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Présidentielle du 29 juillet : Des intellectuels invitent les candidats à mettre le Mali à l’abri d’une crise post-électorale

samedi 28 juillet 2018

« Nous invitons les différents candidats à cette élection présidentielle à rejeter la violence. Et, quelque soit les résultats, retrouvons nous dans le cadre des assisses nationales pour permettre aux maliens de se donner les moyens de construire un Mali nouveau ». Cette invitation a été lancée par le Professeur Issa N’diaye, le 26 juillet 2018, lors du lancement de l’Appel intitulé « LE MALI, NOTRE CAUSE COMMUNE », au Centre Amadou Hampaté Ba.

Dans l’Appel intitulé « LE MALI, NOTRE CAUSE COMMUNE », une soixantaine d’intellectuels maliens disent clairement que « ce qui est en jeu le 29 juillet 2018 ici, dépasse le choix d’un homme ou d’une femme à qui l’essentiel du pouvoir échappera compte tenu du poids de la ‘’ communauté internationale’’ dont la présence n’a jamais été aussi massive ni aussi pesante dans notre pays ». Selon eux, « Cette douloureuse réalité aurait dû imprimer à l’élection présidentielle une dynamique autre que l’importance démesurée, qui est accordée aux aspects matériels du scrutin ». En effet, les intellectuels signataires du Manifeste « Demain le Mali » qui ont initié l’Appel intitulé « LE MALI, NOTRE CAUSE COMMUNE », sont convaincus que « La qualité du vote dépend surtout de ce que l’électeur/trice sait afin de pouvoir participer aux prises de décision et au contrôle de l’exercice du citoyen ».

Et, pour le dire avec force, Aminata Dramane Traoré, ancien ministre de la culture du Mali, Professeur Issa N’diaye, ancien ministre de l’éducation nationale, Cheick Oumar Sissoko, ancien ministre de la culture, Ismaël Diabagaté, célèbre artiste plasticien, ont animé une conférence de presse le 26 juillet 2018.

L’Appel intitulé « LE MALI, NOTRE CAUSE COMMUNE », a été intégralement lu par Ismaël Diabagaté. Ensuite Aminata Dramane Traoré, Cheick Oumar Sissoko et le Pr Issa N’diaye, se sont succédés pour exposer les idées essentielles de l’Appel « Le MALI, NOTRE CAUSE COMMUNE ».

« Nous sommes aujourd’hui dans un contexte électorale avec beaucoup de passions comme si ces élections étaient la solution à nos problèmes. Nous avons dit que ces élections ne seront pas les solutions du Mali », a indiqué le Pr Issa N’diaye. Avant de rappeler qu’en 2013, bon nombre d’intellectuels et cadres maliens, avaient dit que les élections n’étaient pas la solution, mais contre toute attente le pays avait reçu un ultimatum de François Holland, à l’époque Président de la France. « Malgré qu’en 2013, leur élection n’a pas été la solution au problème malien qui est resté entier, si ne s’est pas empiré, l’on s’entête encore à organiser des élections qui vont davantage diviser les maliens », a-t-il indiqué. Avant de préciser que quelque soit le vainqueur de cette élection du 29 juillet, il n’aura pas dans ce contexte la réalité du pouvoir, qui se trouve ailleurs dans les pays occidentaux.

« Ces élections vont créer beaucoup de rancœurs, car certains ne vont pas accepter leur défaite »

« Il ne faut pas se faire d’illusion. L’insécurité et l’immigration ne sont pas le fait de notre pays. Ce sont des questions structurelles liées au système mondial », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que la guerre contre le terrorisme, nous a été imposée, pour la simple raison que les hordes djihadistes sont venues d’ailleurs, même si quelques maliens ont mis le pied dans l’engrenage. Selon, la guerre contre le terrorisme sert aujourd’hui le prétexte pour occuper militairement notre pays. « Aujourd’hui, notre pays est occupé, il faut le dire », a-t-il déclaré tout haut.

Il a ensuite estimé que la campagne électorale n’a pas touchée à ces questions essentielles, pour la simple raison que nous refusons de réfléchir par nous même. En tout, le Pr Issa N’diaye est convaincu que ces élections annoncées vont encore plus diviser les maliens et les éloigner de l’essentiel. « Ces élections vont créer beaucoup de rancœurs, car certains vont pas accepter leur défaite », a-t-il prédit.

