Version imprimable de cet article Version imprimable | |

Transition au Mali : ma grille d’analyse

mardi 8 septembre 2020

Après l’euphorie de la fin du régime d’Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) le 18 août 2020, le Mali renoue avec les démons de la division autour de la nature de la transition, sa durée, ses organes. Dans ce contexte d’incertitude, le Comité National du Salut du Peuple (CNSP) a rencontré tous les acteurs politiques, société civile, syndicats, groupes armés. Chacun y va de sa proposition contribuant à une production médiatique dense. La CEDEAO, l’organisation communautaire, plaide pour une transition courte et civile. C’est dans cette recherche de voie pour la transition malienne, que je donne ma grille d’analyse à travers cet article qui est une contribution pour la construction d’un Mali nouveau.

La situation sociopolitique du Mali a été au menu du 57ème Sommet des Chefs d’Etat de la CEDEAO, tenu à Niamey le 07 septembre 2020. Il ressort clairement du communiqué qui a sanctionné le Sommet que le Comité National du Salut du Peuple doit nommer un Président et un Premier civil au plus tard le 15 septembre 2020, donc une transition civile. L’organisation communautaire avait fixé, dans une réunion précédente par visioconférence, la durée de cette transition à 12 mois.

Si la nature et la durée de la transition malienne ne semblent pas diviser au niveau des Chefs d’Etat de la CEDEAO, tel n’est pas le cas au Mali. Il ressort de la presse, des réseaux sociaux que le Mali est profondément divisé sur cette question de la transition. La classe politique rejoint largement la position de la CEDEAO (transition civile et de courte durée). Quant à la population, à travers les interviews, elle est à l’opposé de la classe politique et réclame une transition militaire avec des divergences sur la durée.

Dans cette situation d’incertitude où la classe politique semble se détacher du peuple, j’ai jugé utile de donner ma grille d’analyse de cette transition dont la réussite est une mission de génération selon Frantz FANON.

Cette grille d’analyse de la transition qui se structure autour de trois points, s’inscrit dans la réalisation de cette mission de génération.

1. Une transition militaire :

Le Mali est théoriquement une démocratie depuis 1992 avec l’avènement de la IIIème République. Il est généralement admis que la démocratie est la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir militaire ; donc la soumission du militaire au civil. C’est ce principe qui explique l’injonction de la CEDEAO qu’aucune structure militaire ne doit être au-dessus du Président civil de la transition du Mali. La nature et la durée d’une transition ne se dictent pas selon des principes, mais bien par le contexte sociopolitique du pays. L’immixtion régulière des militaires dans le jeu politique est, si besoin en est de rappeler, l’échec de cette démocratie frelatée, chiffonnée.

Le contexte sociopolitique du Mali est fortement marqué par l’insécurité qui justifie la présence des forces de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), qui est une opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali. Elle intervient dans le cadre de la guerre au Mali et est la composante principale de l’intervention militaire au Mali avec plus de 15 000 personnes (civil et militaire). En plus de cette force onusienne, la France est aussi présente depuis 2013 à travers l’opération Serval, puis Barkane. Malgré la présence de ces forces étrangères, l’insécurité est passée de résiduelle à généralisée avec son corollaire de milliers de morts et de disparus. D’ailleurs les souteneurs du défunt régime d’IBK avait comme principal argument, l’effondrement du pays à cause de la menace djihadiste si un changement inconstitutionnel du pouvoir intervenait. Nous avons assisté au contraire depuis le 18 août, avec la montée en puissance des Forces Armées Maliennes (FAMA). La presse locale fait largement écho depuis l’arrivée de la junte (CNSP) aux commandes.

La transition doit continuer sur cette dynamique pour mener la guerre de libération du septentrion malien ; cette guerre de libération que nous avons tant repoussée depuis 2012. Cette guerre de libération et le retour de l’administration dans les régions libérées doivent être la priorité absolue de la transition. La guerre étant le métier des militaires, la transition doit être militaire ou elle ne sera pas du tout une transition de refondation.

