Mali-Niaiserie/Gouvernance IBK : Trois ans après, il est temps que le pays se détermine

mardi 6 septembre 2016

Le troisième anniversaire du quinquennat de IBK, sonne comme trois ans de punition collective des Maliens.

La désunion du Mali s’étale à perte de vue, la gestion communautariste du pays érigée en système de gouvernance conduit de plus en plus aux affrontements ethniques et intercommunautaires. Le pays est à l’abandon, le président ne répond plus des Maliens.

Le Mali qui est sorti péniblement du cauchemar des djihadistes en 2013 se réveille aujourd’hui dans les bras d’un pouvoir aussi bruyant qu’inefficace. D’où la tendance actuelle aux réinstallations des mêmes djihadistes.

De Kidal à Fakola en passant par Tènenkou, Nampala et Nampala encore Misseni, Douentza, San et Boni, le pays est meurtri et la nation fout le camp. Depuis février 2016, il ne se passe presque plus de semaine sans son lot de soldats maliens ou de militaires de la MINUSMA tués par des actes terroristes.

Face à cette insécurité qui ne baisse pas d’intensité, la fatalité a été le seul message que le président IBK a trouvé pertinent à livrer aux Maliens. De même il a fallu supporter l’arrogance et le mensonge de son ministre de la défense, Tieman Hubert Coulibaly. Le limogeage de ce dernier dans les circonstances des débandades de Nampala et plus récemment à Boni, au-delà des défaites militaires humiliantes, révèle la faillite du Gouvernement dans la gestion du pays.

Le constat est simple, l’insécurité s’étend sur l’ensemble du pays, la couverture étatique du territoire se réduit comme une peau de chagrin à un tel point que dans les prochains jours, Bamako se prépare à se barricader. D’où la prochaine décision à bon droit de la gendarmerie de créer un cordon autour de la capitale.

Pendant ce temps l’armée nationale reste condamnée à l’errance ou, au cantonnement sur son propre territoire, ses ressources spoliées, son organisation entourée de toutes sortes de mensonges. Mal équipée et mal soignée elle évolue dans la déprime, la démoralisation.

La réconciliation nationale devient une Arlésienne, tout le monde en parle mais personne ne la voit venir. Le Président IBK n’a développé aucune capacité pour appliquer un accord qu’il a lui-même signé avec la rébellion. Pire pour dissimuler son échec sur ce point, dans sa volonté de reconnaitre l’entité Azawad, il s’apprête avec son nouveau ministre de la Réconciliation à émietter davantage le pays sous prétexte de recourir « aux grands terroirs du pays ». Chacun peut imaginer le chao qu’une telle perspective offre au pays. La gouvernance IBK n’a qu’une vision réductrice de la nation et donc de la réconciliation.

La lutte contre la corruption, à défaut d’être abandonnée en raison de son ampleur au cœur du pouvoir, par le développement de zones grises et de cercles mafieux protégés depuis le sommet de l’Etat, est devenue une stratégie d’intimidation des adversaires politiques.

L’Agriculture qui a pris un chemin de gloire et de succès depuis 2008 avec l’augmentation constante de la productivité est fortement menacée par la politique de prédation organisée depuis trois ans autour de la vente aux paysans des engrais frelatés.

La politique de jeunesse se réduit au folklore. La jeunesse est ballotée entre deux départements qui épuisent leur énergie dans la recherche de la survie politique de leur titulaire. Pendant ce temps les jeunes, sont constamment brutalisés voire assassinés depuis peu à chacune de leurs manifestations de protestation, on ne leur offre comme modèle dans le pays que ceux d’entre eux qui ont pillé les ressources publiques ou trahi quelques compagnons de lutte.

Jamais, l’offre politique et sociale à la jeunesse n’a été aussi abominable dans notre pays qu’au cours des trois dernières années. La raison est liée au confort et à la sécurité que les tenants du pouvoir politique actuel trouvent dans la façon dont la société malienne, elle-même tourne insidieusement le dos à la vie pour célébrer la mort de sa jeunesse. La mort, pas celle qui soulage de la vieillesse à la fin d’une longue vie bien remplie, mais celle qui fauche. Meurtrie et sans perspective, la jeunesse malienne troque le diplôme contre l’émigration clandestine, à bord d’embarcations de fortune, d’aucuns voient dans cette façon de faire une forme de « suicide » qui éviterait aux candidats au voyage sans issue de mourir de honte.
La pratique politique de IBK aura été la confirmation constante de la conception de « la famille d’abord » dans laquelle jeunesse de la majorité proche de la famille présidentielle n’a de considération que pour celles et ceux des jeunes cooptés qui collectionnent des terrains, élèvent des châteaux et alignent des voitures. Dans un pays à la forte cohésion sociale comme le nôtre, cela pousse les jeunes à mettre fin à leur vie par l’émigration clandestine plutôt que de constituer indéfiniment une charge pour les autres.

La santé résume à elle seule le désastre de la gouvernance actuelle. Depuis l’importation, en toute impunité, de la fièvre Ebola de la Guinée, le délabrement des structures sanitaires continue.

