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PRODUCTION DE SUBSTANCES HALLUCINOGENES AU MALI : Le Général Salif Traoré autorise la culture de chanvre industriel

mardi 5 novembre 2019

Par le fait du Général Salif Traoré, ministre de la sécurité et de la protection civile, le Mali a rejoint officiellement la liste très sélective des pays producteurs de drogues au Monde. Il est difficile de croire que c’est le ministre chargé de la sécurité et de la protection des maliens qui a signé de sa main une décision portant autorisation de la culture de chanvre industriel au Mali.

Le 28 février 2017, par la décision n° 141/MSPC-SG, portant autorisation de culture de chanvre industriel, le Général de Brigade Salif Traoré, Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, a décidé ( article 1) d’accorder à la Société de droit malien AFRICAN SEEDS Sarl l’autorisation de procéder à la culture de chanvre industriel sativa dont les graines seront entièrement destinées à l’exportation à des fins médicales. Dans sa décision, le ministre a indiqué que la société AFRICAN SEEDS Sarl se conformera aux dispositions du cahier des charges qui sera annexé à sa décision et établi entre elle et les services techniques compétents.

Et, comme cela ne suffisait pas, le 5 mars 2018, le Général de Brigade Salif Traoré va prendre la décision n° 2018-249/MSPC-SG, portant modification de la décision n°141/MSPC-SG du 28 février 2017 portant autorisation de la culture de chanvre industriel. En réalité, cette nouvelle décision a été prise pour modifier l’article 1er de la décision précédente. L’article 1er nouveau dispose : « Il est accordé à la société de droit malien AFRICAN SEEDS Sarl, l’autorisation de procéder à la culture de chanvre industriel sativa dont les graines et l’huile extraites de la plante seront entièrement destinées à l’exportation à des fins médicales et alimentaires ».

Dans sa première décision, le ministre Salif Traoré autorisait AFRICAN SEEDS Sarl à cultiver le « chanvre industriel sativa dont les graines seront entièrement destinées à l’exportation à des fins médicales ». Mais, dans deuxième décision, il autorise « la culture de chanvre industriel sativa dont les graines et l’huile extraites de la plante seront entièrement destinées à l’exportation à des fins médicales et alimentaires ».

Donc, c’est officiel, depuis le 5 mars 2018, quelque part au Mali, AFRICAN SEEDS Sarl, une entreprise notoirement inconnue dans le paysage économique malien, est entrain de cultiver du chanvre industriel sativa dont les graines et l’huile extraites de la plante sont supposées être, entièrement destinées à l’exportation à des fins médicales et alimentaires.

Plus d’un an après la délivrance inopportune de sa fameuse autorisation, le Général de Brigade Salif Traoré et ses services compétents sont-t-ils à mesure de nous dire où se trouve le champ où AFRICAN SEEDS Sarl cultive le chanvre industriel au Mali ?

Le Général chargé de la sécurité et de la protection civile des maliens, est-t-il à mesure de nous donner avec précision la superficie cultivée par AFRICAN SEEDS Sarl et les quantités déjà produites ?

Le fait que le Mali soit reconnu comme un pays de consommation et de transit de drogue, n’est-t-il pas déjà suffisamment grave, pour qu’on n’y ajoute la qualité de pays producteur à travers une production non maîtrisée de chanvre industriel sativa dont les graines et les feuilles sont soumises à une réglementation strict sur le plan international ?

Nous sommes aussi tentés de demander au ministre Général, les raisons profondes qui l’ont poussées à autoriser une telle culture au Mali. La situation actuelle de notre pays, surtout en matière sécuritaire, où tous les voyants sont au rouge et surtout où la connexion est faite entre les mouvements terroristes et le trafic de stupéfiants, inquiète fortement la communauté internationale. Nous ne voyons donc pas l’opportunité d’autoriser une telle culture sur le sol malien. Etant attendu qu’aucune disposition sérieuse n’est prise, pour éviter que AFRICAN SEEDS ne s’installe dans une production et commercialisation locale des feuilles et des graines de chanvre industriel sativa, à l’insu de tous.

Enfin, nous nous posons malheureusement toutes ses questions parce que le cahier de charge d’une page et demi, élaboré pour la circonstance, est très évasif et ne met pas suffisamment de garde-fou pour la protection du Mali et des maliens. Surtout quand on sait les gymnastiques que les autorités du pays font pour mettre les maliens à l’abri de la consommation et des méfaits de la drogue.

Nous nous inquiétons, pour la simple raison que le Chanvre industriel sativa a été interdite en Amérique du Nord dans les années 1930 parce que ses feuilles et ses fleurs contiennent des substances hallucinogènes. Et, il a fallu attendre 1961 pour qu’il soit interdit partout dans le monde avec l’adoption de la Convention unique sur les stupéfiants des Nations Unies.

Mais, partant du principe que le Chanvre industriel sativa ne contient que 0,3% de delta-9 tétra hydrocannabiol (THC), des pays ont réglementé sa production.

Par exemple au Canada, pays de loin plus développé que le Mali, c’est en 1998 qu’a été adopté le Règlement sur le chanvre industriel en application de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Il nous revient que le Canada autorise sous certaines conditions la production, la vente, le transport, la transformation, l’importation et l’exportation du chanvre industriel et des produits du chanvre qui répondent à des normes fixées.

A titre d’exemple, au Canada, on ne peut pas cultiver le chanvre industriel :
•Qu’à partir de semences d’un cultivar figurant sur la Liste des cultivars approuvés par Santé Canada,
•Les plants et les parties de plants ne doivent pas contenir plus de 0,3 pour cent de THC lorsqu’on les échantillonne et les analyse selon une méthode agréée,
•Les produits fabriqués avec le chanvre ou les produits dérivés ne doivent pas contenir plus de dix microgrammes de THC par gramme (les tiges de chanvre industriel, dépouillées de leurs feuilles et de leurs fleurs, ainsi que les graines (chènevis) de chanvre stériles ne sont pas visées par la Loi).

Au Canada, les producteurs et le public savent que toute personne trouvée en possession de parties de plants de chanvre autres que la tige et les graines stériles, sans détenir la licence réglementaire, est en possession d’une substance dite contrôlée et peut être inculpée en application de la Loi.

Donc, si des pays comme le Canada, avec une industrie pharmaceutique en plein essor, peuvent se permettre une réglementation de la production, la vente, le transport, la transformation, l’importation et l’exportation du chanvre industriel, nous ne voyons pas l’opportunité et la nécessité pour le Mali de s’exposer dans une telle aventure à des risques incalculables de devenir pays producteur d’un produit dont la circulation est strictement réglementée sur le plan international ; d’autant plus que personne ne pourra nous convaincre de la valeur ajoutée à l’économie nationale.

Déjà, il nous revient que dans la région de Sikasso, des pays ont commencé à abandonner la culture vivrière pour s’adonner à la culture du chanvre. Mais, à quelles fins ? Sûrement, ils ont un marché sûr pour l’écoulement de leurs productions ? Et, si AFRICAN SEEDS a un rôle dans le développement de la culture du chanvre sativa dans la région de Sikasso ?

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.