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Paix et Cohésion : Famu Danse présente deux spectacles à Ségou et Sikasso

samedi 28 août 2021

« De la danse à la tolérance : Unis dans la diversité », un projet conduit par l’Association Famu Danse, avec l’appui financier de la Délégation de l’Union européenne, à travers la CONFED, tire à sa fin. A cet effet, la ville de Ségou et celle de Sikasso, ont été sélectionnées pour abriter la restitution des ateliers de danse qui ont été organisés, à Ségou et à Koutiala, dans le cadre de ce projet. « Dana Ambassagou » et « Yiribolo », deux spectacles de danse qui revisitent les thématiques de la paix, de la cohésion sociale et du Vivre ensemble, ont été au centre d’une attraction exceptionnelle dans les deux capitales régionales.

Le Centre Culturel Kôrè de Sébougou et le Camp des déplacés de Bougounina à Ségou, ont enregistré une animation particulière, respectivement le mardi 24 et le mercredi 25 août 2021. L’Association Famu danse, dans le cadre de la restitution de ses ateliers de création avec les jeunes danseurs malentendants de Bamako, Ségou et Koutiala, sous la direction des maîtres chorégraphes (Alou Cissé dit Zol et Kadidai Tiemanta, assistée de Assétou Doumbia Aïda), y a organisé deux spectacles de belle facture.

« Dana Ambassagou » et « Yiribolo », deux spectacles de danse qui revisitent les thématiques de la paix, de la cohésion sociale et du Vivre ensemble

Le mardi 24 et le 25 août 2021, l’Association Famu Danse a invité la population de Ségou à venir apprécier ce que pourrait être la contribution des arts et de la culture à la paix, la cohésion sociale et le vivre ensemble.

Alou Cissé Zol, danseur émérite malien, chargé d’animer l’atelier de Ségou, dans une démarche pédagogique, est parvenu à amener 4 jeunes danseurs de Ségou et 2 danseurs de Bamako, mais tous malentendants, à intégrer les préoccupations des populations déplacées, dans une création artistique qui fait appel à leur corps et à la parole des signes qu’ils apprennent dans leurs différentes écoles de déficients auditifs, partenaires de l’initiative. Dans une très bonne mise en scène, les 6 jeunes danseurs interprètent, avec une maîtrise des gestes en parfaite harmonie avec leurs expressions corporelles, la pièce de danse intitulée « Dana Ambassagou » ou quand des citoyens maliens décident de se confier aux « dozos », les chasseurs traditionnels, pour leur sécurité. Triste réalité. Mais réalité d’aujourd’hui. Les milices d’auto-défense pullulent un peu partout au Mali. Et, cela n’est pas fait pour arranger la situation.

En effet, par moment, l’on a l’impression que la crise malienne est sans issue. Pour la simple raison, de jour en jour, la situation semble hors de contrôle dans le centre et dans une bonne partie du pays. De telle sorte que l’insécurité pousse les populations à des systèmes d’autodéfense, avec toutes les conséquences que cela peut comporter pour la cohésion nationale. C’est cette problématique que Alou Cissé Zol a décidé d’interroger dans un spectacle. A qui la faute ? Pour ne pas dire : Qui est derrière cette crise, d’autant plus que les peulhs accusent les dogons et ces derniers à leur tour accusent les peulhs ? Or, on se souvient qu’il y a une très longue expérience de cohabitation pacifique entre ces différentes communautés.

En réalité, son travail artistique avec les jeunes danseurs ne vise pas à apporter une réponse aux questions qu’il se pose. Mais, à pousser les uns et les autres à réfléchir pendant 25 minutes, sur les voix et moyens pour sortir de cette situation qui n’a que trop durée. Et, qui sape de jour en jour la cohésion nationale, et le vivre ensemble, avec son corollaire de milliers de victimes. Pour cela, il a proposé un spectacle complet. Gestes et expressions corporelles, par moment accompagnées de musique et par moment accompagnées d’une narration à l’allure d’une poésie funeste, ne laissent aucun spectateur indifférent. L’émotion est telle qu’on se trouve par moment transporter au centre du pays, et partout ailleurs au Mali, où se jouent des drames humains d’une exceptionnelle gravité.

