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MAUVAISE GOUVERNANCE : IBK à l’épreuve des contestations sociales

mercredi 3 octobre 2018

A peine installé dans son fauteuil pour son second mandat à la tête de l’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) élu avec 66,16% affronte sa première fronde sociale. Les jeunes de Kati ont donné le ton il y a deux semaines. Ils sont massivement sortis pour manifester contre l’état de dégradation de la Route nationale (RN3) qui traverse la ville garnison, située à 15 km de Bamako, la capitale malienne. Comme une trainée de poudre, la contagion a atteint d’autres localités situées sur le long de cette voie stratégique pour notre pays. Il n’est pas à exclure que les cinq (05) ans à venir seront consacrés à la gestion des crises sociales mal gérées par les gouvernements d’IBK depuis son arrivée à la tête de l’Etat, en 2013.

Il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que les crises mal gérées par les gouvernements successifs d’IBK vont surgir les unes après les autres comme des champignons qui sortent de terre. Il y a deux (02) semaines, les jeunes de Kati, ville située à 15 km de Bamako, ont érigé des barricades bloquant la circulation pendant une bonne partie de la journée de mercredi dernier.

Pour qui connaît l’état piteux de la RN3, l’action des manifestants, on peut le dire, s’inscrit dans un élan d’éveil de conscience pour interpeller les autorités sur leur devoir régalien à construire des routes, des ponts, des hôpitaux, des écoles, aménager des plaines, en un mot s’occuper du mieux être des gouvernés. A l’issue de cette manifestation pacifique, les jeunes ont eu satisfaction : démarrage de la réfection de la route en octobre.

Comme une trainée de poudre, la contagion a atteint les villes situées sur la RN3. Les jeunes des localités de Kolokani, de Djidjéni qui vivent le même calvaire que ceux de Kati, ont, à leur tour, bloqué le passage aux véhicules en provenance de Bamako ou en partance vers Bamako.

A ces manifestations, s’ajoutent les grèves des magistrats, des Directions des finances et du matériel (DFM). Concernant la grève des magistrats qui dure maintenant environ deux mois, le gouvernement malien n’en a cure.

Au lieu de faire face à ce problème qui prive les populations des documents administratifs et judiciaires leur permettant de concourir pour des postes à responsabilité, d’emploi et de recrutement, le gouvernement dirigé par Soumeylou Boubèye Maïga procède par la politique de l’autruche qui consiste à cacher la tête dans les ordures pendant que tout le corps est à portée de vue.

Malheureusement pour le régime, les contestations viennent de déborder les frontières maliennes. A l’occasion de la 73ème Assemblée générale de l’ONU, le président IBK a été hué par des ressortissants résidant à New-York. Un fait insolite dans les annales politiques de notre pays. Jamais les Maliens de la diaspora n’ont montré une telle hostilité à l’égard d’un président malien en déplacement hors de nos frontières.

Au regard de toutes ces turpitudes, IBK et son gouvernement ne peuvent se dire à l’écoute du peuple malien.

Car ces manifestations dénotent de la mauvaise foi d’un gouvernement dont les membres se sont engagés dans une course effrénée à l’enrichissement illicite et fulgurant dans un pays où plus de la majorité de la population ne mange pas à sa faim.

Pire, IBK et ses hommes n’ont montré aucune réelle capacité à faire face aux problèmes quotidiens des Maliens qui ne réclament que le minimum pour survire. Là où ils ont excellé, c’est dans la corruption, les détournements de deniers publics, la surfacturation, le vol à visage découvert des biens de l’Etat (bâtiments administratifs, véhicules…), la délinquance financière, l’achat des consciences, la gabegie et l’affairisme.

Il va sans dire que le second mandat de l’homme qui a bénéficié de 66,16% des voix à la présidentielle du 12 août 2018 sera uniquement consacré à la gestion des crises sociales qu’IBK et ses hommes ont mal géré durant son premier quinquennat.

IBK et son gouvernement ont intérêt à désamorcer ce cocktail social avant qu’il n’explose. Car gouverner c’est être à l’écoute, anticiper et prendre des mesures utiles.

Yoro SOW
L’INTER DE BAMAKO

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.