2. Une transition de longue durée :

C’est la lutte du M5 RFP (Mouvement du 05 juin du Rassemblement des Forces patriotiques) qui a été le fer de lance du changement tant chanté aujourd’hui. S’il y a une expression qui résume mieux la lutte du M5 RFP, c’est bien la refondation du Mali pour retrouver une gouvernance vertueuse. C’est cette ambition noble de refondation qui a mobilisé le peuple sur le Boulevard de l’indépendance et non une question de personnes. La refondation du Mali est une tâche d’hercule, et ne pourra pas se faire en 3 ans à fortiori une année.

Les partisans d’une courte transition sont plus préoccupés par les postes de responsabilité et non la refondation du Mali. Comme indiqué plus haut, c’est la classe politique qui plaide dans le même sens que la CEDEAO sur la nature, la durée de la transition. En 1991 et 2012, nous avons fait des courtes transitions juste pour organisation des élections, et à chaque fois les politiciens issus de ces élections ont été balayés par des coups d’état. Plus la transition sera courte, plus nous reviendrons à la situation qui nous a conduit aux coups d’état.

La refondation dont le Mali a besoin est une tâche ardue que seul un pouvoir de transition peut mener. Les pouvoirs issus des élections ont généralement les mains liées à cause du clientélisme politique pour mener des réformes courageuses, surtout la lutte contre la corruption. Sans une réédition des comptes publics, les maliens seront toujours divisés, la corruption étant la mère de tous les problèmes qui menacent aujourd’hui la survie du Mali.

Cette transition doit prendre le temps nécessaire pour refonder le Mali, condition indispensable pour ne plus retomber dans une crise sociopolitique qui aboutira toujours à un changement inconstitutionnel tant redouté par la CEDEAO.

3 Une équipe de transition fortement idéologique :

Pour réussir la transition, il faudra éviter le mythe du diplôme, du technocrate, qui s’est installé dans le pays. Le diplôme n’est qu’une présomption de connaissance et n’est pas un indicateur de la qualité du leadership. Pire, il n’indique rien sur la moralité de son détenteur. L’équipe du défunt régime d’Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) était majoritaire composée de jeunes et de technocrates. Malgré ces diplômés technocrates, très chantés lors de leurs nominations, ce régime fut le plus médiocre et corrompu (vu le nombre de scandale relayé par la presse) de la courte histoire politique du Mali. Pour une transition performante, nous devons sortir de ces velléités de diplômés, de technocrates, pour axer le choix des Hommes de l’équipe de transition sur des parcours professionnels réussis, la moralité et surtout des personnes qui sont idéologiquement marquées. Bref, des personnes qui ont une forte conviction sur la marche du Mali. Le temps des opportunistes doit être révolu, bien qu’ils font de l’exhibitionnisme sur les réseaux sociaux et autres médias ces temps-ci. Le Mali regorge de beaucoup de compétences dans tous les domaines, pour réussir cette transition combien cruciale pour la survie du Mali en tant que Nation, République.

Les enquêtes de moralités et de patrimoines doivent être de rigueur lors du choix des personnes qui siégeront dans les différents organes de la transition.

Eu regard de ce qui précède, le CNSP doit arrêter le cirque en cours appelé concertation nationale qui n’aboutira à rien, sinon une perte de temps. L’équipe de transition formée selon les critères ci-dessus pourra dégager les priorités et la durée de la transition sur la base des résultats des concertations ultérieurement tenues au Mali.

Cette refondation du pays doit être faite selon les conditions et le calendrier des maliens, et non ceux de la CEDEAO, quitte à ce que le Mali se retire de cette organisation qui n’est pas indispensable pour la marche d’une nation.

Bamako, le 08 septembre 2020

Mamadou SATAO
Environnementaliste
Email : satao2@yahoo.fr
Tél. : (00223) 76 35 91 67

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Mots-clés : menunav