé pour la campagne 2020/2021 à 200 F CFA le kilo pour le premier choix, soit 75 F CFA de moins qu’en 2019/2020. Les experts imputent cette baisse à la chute des cours internationaux du coton au plus bas depuis 11 ans. « Depuis le début de l’année, les prix du coton ont chuté d’environ 18% suite à la pandémie du Covid-19 avec les fermetures des usines textiles mais surtout l’effondrement de la demande, estimée à 12% sur l’année pour 2020 par le Comité consultatif international du coton, suite au confinement de la moitié de la population mondiale et sans reprise annoncée avec la récession économique en cours », indique notre confrère www.commodafrica.com, spécialisé dans la commercialisation des produits agricoles.

Aujourd’hui, la grande question sans réponse claire est celle de savoir, avec un tel prix, peu incitatif, si la production sera au rendez-vous au Mali ? Et, pour juguler le désintérêt prochain des paysans maliens pour la culture du coton, Baba Moulaye Haïdara, ministre de l’agriculture, tente une pirouette digne d’un magicien. Il a décidé que dans le cadre de la campagne 2020/2021 la subvention de 10 milliards F CFA que le gouvernement accordait aux cotonculteurs, sera transformée en bonus de 15 F CFA par kilo. Par cette mesure, il pense pouvoir inciter les producteurs à maintenir leur niveau de production.

Tentative de détournement de la subvention de la filière coton par le Ministre de l’Agriculture

Face à cette décision, déjà des paysans s’organisent à travers les zones cotonnières du pays pour une contestation mémorable. Conscient de l’iniquité de la décision, qui cacherait très mal une grande combine contre le monde paysan, Baba Moulaye Haïdara, ministre de l’Agriculture, s’est empressé pour annoncer que le gouvernement maintenait pour la campagne 2020/2021 la subvention de 10 milliards F CFA aux cotonculteurs. Selon lui, cette subvention serait transformée en bonus de 15 FCFA par kilogramme, en fonction du montant produit sur la base de la campagne 2019/20, soit 700 000 tonnes. Il pense ainsi pouvoir inciter les producteurs à maintenir leur niveau de production.

Mais, ici sauf que Baba Moulaye Haïdara, ministre de l’agriculture, s’est engagé dans un processus de détournement de la subvention qui n’a pas pour vocation de servir de bonus dans le prix d’achat du coton aux producteurs. Les 10 milliards de FCFA ont été prévus pour la subvention des intrants agricoles, mais pas a être verser aux contonculteurs comme un bonus pour les inciter à produire.

Ici, on a même tendance à se demander : De qui se moque le ministre Baba Moulaye Haïdara ? Quelle est cette production record qu’il veut réaliser au Mali sans la subvention d’intrants agricoles ? En décidant d’utiliser les 10 milliards de FCFA prévus pour la subvention sous forme de bonus, Baba Moulaye Haïdara ne nous dit pas sa stratégie pour mettre les intrants agricoles à la disposition des paysans à hauteur de souhait.

Mais, chose plus grave, cette décision du Ministre Baba Moulaye Haïdara, cache mal des complicités dans la mauvaise gestion du Fonds de soutien à la filière coton, logé au niveau de la BIM-SA et qui s’élevait à plus de 18 milliards de FCFA il y a moins de 3 ans.

Dans le dispositif mis en place depuis des années pour inciter les paysans à s’engager à des productions record de coton, il faut mettre un accent particulier sur le Fonds de soutien à la filière coton, qui a tout l’air d’un fonds de stabilisation des prix. En principe, ce fonds qui a été approvisionné depuis des années par une partie des bénéfices engrangés de la vente du coton, devait normalement être utilisé pour garantir le prix d’achat incitatif aux paysans.

Malheureusement, après avoir de longues années participés à renflouer le fonds de soutien à la filière coton, les cotonculteurs maliens constatent aujourd’hui qu’il n’y a pas un copeck sur le compte logé à la BIM-SA et qui devait être en principe cogéré par la Direction de la CMDT et la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali.

