Version imprimable de cet article Version imprimable | |

Ristournes de la vente de coton : Bakary Togola accusé du détournement de 9 462 152 071 FCFA a été déféré

samedi 14 septembre 2019

« Nous ne sommes pas dans l’acharnement ou dans une chasse aux sorcières. Nous sommes dans le combat de l’objectivité. Nous n’avons rien contre Bakary Togola. Nous n’avons rien contre personne. Nous sommes sur des faits ». La déclaration a été faite par Mamoudou Kassogué, Procureur du pôle économique et financier de la commune III, lors d’un point de presse, le 14 septembre 2019.

Suite au mandat de dépôt décerné contre Bakary Togola, Président du Conseil d’administration de la Confédération, accusé de malversations et l’ayant conduit à la Maison centrale d’arrêt de Bamako, Mamoudou Kassogué, Procureur du Pôle économique et financier de la commune III, a décidé de sortir de son silence. Il a animé le samedi 14 septembre 2019 un point de presse au Tribunal de Grande Instance de la commune III de Bamako. L’objectif était de donner plus d’éléments précis et concrets du dossier, afin que tout le monde soit au même niveau d’information, en tout cas en ce qui peut être dévoilé à cette étape de l’enquête.

En se prononçant sur cette affaire qui a connu un développement très rapide le vendredi 13 septembre 2019, avec la mise sous les verrous du patron de l’APCAM, le Procureur a précisé qu’elle porte sur les ristournes mises à la disposition de la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton (CSCPC) par la Compagnie malienne du développement et textiles (CMDT), au profit des paysans. Selon lui, cette affaire est en cours d’instruction au Pôle économique et financiers.

Selon lui, cette enquête a été diligentée dans le cadre d’une dénonciation anonyme au niveau du Pôle économique. « Une personne dans l’anonymat a envoyé une correspondance dans laquelle, elle a fait état de l’existence de malversations au niveau de la CSCPC », a indiqué le Procureur. Avant de préciser que cette personne a laissé entendre que ces malversations pourraient se chiffrer autour de plus 3 milliards de FCFA. Selon lui, c’est ainsi qu’ils ont ordonné l’ouverture d’une enquête avec la contribution du dénonciateur anonyme, en saisissant la brigade du Pôle économique et financier.

« Elle nous a aidé, non seulement en produisant suffisamment de documents pour étayer sa dénonciation, mais elle a aussi contribué à faire comprendre les lignes comptables des documents. Cela nous a permis d’avancer rapidement dans l’enquête », a-t-il déclaré. Il dira qu’à l’issue des investigations, ils ont pu observer que ses soupçons avaient une base de réalité, en ce sens, celles-ci les ont permis de comprendre que de 2013 à 2019, la CMDT a mis à la disposition de la Confédération des sociétés coopératives des producteurs de coton du Mali 13 431 431 037 FCFA. Selon lui, sur ce montant seulement 8 854 760 823 FCFA ressortent de la comptabilité de ladite Confédération. Donc, il y a un montant de 4 576 676 214 FCFA non-comptabilisés. Et sur les 8 854 760 830 comptabilisés, seuls les 3 969 284 966 ont été justifiés et les 4 885 475 857 non justifiés. Ce qui fait un total de 9 462 152 071 FCFA non justifiés, écart découvert à la date d’aujourd’hui. D’après lui, c’est ainsi qu’ils ont ordonné dans la journée du jeudi qu’une mesure de garde à vue soit prise contre Bakary Togola, présumé auteur principal de ces malversations dénoncées.

« Après en avoir pris connaissance et sérieusement examiner, nous avons décidé de l’ouverture d’une information judiciaire. Car, il y a des présomptions de détournement de denier public sur la base de faux, usage de faux, soustraction frauduleuse, et autres malversations », a-t-il précisé. Avant de déclarer que le montant étant nettement supérieur aux 10 000 000 de FCFA qui fondent des infractions criminelles, d’où l’ouverture d’une information judiciaire était obligatoire.

A cet effet, « nous avons saisi un juge d’instruction qui a décidé de placer M.Togola en détention provisoire depuis le vendredi au niveau de la Maison centrale d’arrêt de Bamako ». Il a ajouté que le juge d’instruction va poursuivre et approfondir les investigations pour vérifier si les montants allégués seront confirmés ou non. Ce faisant, il a tenu à dire que, « nous ne sommes pas dans l’acharnement ou dans une chasse aux sorcières. Nous sommes dans le combat de l’objectivité. Nous n’avons rien contre Bakary Togola, nous n’avons rien contre personne. Nous sommes sur des faits et parfaitement en phase avec le garde des sceaux ».

Le Procureur a rassuré qu’aucune plainte ou dénonciation ne restera sans suite. « Les personnes qui seront découvertes comme étant des complices et des coauteurs répondront aussi de leurs actes », a-t-il déclaré. Il a indiqué qu’à la date d’aujourd’hui, avec Bakary Togola, il y a 6 autres personnes qui sont suspectées d’avoir contribué d’une manière ou d’une autre à la commission de ces infractions.

Bintou COULIBALY

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.