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Pour sortir le Mali de la zone de turbulence : Selon Cheick Oumar Sissoko, voici l es 6 priorités auxquelles les maliens doivent faire face

lundi 5 juillet 2021

« L’histoire nous interpelle. Il n’y a aucun doute que nous en saisirons le sens. Nos convictions et nos principes de patriotes nous y engagent. Nous croyons en l’avenir de notre beau pays ». Cette déclaration a été faite par Cheick Oumar Sissoko, ancien ministre de la culture du Mali dans un texte fort intéressant qu’il a intitulé « Le sens de l’histoire ». Lisez l’intégralité du texte !

Le sens de l’histoire

Le 18 juin 1940, depuis Londres où il s’était exilé avec d’autres compatriotes résistants, le Général Charles de Gaulle, sous-secrétaire d’état de la France à la Défense et à la Guerre, face à l’invasion de son pays par la Wehrmacht - forces armées du IIIe Reich allemand dirigé par le régime nazi d’Adolph Hitler - lança un appel historique au peuple de France, aux patriotes et à toute la Nation Française, les exhortant à une mobilisation générale pour défendre leur Patrie contre l’occupant étranger.

C’était en réaction au discours adressé la veille aux troupes françaises par le Maréchal Pétain. Le nouveau Chef de gouvernement français qu’il était devenu, leur donna l’ordre de cesser le combat, suite à sa demande d’armistice à l’Allemagne.

De Gaulle affirma par contre, que la France, après avoir perdu la bataille dans l’hexagone, pouvait gagner la guerre en s’appuyant sur son vaste empire colonial, et en s’alliant avec la Grande Bretagne maîtresse des mers et avec les Etats Unis d’Amérique disposant d’une immense industrie.

La suite bien connue, lui donna raison. Le développement de la guerre aboutit à la victoire des Alliés, et la capitulation de l’Allemagne nazie le O8 mai 1945. " L’appel historique de Londres" était une exigence de l’heure. De Gaulle avait compris et saisi le sens de l’histoire.

Le rôle et la place des Peuples Africains

Comme lors du premier conflit mondial - 1914-1918, les Peuples Africains de l’empire colonial français prirent une part active à cette libération de la France du joug de l’Allemagne nazie.

1 - la fourniture de ses ressources économiques, son soutien politique, l’utilisation de son territoire lui ont conféré le statut d’état souverain et légitime en tant que partie prenante à la seconde conflagration mondiale- 1939-1945 ;

2 - et bien sûr le sacrifice de sang de ses " Tirailleurs Sénégalais " - tous les Africains engagés sous le drapeau tricolore - intrépides guerriers qui ont fait montre d’une bravoure à nulle autre pareille.

Une telle contribution essentielle et inestimable a été consentie par les Africains, nos héros, dans l’espoir qu’à la fin de la guerre, l’état colonial français reconnaîtrait l’indépendance et la souveraineté internationale de leurs pays, conditions nécessaires et indispensables pour récupérer leur dignité et reprendre leur destin en main.

Le 18 juin 2021, date anniversaire de l’appel historique, aurait donc pu être un grand moment de commémoration et de célébration de cette solidarité exemplaire entre le Peuple Français et les Peuples Africains, construite il y a 81 ans dans le sang et la sueur.

Mais hélas, fort malheureusement, notre Général, patriote intransigeant, lucide et clairvoyant au moment de la lutte pour sauver son pays, une fois ce but atteint, plongea immédiatement dans l’aveuglement et l’obscurantisme. En effet, pour assouvir les ambitions égoïstes et le rêve anachronique de la France de maintenir son empire colonial, De Gaulle décida d’aller à contre-courant de l’Histoire.

C’est ainsi qu’il s’est perdu dans les dédales de l’empire colonial français dominateur, inhumain dans l’exploitation de ses colonies. La défaite de l’armée française à Dien Bien Phu en mai 1954, la guerre de libération de l’Algérie engagée en novembre 1954 par le FLN, étaient des signes annonciateurs d’une nouvelle époque. Mais en 1958, Charles de Gaulle ne comprit ni cet enseignement, ni le sens.de l’histoire que les Peuples Vietnamiens et les Peuples Africains, autres défenseurs de la liberté du monde à la 2e guerre mondiale 39-45, voulaient opposer à la force brutale de domination et d’oppression qu’ils subissaient.