A la faveur de l’arrestation de Bakary Togola, ancien Président de l’APCAM et non moins ancien Président de la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali, la coordination Nationale des Amis de Bakary TOGOLA (CNA/BT), lors d’une conférence de presse, révélait qu’ « il y a plus de dix ans, qu’on ne parle plus du terme ristourne entre les cotonculteurs et la CMDT. On parle plutôt de complément de prix.

Qu’est-ce que le complément de prix ?

Avant chaque campagne cotonnière, le prix au producteur est fixé. Et, à la fin de chaque campagne, un consultant indépendant évalue le produit de commercialisation du coton, sur la base du prix de vente de la graine plus le prix de vente de la fibre et cela en commun accord entre la CMDT et les producteurs. Lorsque le produit de commercialisation évalué est supérieur au prix du coton au producteur préalablement fixé, le bénéfice appelé complément de prix est partagé entre la CMDT et les producteurs : 40% du bénéfice pour la CMDT et 60% du bénéfice pour les producteurs de cotons.

Pour ce qui est de la répartition des 60% pour les producteurs, la CMDT verse directement 40% dans les comptes de chaque coopérative et verse 45% au compte du fond de soutien à la filière coton. Enfin, les 15% sont versés au compte du budget de fonctionnement de la Confédération des Sociétés Coopératives des Producteurs de Coton C-SCPC.

Donc, en principe les 45% du complément du prix qui ont été versé depuis des années au compte du fonds de soutien à la filière coton, à la date d’aujourd’hui doit faire plus de 18 milliards de F CFA. Selon nos information, il y a moins de 3 ans, ce compte logé à la BIM-SA, affichait au moins 18 milliards de F CFA. Dans l’entendement des paysans producteurs de coton, ce fonds de soutien à la filière coton, doit pouvoir jouer la fonction d’un fonds de stabilisation des prix.

Nos tentatives pour faire la situation de ce fonds ont été vaines. Du côté de la Confédération des Sociétés Coopératives des Producteurs de Coton, un secrétaire au téléphone nous a simplement dit que tous les cadres de la structure étaient sur le terrain et que personne ne pouvait prendre en charge nos préoccupations. Du côté de l’APCAM, le chargé de communication nous a renvoyé à la CMDT. Dans notre tentative d’avoir un interlocuteur crédible au niveau de la CMDT, le chargé de communication que nous avons joint au téléphone a tenté de nous imposer l’écriture d’une lettre pour la demande d’une interview au directeur général, seul habilité à nous répondre selon lui. Toutes nos tentatives de joindre le PDG de la CMDT au téléphone ont été vaine. Les Messages SMS son restés sans réponses.

Dans l’hypothèse que ce fonds de 18 milliards FCFA n’existe plus, qui sont ceux qui avaient la possibilité de faire des opérations sur le compte ?

Et, si aujourd’hui, le ministre Baba Moulaye Haïdara s’empresse de changer la fonction première des 10 milliards de FCFA de la subvention accordée à la filière coton, en bonus pour inciter les paysans à la production, il doit savoir le sort qui a été réservé au 18 milliards de FCFA du fonds.

Aujourd’hui, la grande question qui doit être posée au PDG de la CMDT et à ses partenaires sociaux que sont les responsables des organisations de paysans producteurs de coton, est de savoir le sort qui a été réservé aux 18 milliards de FCFA du Fonds de soutien à la filière coton, qui pourrait jouer le rôle de fonds de stabilisation des prix en pareille circonstance ?

Il nous revient que de sa date de création à nos jours, ce fonds n’a jamais été audité. Et, si rien est fait, l’on est parti pour un long métrage qui va installer la CMDT, la poule aux œufs d’or dans une agonie certaine jusqu’à l’asphyxie. D’autant plus que la solution trouvée par le ministre Baba Moulaye Haïdara est des plus catastrophiques. Il a décidé de casser les pieds des paysans pour consolider leurs bras déjà cassés.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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