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Sanctions contre le Mali suite au coup d’Etat : N’Pénin DIARRA, Citoyenne malienne, écrit au Président de la Commission de la CEDEAO

mardi 1er septembre 2020

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la Commission de la CEDEAO, N’Pénin DIARRA, Citoyenne malienne, a exhorté l’organisation régionale « à faire preuve de solidarité et de panafricanisme en relevant toutes les sanctions brandies sur la tête du Mali qui est déjà à terre ». Elle a profité de l’occasion pour demander à « la CEDEAO de revoir sa doctrine par rapport à l’appréciation de soulèvements populaires qui peuvent être parachevés par des militaires pour avoir une lecture plus fine des aspirations des populations et ne pas fonder ses décisions uniquement sur les phobies des dirigeants d’être balayés par de tels mouvements ». Lisez l’intégralité de la lettre ouverte !

Lettre ouverte à la CEDEAO

Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO

Notre pays est à un tournant décisif de son histoire. De 2012 à nos jours, le Mali vit une crise multiforme sans précédent marquée par l’occupation de 75% du territoire malien, la montée de l’insécurité, une crise socio-économique profonde, toutes choses dont se sont nourries les contestations de masse du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), pour dénoncer la corruption et l’insécurité grandissantes, l’injustice et la mauvaise gouvernance. Les négociations étaient arrivées à un stade de blocage total entre le M5-RFP et IBK et son régime, ce qui a conduit à l’action des militaires, le 18 août, qui ont obtenu finalement la démission du Président.

Responsabilité de la CEDEAO dans la complication de la situation au Mali

Nous saluons les efforts de la CEDEAO qui depuis le début de la crise s’est proposée pour faire une médiation entre les protagonistes de la crise malienne. Cependant, on est en droit de se poser des questions de fond sur la démarche et le choix du médiateur, un anglophone dans un pays francophone qui ne parle pas un mot français, et qui de surcroit ne connait pas les acteurs politiques et la culture malienne. En plus du casting, on se pose plusieurs questions, notamment : le bien-fondé de la démarche de la CEDEAO qui a amené dans sa valise des solutions toutes faites et qui, par la suite, a imposé des sanctions inappropriées et dangereuses pour le peuple notamment un embargo économique et financier et la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes pour un pays enclavé. La médiation de la CEDEAO au Mali n’a-t-elle pas été bâclée en quelque sorte ? Qu’est-ce qu’on pourrait imaginer si la CEDEAO n’avait pas entrepris cette médiation ? Le peuple malien n’aurait-il pas trouvé une solution endogène et plus efficace à cette crise ? Avec tous ces questionnements, on est en droit de se poser des questions sur la part de responsabilité de la CEDEAO dans l’aggravation de la situation au Mali.

Sanctions inappropriées et inadaptées de la CEDEAO

Aujourd’hui encore après les événements du 18 août, nous avons du mal à comprendre la position et les motivations réelles de notre organisation sous régionale lorsqu’elle applique des sanctions sur la tête des populations du Mali, qui pénalisent plus le peuple souverain que les militaires. Est-ce que ces sanctions sont appropriées et adaptées dans le contexte du Mali dont l’intégrité du territoire est menacée et qui traverse une crise multiforme depuis plusieurs années ? De telles sanctions sont incompréhensibles et inadmissibles pour un pays fragilisé comme le Mali. On ne tire pas sur une ambulance, notre pays est déjà à terre. Les sanctions mises en œuvre contre le peuple malien sont-elles en cohérence avec le protocole additionnel sur la gouvernance et la démocratie de la CEDEAO, surtout dans un moment où le pays est tombé au plus bas ? N’est-il pas temps de revisiter et de reformer les textes et principes de la CEDEAO ? Un embargo fera certes mal au Mali, mais il fragilisera en même temps notre union communautaire qui aura manqué de solidarité, il pénalisera également les populations d’autres pays de la sous-région qui ont d’importantes interactions ou transactions économiques avec le Mali (Sénégal, Côte d’Ivoire, etc.). Ces sanctions auront un impact négatif sur un pays et une armée en lutte contre des groupes terroristes et dont l’effondrement emportera toute la région. Au lieu de sanctions, il vaudrait mieux que l’organisation agisse sur les causes de ces soulèvements et des coups d’Etat. La CEDEAO doit être aussi ferme sur les troisièmes mandats fruits de tripatouillages électoraux pouvant aussi conduire à la violence, á des soulèvements et des coups d’Etat. Que dit ou fait la CEDEAO dans ces circonstances ? Sanctionne-t-elle ces dirigeants ? Pourquoi ?

En tant que membre de la société civile culturelle malienne, cette situation m’interpelle et me préoccupe. Ainsi, nous exhortons la CEDEAO à faire preuve de solidarité et de panafricanisme en relevant toutes les sanctions brandies sur la tête du Mali qui est déjà à terre. Nous demandons à la CEDEAO de revoir sa doctrine par rapport à l’appréciation de soulèvements populaires qui peuvent être parachevés par des militaires pour avoir une lecture plus fine des aspirations des populations et ne pas fonder ses décisions uniquement sur les phobies des dirigeants d’être balayés par de tels mouvements. Nous saluons les prises de position de certains chefs d’Etats qui ont montré de façon éloquente les liens séculaires qui existent entre les peuples de la CEDEAO. Cette crise malienne est une opportunité pour la CEDEAO d’innover pour aller vers une solution beaucoup plus inclusive et endogène.

N’Pénin DIARRA
Citoyenne malienne

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Réactions

  • Notre organisation sous régionale, à mon avis est une organisation ECONOMIQUE pas politique. Fondée pour faciliter l’intégration économique, elle s’est muée en une CEDEAO des chefs d’état, un syndicat. Au lieu de dire à ses syndiqués de bien se comporter et d’éviter le parjure, elle reste sourde et muette face aux légitimes et démocratiques protestations des peuples. Voila le pourquoi des sanctions en cas de reversement d’un régime. Quel président dans notre espace ne mérite pas d’être chassé pour sa gouvernance désastreuse ? Peu d’entre eux sont bien élus et respectent la constitution qu’on brandit devant les contestateurs et pourtant pour eux même est moins qu’un paillasson. La mauvaise gouvernance appelle les soulèvements et les coups d’état. A bon entendeur salut

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