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ENTRETIEN ROUTIER AU MALI : Où se trouvent les 10 880 Km de routes annoncés par Mme Traoré Seynabou Diop ?

mardi 27 novembre 2018

« Pour l’année 2018, nous avons procédé à l’entretien de 10 880 km de routes dont 5 478 km de routes revêtues, 2 186 km de routes en terre et 3216 km de pistes rurales ». Cette déclaration surprenante, car les maliens peinent à circuler dans leu pays faute de routes, a été faite par Mme Traoré Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’équipement. C’était le 13 novembre 2018, à Maeva Palace. Heureusement qu’aucun arbre ne saurait cacher la forêt.

Mme Traoré Seynabou Diop s’est sûrement trompée de chiffres et peut être même de discours lors de cette cérémonie. Le contraire serait surprenant. Mme le Ministre ne peut pas avoir entretenu 10 888 Km de routes au Mali en 2018, au moment où tous les maliens se plaignent du manque d’entretien de routes. C’est le lieu de dire que le ridicule ne tue plus au Mali et ne saurait tuer lorsque des cadres de ce pays qui ont la lourde responsabilité de faire faire des bonds au Mali sur la voix du développement, ont opté pour la politique de l’Autruche.

En déclarant qu’elle a entretenu en 2018, « 10 880 km de routes dont 5 478 km de routes revêtues, 2 186 km de routes en terre et 3216 KM de pistes rurales », Mme Traoré Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’équipement, comme l’autruche, n’a-t-elle pas décidé d’enfouir sa tête dans le sable, de peur de voir la réalité en face. Dans tous les cas la stratégie vise à cacher ou à nier la réalité. Et, pas besoin de loupe pour voir le fil blanc utilisé pour emballer cette histoire qui ne pourra convaincre aucun malien habitué des routes du pays.

Où sont les routes que Mme le ministre a entretenu en 2018, lorsque les maliens peinent à circuler dans le pays, pour défaut de bonnes routes ? Ces routes ne sont pas sûrement sur le sol malien. Sûrement, elles sont dans la voie lactée, donc loin du sol et dans l’imaginaire de ceux ou celles qui prétendent les avoir entretenues.

Mon œil, selon Mme le Ministre, ce sont 5 478 Km de routes revêtues qui ont été entretenus en 2018. Mais, en faisant une bourde aussi grosse, l’on a tendance à se demander si Mme Traoré Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’équipement, vit dans le même pays avec ses concitoyens et concitoyennes. Sûrement qu’elle y vit, mais n’emprunte pas les routes maliennes. Et, dans ce cas, nous l’invitons ardemment à descendre de sa tour d’ivoire et à être très prudente avec les chiffres que ses techniciens colportent pour se donner bonne conscience. Car convaincus que les sous destinés pour l’entretien des routes prennent toujours d’autres directions (Nous reviendrons sur ce dossier).

Et, si la Gestion axée sur les résultats (GAR) était autrement comprise par Mme Traoré Seynabou Diop ?

Utilisée pour améliorer l’efficacité et les pratiques relatives à l’obligation de rendre compte en matière de projets et d’organisation, en mettant l’accent sur l’atteinte de résultats concrets et réalisés, la Gestion axée sur les résultats n’a pas du tout le même sens au ministère des Infrastructures et de l’équipement. Pour la simple raison que Mme le Ministre ne s’est pas prononcée sur le montant des milliards en FCFA du contribuable malien qui a été utilisé pour l’entretien de ses 10 880 Km de routes à travers le pays. Le montant injecté est-t-il si tabou ? Redevabilité pour redevabilité, les maliens veulent savoir le montant des milliards injectés dans cette opération qui a sûrement entretenue des routes invisibles, si non pour des diables.

On ne peut pas dans un pays comme le Mali, entretenir 5 478 Km de routes revêtues et que l’on soit encore au stade où toutes les routes maliennes soient « malades » et pratiquement impraticables. Essayons de parcourir ensemble certains axes principaux à travers le pays. Entre Sévaré et Gao, l’on n’a pratiquement plus de routes revêtues. De San à Sévaré, seule la maîtrise des chauffeurs, aide à arriver à bon port, tant la dégradation avancée de la route laisse à désirer. Idem pour Ségou-Bla. La route Bougouni-Sikasso et Sikasso-Zégoua, est en passe de devenir un parcours du combattant. Il faut des slalomes mortels pour éviter les nombreux nids de poules qui y règnent en demeure. Kati-Diéma, Diéma-Kayes et Kayes-Diboli (Frontière du Sénégal), est l’exemple suprême de l’incurie de ceux qui ont la lourde charge d’entretenir nos routes. Et, nous n’en dirons pas plus. Les populations riveraines ont bandé leurs muscles pour contraindre Mme le Ministre à songer à initier une opération de colmatage de brèches sur cette route éminemment importante pour l’économie malienne.

Revenons à Bamako, pour constater que l’entretien des routes, est le dernier souci de ceux qui sont payés pour le faire. Aucune commune de Bamako ne peut dire « alhamdoulilaye ». Quand la route n’est pas colonisée par des nids de poules par endroits, elle se caractérise par un rétrécissement exceptionnel dû à l’érosion des accotements.

Avec la dégradation avancée du réseau routier malien, l’on est vraiment surpris d’entendre dire par Mme Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’équipement que « pour l’année 2018, nous avons procédé à l’entretien de 10 880 km de routes dont 5 478 km de routes revêtues, 2 186 km de routes en terre et 3216 KM de pistes rurales ».

Heureusement que Mme le Ministre a admis que même « si des résultats encourageants ont été enregistrés, le chemin reste encore long pour doter notre pays d’infrastructures routières adaptées et de qualité ».

Prochainement, nous allons vous inviter à faire une incursion dans la manière dont les marchés d’entretien des routes sont passés et exécutés au Mali.

Assane Koné
ARC-EN-CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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