Sur le plan administratif, la panne voire l’absence de la diplomatie malienne n’a jamais été aussi visible. Cela rejailli sur la vie du citoyen malien au quotidien dans les aéroports étrangers, dans les pays d’accueil, jamais le Malien n’a été aussi méprisé. La honte et l’humiliation est son lot quotidien, nous sommes en passe de perdre tous nos acquis des années 1960 à 2012. Le Mali sous IBK ne conduit qu’une diplomatie d’acquiescement.

La présidence de la république centre d’impulsion de la diplomatie, est malheureusement maintenue dans une compétence de recyclage de la fripe politique, celle qui excelle dans le chantage politique et/ou administratif permanent sur les fonctionnaires de l’administration publique dans le seul but de créer l’illusion d’une majorité présidentielle viable.

Pire, nous assistons à trois ans d’écrasement de l’État. Le régime, a en effet rétablit comme du temps du parti unique les mécanismes archaïques du pouvoir absolu, il a de fait mis fin à toutes les institutions de concertation qu’il a trouvées. Il n’est comptable devant personne et n’a de comptes à rendre à aucune institution nationale.

De ce pouvoir personnel, le Mali, sous IBK est vite passé du à l’immobilisme institutionnel. C’est un fait qu’en absence de liberté et d’autonomie, les institutions publiques et sociales sont devenues des coquilles vides.

Il n’y a plus de représentation véritablement démocratique pour limiter les dégâts. A cela, il faut ajouter la vacuité du bureau présidentiel. Cette vacuité est liée au fait que le pouvoir est incarné par des hommes et non par des institutions. Les hommes ne travaillant pas ou ne sachant pas travailler, conduit le pays au pilotage à vue, à tourner au gré du vent.

La démocratie malienne est la seule en Afrique de l’ouest qui ne débat pas. C’est ainsi que naissent les rébellions. Depuis trois ans le Mali évolue dans une vie politique bloquée.

Le débat est resté une question de personne dans la tête du Président IBK. Point de Mali et des intérêts de la nation. Comment dans ces conditions s’étonner aujourd’hui qu’il ne fût jamais à la hauteur des responsabilités qu’imposent la recherche d’une solution nationale à la crise ? Il a été incapable de réaliser un consensus minimal national autour de quelque sujet d’intérêt national.
Il n’a qu’une seule obsession réduire l’opposition au silence. Mais toutes ses démarches visant à mettre toute opposition à son système de prédation en conserve se sont retournées contre lui et le pays en pâtit. La présente crise politique née de la relecture de la loi électorale l’illustre parfaitement.

Le Pouvoir de IBK manque de mémoire nationale et d’intelligence collective dans la gestion du pays, et il voudrait que ses incapacités soient celle du peuple malien.
Le Mali sous IBK est réduit à une existence douloureuse du fait d’une équipe qui a initié le temps des grandes déchirures, de la culture de la clanisation et la tribalisation du pays, et du débat politique, la catégorisation des citoyens, le développement exponentiel de la culture de la curée.

Et pourtant, il y avait de quoi espérer la reforme de l’Etat, d’en finir avec la politique de promotion du communautarisme, de renforcer les politiques publiques en cours d’exécution en particulier dans les domaines des infrastructures routières, du logement, d’équipement et de communication, de l’agriculture, de l’emploi, de la recherche scientifique et des technologies, de la culture, de la santé avec la modernisation des hôpitaux etc. Il n’en sera rien.

Le Président IBK n’a pas de projet, pas de vision donc pas d’architecture adéquate comme réponse à la crise du pays, car une vision conduit toujours à une architecture capable de la matérialiser. Alors, que faire maintenant ?
Il faut croire que les conditions objectives d’un changement politique profond ne sont pas seulement mûres, elles ont commencé à pourrir.

C’est pourquoi il nous faut une mobilisation unitaire et offensive des forces vives, sinon la catastrophe qui menace notre pays pourrait devenir irréversible. En vérité tout dépend des citoyens et, au premier chef des dirigeants des partis politiques dans toutes leurs nuances et des citoyens de tout bord, en particulier les partis politiques de l’opposition, les organisations de la société civiles, celles qui en ont encore gardé la signification et les valeurs de leurs objectifs, la jeunesse celle qui a conservé sa capacité de s’indigner, les femmes qui ont été de tous les combats pour faire avancé le Mali.

La crise dans laquelle le Mali s’enfonce chaque jour un peu plus n’est plus de la responsabilité du pouvoir de IBK. Elle est de la responsabilité des partis politiques de proposer et de réaliser, une alternative nationale et patriotique.

Après avoir élu un président qui joue manifestement contre son camp, les Maliens n’ont plus le droit d’adopter la posture de spectateurs restés sur la touche à compter les points marqués contre le pays par son propre Gouvernement.
Il ne fait aucun doute que notre pays a besoin d’un acte refondateur, une CONCERTATION NATIONALE qui rappelle la conférence nationale de 1991, un espace de dialogue à mi-chemin entre une instance révolutionnaire démocratique et les assises nationales du Sénégal, mais se déroulant dans un contexte démocratique serein. Cela est à la portée des Maliens, il n’est pas encore dans l’entendement du pouvoir IBK, là est le problème du pays face auquel le peuple doit se déterminer.

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Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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