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Ségou’Art 2019 : L’Être du fleuve Niger s’offre au monde

dimanche 17 février 2019

« L’être n’est pas un acte par lequel il exerce une plénitude de ce qu’il est, mais une énergie qui le vide de lui-même ». Martin Heidegger

Au bord du fleuve Niger, une scène artistique vibrante est valorisée par la magie du site. Un fleuve puissant qui fait naître des émotions-thèmes sur lesquelles un collectif tunisien travaille. Des fleurs de beauté apparaissent dont l’amour se trouve partout car il est le but et le tout. Oui, heureux d’être ! D’être l’être qui est la fleur du fleuve et qui est. C’est dans le cadre de la deuxième édition de la biennale d’art contemporain du Mali, que la ville de Ségou constitue un tout culturel et accueille cet évènement en créant une nouvelle dynamique artistique et en développant une couche importante de critique.

D’un appel à l’Être du fleuve qui coule en moi et en toi, le continent africain offre une ère artistique dont l’œuvre d’art est l’expression d’une aire géographique qui s’interroge et interroge l’art dit contemporain. L’émergence de la biennale de l’art contemporain africain de Dakar, les rencontres africaines de la photographie de Bamako, ainsi que le Ségou ’Art constituent des espaces d’échange artistique à l’échelle de l’Afrique. D’où, un métissage culturel a émergé et rend toute la place à la culture et à l’identité de l’individu censée comme un rhizome allant à la rencontre d’autres racines.

« L’Emouvance des émouvants »

Cette identité réside dans la relation, afin de créer un rapport multiple avec l’autre et partager les différentes cultures. Ce rapport à l’autre fait « une constituante esthétique d’une véritable poétique de la Relation », écrit Edouard Glissant. Cette identité qui s’étend dans un rapport à l’autre permet de libérer l’être et stimuler son imaginaire. A partir de cette Relation qui a une force poétique et pratique sans arrêt, naît une démarche d’action, de création et de recherche.

Dans ce cadre du Ségou ’Art 2019, une voix collective annonce l’apparition d’une voie ouverte à la matière-émotion créatrice et voit la révélation sensible de « l’Émouvance des Émouvants » en Afrique, nouveau courant d’aire artistique évoqué en Tunisie par Me Mohamed Benkhalifa, avocat et maître-coach international, lors de sa rencontre avec l’artiste souffleuse de verre Sadika Keskes à la biennale de Dakar. Une rencontre fondamentale et fondatrice d’un courant qui possède plusieurs particularités du côté de la création et de la réception à travers l’énergie des Émouvants et les capacités des œuvres à émouvoir les spectateurs.

C’est cette biennale de Dakar qui est considérée comme un évènement artistique majeur pour l’Afrique et pour le Sénégal permettant de favoriser la créativité et la production artistique en Afrique. Ce nouveau courant d’aire artistique porte sur l’idée de toucher le monde dans sa chair et de goûter cette sorte d’africanité à travers l’ensemble des œuvres présentées dans le cadre de ce salon d’art contemporain organisé à Ségou.

Cette diversité des œuvres révèle un monde mouvant, vibrant et flottant laissant voir des surfaces mettant en avant, au-devant l’être qui semble nous regarder et nous le regardons. L’être ne peut se comprendre qu’en relation avec d’autres, eux-mêmes ouverts au monde selon des manières différentes. C’est essentiellement « être-avec » comme a signalé Heidegger, avec l’autre permettant l’avènement de l’être et le surgissement de l’instant présent. L’essence est d’exercer l’acte d’Être, d’être au monde en utilisant la fréquence, l’énergie et la vibration. Il s’agit notamment des œuvres collectives réalisées par un groupe d’artistes tunisiens en s’appuyant sur une matière vibrante, sensuelle, profonde et spirituelle qu’est l’émotion.

Le Fleuve Niger, une œuvre d’art

Ces œuvres font découvrir aux spectateurs un monde exubérant de sensation laissant considérer l’Afrique comme un réservoir de l’émotion où l’Être du fleuve les accueille dans un temps bref et impressionnant. D’où, des installations, des tirages photographiques, des toiles, une installation-performance, des concepts, des visions enchevêtrés pour permettre au spectateur de rêver, se mouvoir et s’émouvoir l’instant-éclair.

Je suis l’être, je suis créateur, je suis puissant sont les paroles des Émouvants lors de leurs installation-performance intitulée : « L’Être est, le mien est vivant ». Ils ont cherché à aborder la question de l’unicité de l’être en présentant une sorte d’exprovisation et en affirmant à haute voix la citation suivante de Roland Barthes : « La seule liberté qui m’importe aujourd’hui, c’est de délirer, je suis égaré, je suis amoureux ». Ainsi, être libre c’est être amoureux dont l’Être du fleuve est un amour qui s’offre au monde.

Ce groupe d’artistes tunisiens s’attachent aux différentes émotions en cherchant à exprimer la joie et la surprise chez le spectateur car rien n’est plus beau que de vivre ensemble en paix et se sentir dans une telle émotivité. C’est cette puissance des Émouvants devant le public qui signifie le pouvoir de création où l’œuvre appartient au monde, permettant de sentir librement sa beauté. Un monde émouvant et spirituel qui se tisse dans les profondeurs et au silence en s’appuyant sur l’être à travers son écoute et son regard.

Voir n’est pas nécessairement l’effet du regard car on ne voit pas des tisserandes, on regarde des Émouvantes où une œuvre fragmentée est intitulée : « Fenêtres du beau sur jardin » qui reflète un paysage artistique au contemporain et permet de vivre un voyage laissant voir la mise à nu de la femme comme une lumière qui éclaire une image vibrante contre l’obscurantisme.

Cette fenêtre est tremblante, se voile, se cache, voit et entend au-delà du temps en exprimant l’être de la femme et sa volonté de se libérer. Allant des tisserands de l’histoire comme l’artiste Cheikh Diallo aux tisserands des émotions surprenantes, aux Émouvants qui tentent de dévoiler le corps voilé à travers le tissage par les photos ou la laine dans un esprit de l’art dit au contemporain. Ainsi, se dessine un tissu visuel qui relève du monde de l’image en reliant l’apparence des corps à leur apparition.

Il s’agit de ce « photograph-isthme » qui maintient ensemble la double présence de la photo, voire l’action du tissage et la figuration analogique du sujet choisi. Ce type de photographie permet de créer un envers des endroits et un endroit des envers à travers une œuvre remarquable sous le titre : « Tapis d’amour inachevé ». Dans un toujours qui toujours vibre, les Émouvants purifient l’être qui est tissé en « Nœuds d’émotions sans col » où il est soumis aux six émotions à travers une harmonie de cravates dégageant une certaine beauté. L’œuvre de »l’Émouvance » comme celle des « Cachets-émotions » crée le plaisir chez le spectateur de vivre la surprise librement. Ainsi, L’Être dans l’Émouvance ne peut être que l’Être du fleuve Niger qui est au monde et ouvert à lui.

Ikram Ben Brahim
Artiste plasticienne, « en émouvance »,
Enseignante universitaire,
Docteur en Science et Techniques des Arts,
Chercheuse en esthétique et histoire des Arts Plastiques.
© Walaha TV

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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