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Tramadol : L’ONUDC sonne l’alarme sur l’augmentation du trafic et de la consommation, et sur ses implications sanitaires et sécuritaires

vendredi 15 décembre 2017

Dakar, 11 décembre 2017 – L’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) met en garde la communauté internationale contre les implications d’une utilisation non-médicale du tramadol, un opioïde de synthèse, sur les économies et la sécurité de l’Afrique de l’Ouest, particulièrement du Sahel, et du Moyen Orient, et sur ses liens avec la lutte globale contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.

« L’augmentation de consommation et de trafic de tramadol dans la région est réelle, préoccupante, et doit être adressée dans les plus brefs délais. Nous ne pouvons laisser la situation dégénérer d’avantage », a déclaré le Représentant Régional de l’ONUDC en Afrique de l’Ouest et Centrale, M. Pierre Lapaque.

Selon les informations obtenues par l’ONUDC, l’utilisation non-médicale du tramadol évolue actuellement vers une crise sanitaire majeure, tout particulièrement au Nord Mali et au Niger, et ce à un rythme alarmant.

Ceci fait écho à des tendances également observées au Moyen-Orient, où les abus dans l’utilisation du tramadol sont devenus partie intégrante du problème mondial de la drogue au cours des dernières années, où la consommation du tramadol au Sahel et au Moyen-Orient, souvent sans surveillance et suivi médical, s’éloigne grandement des dosages recommandés lorsqu’il est prescrit par un médecin à ses patients (environ 50mg par pilule). Dans ces régions, les dosages atteignent régulièrement 200 ou 250mg, ce qui pose un risque de santé et d’addiction majeur.

Implications sécuritaires

Selon le dernier Rapport Mondial sur les drogues de l’ONUDC, les saisies annuelles de tramadol en Afrique subsaharienne sont passées de 300 kg à plus de 3 tonnes depuis 2013. Selon des informations supplémentaires obtenues par l’ONUDC, il semblerait que des réseaux de criminalité transnationale organisée fasse transiter le tramadol, produit principalement en Asie du Sud, par le golfe de Guinée vers des zones du Sahel en partie contrôlées par des groupes armés et des organisations terroristes.

« Environ 75% des 70 millions d’hommes et de femmes dans le Sahel ont moins de 25 ans, ce qui fait de la jeunesse Sahélienne un marché privilégié pour les trafiquants de drogues. Ceci veut dire que les jeunes sont particulièrement exposés aux risques liés à une consommation abusive du tramadol et d’autres drogues illicites, souvent vendues à des prix dérisoires », a ensuite rappelé M. Lapaque.

Ce problème d’augmentation de consommation non-médicale du tramadol joue également un rôle déstabilisateur dans la région car certains groupent ne se contentent pas seulement de trafiquer ces pilules afin de générer des revenus, mais les utilisent également à leurs propres fins. Comme l’indique M. Lapaque, « nous retrouvons régulièrement du tramadol dans les poches de suspects arrêtés pour terrorisme, où ayant commis des attaques kamikazes. Il faut donc se demander comment et où les combattants de Boko Haram et d’Al-Qaïda, y compris parfois de jeunes garçons et filles se préparant à commettre des attaques suicides, s’approvisionnent ».

Fait particulièrement alarmant pour les alarmant pour les Nations Unies datant du mois de septembre 2017, se trouve la saisie de plus de 3 000 000 de comprimés de tramadol, emballés dans des cartons portant l’étiquette des Nations Unies. Ces comprimés ont été interceptés au Niger, dans un véhicule provenant du Nigéria et à destination du Nord du Mali.

Cette saisie est particulièrement inquiétante à cause de l’utilisation du sigle des Nations Unies par des réseaux de criminalité transnationale organisée, qui pose un réel problème à la fois pour l’organisation, et pour les autorités luttant contre ces trafics.

De plus, en août 2017, les douanes camerounaises au Nord du pays (proche de la frontière avec le Nigeria) ont saisi plus de 600 000 comprimés de tramadol, destinés selon l’enquête au groupe Boko Haram.

Lors d’une mission récente à Gao, au Nord du Mali, des représentants de l’ONUDC ont eu l’occasion d’échanger à ce sujet avec la société civile, des associations de femmes et des représentants gouvernementaux. Ces entretiens ont confirmé les inquiétudes de l’ONUDC.

« Nous sommes confrontées de manière quotidienne à l’augmentation sévère de la consommation de Tramadol, tout particulièrement par nos enfants. Je vois très souvent de jeunes filles et garçons, à peine plus âgés que mon fils de 10 ans, titubants dans la rue après avoir dilué des pilules dans leur thé... Tout ça pour leur couper la faim… », a partagé une représentante d’association de femme, souhaitant gardé l’anonymat.

Enjeu sanitaire

Cette forte dépendance est d’autant plus inquiétante qu’un arrêt ou une diminution des doses ingérées peut cause des hallucinations, de l’agitation et de l’anxiété, qui affectent directement la bonne santé, la productivité et l’efficacité des travailleurs dans le Sahel.

Ce manque de productivité, couplé aux pertes pour les Etats du Sahel que représentent les trafics de médicaments dans des économies parallèles, a de sérieuses conséquences sur le développement économique, en particulier dans les zones rurales.

Au cœur de l’inquiétude de l’ONUDC réside le fait que le tramadol demeure, au regard des législations internationales en la matière, une drogue légale. Son utilisation à des fins médicales permet de traiter des douleurs chez les patients n’ayant pas montré d’amélioration avec des traitements moins lourds, basés en général sur une utilisation du paracétamol.

L’utilisation médicale du tramadol est généralement utilisée en dernier recours par les médecins, avant l’utilisation d’opiacés comme la morphine. En revanche dans le Sahel et au Moyen-Orient les utilisateurs du tramadol ont pour habitude d’en prendre fréquemment à très fortes doses, souvent cinq fois plus fortes que sur desordonnances médicales. Au Moyen-Orient, l’utilisation récréative est particulièrement élevée chez les jeunes et les adolescents.

Le profil pharmacologique complexe du tramadol influence à la fois le système récepteur des opioïdes et le système sérotoninergique, avec des réactions psychiques accompagnant l’effet analgésique de la substance. Tandis que des pistes de traitement sont toujours explorées, les recherches actuelles suggèrent que le trouble d’utilisation du tramadol peut être traité, grâce à un traitement psychosocial intensif associé à une réduction progressive de la consommation quotidienne. L’ONUDC et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont élaboré des directives sur le traitement pharmacologique des troubles liés à l’utilisation des opioïdes.

Une approche compréhensive

L’ONUDC, à travers son Programme Sahel, apporte son appui aux institutions gouvernementales de la région, afin de renforcer les capacités des agents d’application de la loi et de justice dans la lutte contre le trafic de drogue. L’assistance délivrée par l’ONUDC inclut en outre le contrôle des frontières (terrestres, aériennes et maritimes) et le partage de renseignement opérationnel.

En partenariat avec le G5 Sahel et ses autres partenaires internationaux, la contribution de l’ONUDC à la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS) propose une approche compréhensive au renforcement des systèmes de justice pénale dans la région. Dans un souci de s’adapter aux évolutions récentes, l’ONUDC va également dès à présent soutenir la Force Conjointe du G5 Sahel, tout en continuant de travailler en étroite collaboration avec la MINUSMA au Mali.

Pour plus d’information, merci de contacter :
Jeffery Bawa
Chargé de Programme, Programme Sahel
Téléphone : +221 33859 9688
Courriel : Jeffery.bawa [at] unodc.org
Site internet:http://www.unodc.org/westandcentral...

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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