Les œillères de De Gaulle contre le vent de la liberté en Afrique

Dans son historique tournée africaine de cette année 58, pour la défense des intérêts de l’état français, Charles de Gaulle portait évidemment les œillères de l’habitus colonial, cette disposition d’esprit faite de complexe de supériorité et de mépris souverain à l’égard des peuples dominés, exploités par le colonialisme français. L’habitus colonial est ancré, cultivé et entretenu depuis des lustres au sein de la classe dirigeante française.

Cette idéologie bête, stupide, anachronique, explique comment et de tout temps les Présidents français jusqu’à Emmanuel Macron, leurs ambassadeurs et autres administrateurs ne voient l’Afrique que comme leur "Propriété Privée" gardée hier par des gouverneurs des colonies et aujourd’hui par des présidents faussement élus de nos républiques et adoubés par eux contre la volonté des Peuples.

Mais les choses ont changé. Aujourd’hui, les " précarrés français " sont convoités, autorisés par le droit international à être envahis par d’autres prédateurs. Et ils le sont. La mondialisation est passée par là. Elle a imposé avec les programmes d’ajustement structurel, la dérèglementation du fonctionnement de nos économies et leur régulation par les forces du marché qui circulent librement dans le monde pour les besoins d’insertion de nos pays dans le système capitaliste international à la recherche effrénée de surprofits à la vitesse maximale.

La voie était ainsi tracée depuis la création des organisations de Bretton Woods qui pillent depuis 1945 les économies des pays pour les soumettre à la rapacité du capital financier et des multinationales dans l’esprit de l’idéologie néolibérale ! Alors malgré le scandaleux franc cfa, et les accords de défense, de coopération aux clauses souvent inconnues, l’Afrique s’est ouverte au monde. Son sous-sol, ses marchés, ses terres, ses fleuves, ses forêts, sont convoités, investis, dévastés dans une concurrence et une exploitation féroces.

La France voit sa "chasse gardée" entreprise par les pays du BRICS- BRÉSIL, RUSSIE, INDE, CHINE, AFRIQUE DU SUD, nouveaux ateliers du monde aux économies plus compétitives.

Et le Mali dans tout ça ?

Le Mali notre pays, regorge aussi de potentialités immenses sur 80% de son territoire : eau, soleil, sable, pétrole, gaz, uranium, Or, diamant, coltane, cobalt, lithium, fer, manganèse, bauxite, phosphates....43 millions de terres arables, la base géostratégique de Tessalit.... Voilà ce qui explique la guerre qui nous est imposée par rebelles et terroristes interposés. Et des dirigeants qui depuis 50 ans, le trahissent. Et pourtant il est possible d’agir autrement.

L’Europe et la France manqueraient elles de vision et d’intelligence pour ne pas saisir le sens de l’histoire qui montre sans ambages que les Peuples Africains sont déterminés à ECRIRE EUX-MÊMES LES PAGES DE L’HISTOIRE DE LEUR CONTINENT. Les dirigeants de l’Europe et de la France ne peuvent-ils comprendre que l’Afrique est le continent le plus proche du leur, par la culture, l’histoire et la géographie ?

L’Afrique en dehors de son patrimoine historique, culturel, humain et spirituel, recèle d’immenses potentialités qui en font le coffre fort du monde L’Europe riche de ressources financières, scientifiques, technologiques, a besoin de nos ressources, de nos marchés comme nous avons besoin de leurs finances, de leur savoir faire technique. Le temps de la coopération mutuellement avantageuse dans le respect et la sincérité est venu.

Nous Afrique, avons à notre avantage le choix de nos partenaires. Il se fera aujourd’hui ou demain avec les nouvelles classes dirigeantes qu’aucune force d’où qu’elle vienne, ne pourra empêcher d’agir, ni ne saura s’opposer à notre émergence. Par conséquent, la France notre partenaire naturel doit arrêter sa politique néocoloniale, libérer Kidal, arrêter son soutien à ses mouvements rebelles toujours armés. Elle doit privilégier les rapports d’état à état.

L’accord d’Alger auquel elle s’accroche n’en est pas un, ni juridiquement, ni politiquement. Il n’a pas été soumis à un conseil des ministres, encore moins à l’assemblée nationale. Et puis pourquoi s’immisce-t-elle dans une affaire entre un état et ses citoyens ? Elle a ses problèmes avec la Corse, la Nouvelle Calédonie pour ne citer que ces deux cas qui la concernent. Elle les règle avec la force. Les Nations Unies ne pipent pas un mot malgré les atteintes graves aux libertés individuelles et collectives. Sa politique en Afrique va la conduire irrémédiablement à sa perte. Et nos dirigeants corrompus, et apatrides qui lui sont soumis n’y pourront rien. C’est le sens de l’histoire. Il nous faut ensemble tirer les leçons.

