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Ousmane Diarra, Président de l’AME : « Le Fonds Fiduciaire d’Urgence n’est rien d’autre qu’un instrument de contrôle des migration »

samedi 19 décembre 2020

Dans le cadre de la commémoration de la journée du 18 décembre consacrée à la Journée Internationale des Migrants, l’Association Malienne des Expulsés (AME) a animé une conférence de presse le 19 décembre 2020, pour présenter deux rapports : le rapport d’observation sur les violations des droits des personnes migrantes, fruit d’une étude réalisée en 2019 par l’AME et le rapport de mise en œuvre du fonds fiduciaire d’urgence au Mali, Niger et Sénégal.

L’Association Malienne des expulsés, par la voix de son Président Ousmane Diarra, veut s’avoir si le Fonds fiduciaire d’urgence est un outil de développement ou de contrôle des migrations ? Au cours d’une conférence de presse animée le 19 décembre 2020, dans le cadre de la commémoration de la Journée Internationale des migrants, célébrée chaque 18 décembre, Ousmane Diarra s’est dressé contre l’usage fait du Fonds fiduciaire d’urgence. Il a laissé comprendre que ce fonds à l’origine présenté comme un instrument de développement, est aujourd’hui utiliser comme une arme de contrôle des migrations.

C’est dans ce contexte que la Cimade, une association de solidarité active avec les personnes migrantes, réfugiées ou en demande d’asile, l’AME, Alternative espaces citoyens Niger AEC) et le Réseau migration et développement du Sénégal (REMIDEV), ont initié une étude sur la mise en œuvre du fonds fiduciaire d’urgence au Mali, Niger et Sénégal.

Ousmane Diarra a rappelé que c’est à l’issu du sommet UE-Afrique sur les migrations de la Valette en 2015, que le Fonds Fiduciaire d’urgence a été mis en place. De telle sorte qu’il dira qu’à la mi-2020, ce sont 248 projets qui ont été signés pour un montant global de 4,78 milliards d’euros. « Cette note se fonde sur l’analyse des mécanismes du Fonds fiduciaire d’urgence et de 8 projets sur les 33 concernant le Mali, le Niger et le Sénégal », a indiqué Ousmane Diarra. Avant de préciser que les informations ont été collectées suite à des entretiens menés avec des acteurs de mise en œuvre dans ces trois pays.

Mamadou Konaté, expert juriste de l’AME, est intervenu pour la présentation en détail des résultats. Il dira d’abord qu’ils sont aujourd’hui convaincus que le Fonds fiduciaire d’urgence est un « fonds et projets maîtrisés par l’UE pour l’UE ». Il dira que pour renforcer sa coopération avec les pays tiers dans la lutte contre les migrations « irrégulières » vers l’Europe, l’UE a créé depuis 2015 de nouveaux instruments financiers. « Ces derniers, tels que le fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, permettent d’orienter les objectifs des projets, mais aussi de conditionner l’attribution des financements à la gestion des migrations », a-t-il indiqué. De telle sorte qu’il fera remarquer que le Fonds fiduciaires d’urgence n’est rien d’autre qu’un fonds de développement pour la gestion des migrations.

Les organisations de défenses des droits des migrants pensent aujourd’hui que le Fonds fiduciaire d’urgence se préoccupe plus « des besoins de l’UE que de ceux des pays bénéficiaires ». Mamadou Konaté dira que « le Fonds fiduciaire d’urgence a mis en place des nouvelles procédures de gouvernance qui s’écartent des procédures ordinaires ou régulières d’élaboration et de prise de décision des instruments financiers habituels de l’UE ».

En outre, les organisations de défense des droits des migrants dénoncent le fait que « la mise en œuvre du fonds est maîtrisée par l’UE ». Selon Mamadou Konaté, les projets ont principalement été attribués aux coopérations des Etats membres de l’UE et aux agences des Nations Unies. « L’UE a généralement accordé ces financements de gré à gré, c’est-à-dire en dehors de tout appel, de telle sorte que c’est la coopération allemande et l’OIM qui sont les principaux bénéficiaires », a-t-il dénoncé.

Avant de dire que c’est ce qui a fait que dans le cadre du Fonds fiduciaire d’urgence, l’on a souvent affaire à des projets très peu adaptés aux contextes nationaux. « Les mécanismes d’élaboration des projets conjugués à des décisions prises sur la base des objectifs de l’UE ont pour conséquences un manque d’adaptation de nombreux projets aux contextes nationaux des états bénéficiaires », a-t-il indiqué.

Ensuite, Mamadou Konaté dira que par souci de transparence, l’UE publie régulièrement les résultats atteints par les projets. Mais, il fera remarquer que leur analyse éclaire sur les priorités de l’UE. Selon Mamadou Konaté, en dehors de l’assistance aux personnes déplacées et réfugiées au Niger et au Mali, la fixation des personnes (dissuasion, réduction des départs par le développement, lutte contre la migration irrégulière », ainsi que le retour, occupent une place prépondérante. Ce qui fera dire à Mamadou Konaté que le Fonds fiduciaire d’urgence vise à réduire les départs par tous les moyens, à bloquer les personnes sur les routes et à les renvoyer dans leur pays d’origine.

Il a regretté le fait que dans un tel contexte, les droits humains sont oubliés et sortent grands perdants du jeu. « Le Fonds fiduciaires d’urgence, par ses choix stratégiques et la place laissée à l’UE et ses états membres dans la définition des objectifs et sa mise en œuvre, favorise une vision sécuritaire de la migration et privilégie la lutte contre les migrations au détriment de la protection des droits humains », a-t-il dénoncé. Avant de mettre l’accent sur le fait que la protection est réduite à l’assistance humanitaire et la mobilité légale est complètement ignoré. Et, malheureusement, il dénoncera le fait que tout est mis en œuvre pour mettre un accent exagéré et honteux sur le caractère volontaire des retours.

En conclusion, il dira que le Fonds fiduciaire d’urgence, en finançant des projets visant à réduire les migrations ou en utilisant le développement comme moyen de dissuader les personnes de partir, tente surtout de contenir les personnes loin du territoire européen.

Mais, qu’à cela ne tienne, les organisations de défense des droits des migrants sont convaincues que « cette lutte contre la migration irrégulière accroît les risques sur les routes migratoires sans pour autant empêcher les départs ni protéger réellement les droits des personnes ».

Et, pour mettre fin à toutes ces violations des droits des migrants, Ousmane Diarra en guise de conclusion à inviter les grandes nations de ce monde à ratifier la Convention Internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, adoptée le 18 décembre 1990 et qui a été ratifiée par le Mali le 5 juin 2003.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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