Aujourd’hui, face aux conflits communautaires et ethniques qui s’emparent du pays, le Pr Issa Ndiaye pense que le moment est arrivé pour que les maliens prennent en main leur pays pour trouver les solutions à leur façon. Il a regretté le fait que ceux qui sont venus aider le Mali à gérer sa crise n’aient pas eu l’intelligence d’écouter les maliens qui ont des capacités de propositions et de sécrétion de solutions durables et acceptées par tous. « Si on nous avait écouté, nous n’en serions pas là aujourd’hui », a-t-il regretté.

Avant de dire à qui veut l’entendre que les solutions aux problèmes du Mali passent par des assisses nationales entre populations et les communautés maliennes pour trouver des solutions.

Convaincu que la solution à certain problèmes dépassera le seul Mali, le Pr Issa Ndiaye propose qu’après les assises nationales, qu’il faille trouver un cadre de débat entre les maliens et les peuple africains et ceux du monde. Dans tous les cas le Pr Issa Ndiaye reste convaincu que là où il règne la puissance de l’argent, il n’y a point de place pour la démocratie.

Il n’y a pas d’homme providentiel pour sauver le Mali

« Le président élu va être confronté à d’énormes problèmes », averti Aminata Dramane Traoré, qui pense que la mondialisation est un leur. Selon elle, pour sortir de la crise, on nous impose la sécurité pour aller au développement, alors que nous pensons que c’est leur modèle néolibérale qui ne crée pas de développement qui nous a conduits dans l’insécurité. « Malheureusement, ces questions n’ont pas interpelé les candidats », a-t-elle déclaré. Avant d’indiqué qu’ « Il n’y a pas d’homme providentiel pour sauver le Mali ».

« Nous lançons cet appel à nos concitoyens qui ont bien voulu briguer les suffrages de relativiser la transparence des urnes. Personne n’a le droit d’exposer ce pays à la violence, au motif que les urnes n’ont pas été transparentes », a indiqué Aminata Dramane Traoré.

La tête de proue du mouvement altermondialiste est convaincue que l’Europe ne peut pas vouloir sauver les africains sur le continent, au même moment où elle condamne à mort des milliers de migrants noirs dans des navires interdits d’accoster dans les ports européens.

« Nous sommes fatigués d’entendre que le Mali est le foyer de déstabilisation de la sous région. On refuse la stigmatisation du Mali, alors que tous savent que le danger est venu d’ailleurs et non du Mali », a indiqué Aminata Dramane Traoré. Avant d’ajouter qu’il faille coûte que coûte organiser des assises nationales pour aider le Mali à sortir de cette situation par la mobilisation de ses filles et fils.

Éviter à tout prix la crise post-électorale

« Dans l’immédiat, il faut éviter la crise post-électorale, en mettant l’accent sur la gravité de la situation. Et, pour cela, nous confions le Mali à nos frères et sœurs candidats, pour que chacun en prenne soins. Le problème c’est la transparence des enjeux et non la transparence des urnes », a suggéré Aminata Dramane Traoré. Avant d’inviter le vainqueur des élections à aller rapidement à l’organisation d’assises nationales pour permettre au Maliens de prendre en main la gestion de la crise. « Il faut rapidement organiser un débat de fond entre maliens. Refusons qu’on face de notre pays, une sorte de faillite, au moment où nous sommes convaincus que nous allons inspirer les autres pays d’Afrique », a estimé Aminata Dramane Traoré.

Pour conclure, elle dira que « nombreux sont ceux qui veulent venir au pouvoir, non pas parce qu’ils ont des solutions aux problèmes, mais parce qu’ils veulent avoir le pouvoir de distribuer des marchés ».

« Aucun de ces candidats ne pourra à lui seul régler le problème du Mali, sans le peuple malien », a estimé Cheick Oumar Sissoko. Avant de regretter le fait que la plupart des candidats ne connaissent même pas suffisamment le Mali qu’ils veulent gouverner. « Il nous faut des assises pour nous dire la vérité et se donner les moyens de sortir de cette crise qui a tendance à saper l’existence du pays », a-t-il proposé.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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