Les Mandekas l’ont fait en 1236 après les conflits meurtriers entre les princes du Mandé et la guerre contre l’empire Sosso. En faisant adopter la Charte du Mandé, ils avaient montré qu’ils avaient saisi le sens de l’histoire et fixé les enseignements et principes qui ont donné la preuve à Kurukanfuga, que les civilisations africaines portent des valeurs à vocation universelle. Enfin la Charte du Mande préfiguration de la déclaration universelle des droits de l’homme et des formes modernes d’organisation démocratique de la société fondée sur les principes de l’égalité en droit, de la fraternité et de la solidarité universelle, de l’Etat-nation pluriethnique et multiculturel, est le signe irréfragable et le symbole incontestable que nous portons une part du Destin de l’Humanité.

Ai-je besoin de citer les recherches scientifiques de Cheikh Anta Diop ? Peut-être rappeler tout simplement que ses recherches scientifiques sans cesse confirmées par les découvertes ultérieures d’autres chercheurs Africains et non Africains, ont révélé que l’Afrique a été non seulement le berceau de l’humanité, mais qu’en plus, elle a ouvert tous les chantiers du savoir et de la civilisation, et s’est engagée dans une dynamique de construction d’un monde humaniste avant l’intrusion négrière et colonialiste de l’Europe.

in " Antériorité des civilisations nègres. Mythe ou vérité historique ? ",
" Nations nègres et culture *
" Civilisations ou barbarie ? " et
" L’Afrique noire postcoloniale "

Avec Kwame NKrumah, le père du panafricanisme et de l’unification de notre continent dans le cadre d’un Etat fédéral- " Africa must Unite ", il a également esquissé les contours d’une Afrique qui prendra la place qui lui est due dans le concert des Nations modernes -in " Fondements culturels, techniques et industriels d’un futur Etat fédéral d’Afrique Noire ".

Au regard de tout cela, nous devons croire en l’avenir. Les jeunes, 70% de nos populations, doivent s’enorgueillir d’appartenir à ce continent où ils sont appelés à relever les défis pour un monde meilleur. Et ils le feront comme l’ont voulu leurs pères et grands-pères Cheikh Anta Diop, Kwame NKrumah, Modibo Keita, Sékou Toure, Thomas Sankara, Jerry Rawlings....

Pour revenir au Mali, notre peuple dans ces périodes de tourmentes, de désastre, de divisions,
arrivera-t-il à faire un " Kurukanfuga II " comme le suggère notre compatriote Boniface Diarra ancien leader de l’UNEEM .

Pour le moment, nous devons impérativement et en urgence faire face aux priorités suivantes :

1- LA GUERRE/LA SECURITE/LA DÉCLARATION de l’état de guerre et de légitime défense avec les dispositions à prendre

2- La RESTRUCTURATION TEMPORAIRE DE NOTRE ÉCONOMIE NATIONALE EN ÉCONOMIE DE GUERRE POUR SAUVER LA PATRIE EN DANGER

3- L’ACCORD D’ALGER AVEC LES QUESTIONS PENDANTES DE LA PARTITION DE L’ÉTAT UNITAIRE DU MALI ET LE STATUT DE L’ENCLAVE DE KIDAL OCCUPÉE PAR LA FRANCE ET LES REBELLES SÉPARATISTES, SES ACOLYTES INDÉPENDANTISTES, une minorité.

4- LES AUDITS DES FINANCES, DU FONCIER POUR EMPÊCHER LA RESTAURATION AVEC LES ÉLECTIONS A VENIR, du régime politique des ennemis du Mali. La nécessité d’engager des procédures judiciaires contre eux s’imposent. Les dossiers existent pour les crimes économiques et de sang.

5- LA JUSTICE SOCIALE, L’AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE VIE DES POPULATIONS, indispensables à l’établissement de la confiance entre l’état et les citoyens.

6- L’ESSOR ÉCONOMIQUE Plutôt LA REPRISE EN MAINS DES COMMANDES DE NOTRE ÉCONOMIE ET LA TRANSFORMATION DES IMMENSES RICHESSES NATURELLES DE NOTRE PAYS POUR RÉPONDRE A SES BESOINS DE DÉVELOPPEMENT MODERNE ET A L’ASPIRATION DE BIEN ÊTRE SOCIAL DES MALIENS.

L’histoire nous interpelle.
Il n’y a aucun doute que nous en saisirons le sens.
Nos convictions et nos principes de patriotes nous y engagent.
Nous croyons en l’avenir de notre beau pays.

Cheick Oumar Sissoko
Cinéaste

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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