Mais, qu’à cela ne tienne. De façon humble, Alou Cissé et ses danseurs proposent d’oublier toutes les rancœurs pour aller à une véritable paix, avec toutes les filles et fils du Mali. Et, cela a été symbolisé par le fait que tous les belligérants, à un moment donné, acceptent de mettre en berne leurs micro-drapeaux, pour se mettre sous la couverture du drapeau national : Vert, jaune et rouge.

« Yiribolo » : une chèvre s’amuse avec les feuilles du baobab que lorsqu’il est à terre

« Une chèvre s’amuse avec les feuilles du baobab que lorsqu’il est tombé », un adage de chez nous, aussi vieux que le monde, a inspiré la pièce de danse « Yiribolo » ou branche, créée par Kadidia Tiemanta, assistée par Assétou Doumbia Aïda.

Comme « Dana Ambassagou », la pièce « Yiribolo » est une invitation à la réflexion sur ce qui nous arrive depuis quelques années. Loin de solutions impulsives, souvent guidées par le cœur, « Yiribolo » invite à une réflexion pour l’union et l’unité nationale, afin d’éviter que l’arbre Mali ne sombre d’avantage. Il est connu de tous, que le cafard ne peut s’installer et prospérer que dans un mur fendu. Ici, les créatrices et leurs danseurs et danseuses venus de l’école des déficients auditifs de Koutiala, ont volontairement décidé d’inviter les maliens à aller se ressourcer dans nos valeurs culturelles pour trouver les méthodes endogènes de résolution des conflits pour sortir le pays de se bourbier mortel.

Ce spectacle a été précédé par une brève intervention de Daouda Keita, Directeur artistique de la Compagnie Famu Danse et Président de l’Association Famu Danse. Il a rappelé que le Projet « De la Danse à la Tolérance », financé par l’Union européenne, est une initiative qui met la danse contemporaine au service de la paix, de la cohésion et du vivre ensemble. Selon lui, c’est une expression de la possible contribution des arts et de la culture à l’apaisement des cœurs pour que le Mali s’installe définitivement dans la paix. « Dans le cadre de son projet ‘’De la danse à la Tolérance’’, l’Association Famu Danse s’est fixée l’objectif de contribuer à la promotion de la paix active au Mali par le développement de la tolérance, de l’écoute, de la communication et de la compréhension mutuelle des singularités au-delà des groupes d’appartenance, grâce au langage universel de l’art de la danse et des signes », a-t-il déclaré.

Il a salué le partenariat fécond de son association, avec l’Association Malienne des Sourds, Écoles pour Déficients Auditifs, Acampa Culture, et le financement de l’Union européenne, à travers la CONFED, qui donne l’occasion à Famu Danse de proposer deux pièces de danse, « Yiri Bolo » et « Dana Ambassagou », le fruits des différents ateliers organisés à Ségou et à Koutiala, sous la direction de deux chorégraphes maliens : Kadidia Tiemanta et Alou Cissé dit Zol.

C’est le lieu de rappeler qu’après la restitution du 24 août 2021, au Centre Culturel Kôrè, une seconde restitution a eu lieu à Ségou, le 25 août 2021, au Camp des déplacés « Bougounina ». Et, après Ségou, Famu Danse s’est installé en demeure à Sikasso pour 2 spectacles : Le 27 août 2021, à l’école Oumar Kélétigui Berthé (Ancienne Ecole A) au quartier Wayerma et le 28 août 2021 à l’Espace public du Camp des déplacés, près de l’abattoir au quartier Bougoula hameau.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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