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ECHOSTAR : Faniéna Siaka Sanogo, le « bouffon » heureux n’est plus

mardi 25 juin 2019

Il était talentueux. Particulier en son genre et excellent danseur, ses prestations étaient d’une attractivité exceptionnelle. L’un des ambassadeurs maliens de l’aire culturelle sénoufo, Faniéna Siaka Sanogo, n’est plus. Il s’en est allé le 13 juin 2019, selon des sources des suites d’une courte maladie. Mais, au fait qui était Faniéna Siaka Sanogo, que nous avons à l’époque baptisé le « bouffon heureux » ?

Devenu « Korèdouga » ou bouffon par la force des choses, Fanièna Siaka Sanogo est un artiste malien qui a marqué son territoire et son époque par son talent. De tous les artistes maliens de l’ethnie sénoufo, Faniéna Siaka Sanogo est celui qui a suffisamment démontré qu’il a la capacité exceptionnelle d’allier chants et danse, avec une maîtrise surprenante. C’est cet artiste venu du village de Faniéna, situé à 58 km de Sikasso et qui a fait les coudes pour se faire une place de choix au soleil, qui vient de nous quitter.

L’artiste Faniéna Siaka Sanogo a une histoire impressionnante. Comme tout bon sénoufo, en milieu rural, sa vie était pratiquement consacrée aux travaux champêtres. Mais, au moment où il s’attendait le moins, il allait devenir victime d’un mal inexplicable. Pendant trois à quatre ans, de 1987 à 1990, le jeune paysan, devenait impotent pendant tout le temps que durait l’hivernage. Lors d’un de nos entretiens avec lui, il s’est souvenu de cette époque. N’eut été la maladie, Faniéna Siaka Sanogo n’allait jamais devenir artiste musicien. « Ce sont des maux de pieds et de mains qui m’ont poussé à devenir ce que je suis aujourd’hui », avait indiqué Faniéna Siaka Sanogo, quand nous avons voulu savoir comment il est devenu artiste musicien.

« Un peu plus jeune, je n’arrivait pas à travailler au champs dès les premières pluies de l’hivernage. J’étais assailli par des maux de pieds et de mains qui pouvaient durer trois ou quatre mois », avait-t-il expliqué. Avant d’ajouter que c’est après avoir tenté plusieurs traitements, qu’il s’était résolu d’aller consulter des thaumaturges. « Tous les thaumaturges étaient unanimes sur le remède de mon mal. Ils m’ont tous conseillé de prendre le « Korodougafini » ou l’habit des bouffons », avait-t-il révélé. Comme, cela puisse paraître bizarre, les thaumaturges venaient de dire à Faniéna Siaka Sanogo, qu’il n’avait que l’alternative de devenir « Korodouga » ou bouffon pour vaincre le mal qui perturbait toutes ses activités.

« En me fondant sur les conseils des thaumaturges, j’ai conçu de mes propres mains, alors même que j’avais très mal, l’habit de bouffon que je porte encore sur scène », avait-t-il ajouté. Avant d’indiquer que dans sa coutume, le décès d’une personne très âgée est une opportunité pour organiser une fête au village. Quelques temps après la conception de son boubou de bouffon, l’occasion faisant le larron, il allait avoir l’opportunité de le porter pendant les funérailles d’une personne très âgée pour esquisser quelques pas de danse. « Et comme par miracle, depuis ce jour, j’ai plus eu mal aux mains, ni aux pieds », avait-t-il déclaré. Et comme la tenue des bouffons lui allait très bien, il l’a adopté comme tenue de scène lors de ses prestations de Yabara. « C’est en 1990 que j’ai commencé à m’intéresser au Yabara au village. J’y animais plusieurs manifestations », avait-t-il indiqué.

Mais, comme tous les jeunes de son âge du sud du Mali, il n’a pas pu échapper à l’appel des sirènes de la lagune ébrié. En 1995, il a débarque à Abidjan, sans micro et sans instruments, mais il avait sa voix, ses pas de danse et son habit de bouffon dans sa besace. Et contrairement aux autres jeunes sénoufo qui sont allés en aventure en Côte d’Ivoire, Fanièna Siaka Sanogo, entre deux petits métiers, avait l’avantage d’animer des cérémonies de baptêmes et des mariages. Rapidement, comme une traînée de poudre, le talent de l’artiste venu de Faniéna, allait faire le tour de toutes les familles sénoufos d’Abidjan. Au-delà du cercle des sénoufos, il sera même adopté par d’autres ethnies maliennes installées en Côte-d’Ivoire et invité a animé diverses cérémonies.

Mais, après quatre mois de séjour dans la perle de la lagune ébrié, Siaka Sanogo va rallier Faniéna, mais par pour longtemps. Le filon découvert en Côte d’Ivoire n’avait pas fini de donner tous ses fruits. En 1996, 1997 et 1998, l’artiste va s’offrir des séjours de trois mois en Côte d’Ivoire pour faire danser ses fans. Et c’est en 1999, qu’il va débarquer à Bamako pour la première fois dans l’espoir d’y enregistrer son premier album. Mais, la ville des trois caïmans a ses réalités. Malgré son talent, notre artiste a fallu attendre jusqu’en 2002 pour voir sa cassette de 8 titres sur le marché. Arrangé par Maestro Massambou Wélé Diallo, l’album a été entièrement financé par Abdoulaye Niambélé, un oncle à l’artiste.

« C’est avec la sortie de cette première cassette que j’ai mis sur pied un orchestre de 5 personnes avec des instruments modernes qui appartiennent au groupe Faniéna Siaka Sanogo », avait-t-il indiqué, à l’époque. Avec la sortie de cette cassette, l’artiste s’est installé dans l’esprit des mélomanes maliens. De l’animation des cérémonies de baptême et de mariages, Faniéna Siaka aura la chance d’être associé à des spectacles de belle facture et de renommée internationale. Très représentatif d’un pan de la riche culture malienne, avec son rythme Yabara modernisé et son accoutrement de bouffon, Faniéna Siaka Sanogo a été invité en 2005 aux jeux de la Francophonie à Niamey.

Sept ans après la sortie de son premier album, les mélomanes souhaitaient voir une autre œuvre de l’artiste sur le marché. Après une longue tournée artistique en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso en début de l’année 2009, il a mis « Nbaou gniniga », son deuxième album sur le marché. Composé de 8 titres et arrangé par Maestro Massambou Wélé Diallo, l’album sorti en avril 2009, venait confirmer tout le talent de l’artiste. Ce deuxième album très apprécié par le public malien, a fait Faniéna Siaka Sanogo, l’un des grands animateurs de la campagne des élections communales d’avril 2009. Pendant cette période, plusieurs candidats ont eu recours à ses services pour offrir un spectacle de qualité aux éventuels électeurs.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.