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Lutte contre les mutilations génitales féminines : L’obligation des autorités maliennes à s’assumer

jeudi 15 novembre 2018

Au Mali, le taux de prévalence de l’excision est de 91%. Aujourd’hui, ce sont plus de 3 040 victimes qui sont traitées, assistées ou suivies pour des complications liées à l’excision. Avec des statistiques aussi peu flatteuses, cette pratique ancestrale scientifiquement démontrée négative pour la santé, doit aujourd’hui interpeller les autorités administratives, politiques et religieuses du Mali.

« Parmi toutes les pratiques traditionnelles néfastes, les Mutilations Génitales Féminines, encore appelées « Excision » restent les plus répandues avec un taux de prévalence de 69% parmi les filles de 0- 14 ans ; 83 % chez les filles de 10-14 ans et 91% chez les femmes de 15-49 ans selon la 5ème Enquête démographique et de la Santé (EDSM-V) ». La déclaration a été faite par Ndundula Robert Ngalula de l’UNFPA. C’était le 12 novembre 2018, lors de la Rencontre de Haut-Niveau pour la réflexion sur les conséquences de la pratique de l’excision, organisé par Plan International Mali, en collaboration avec le Programme nationale de lutte contre l’excision, l’UNFPA et Global media campaign.

Lors de la cérémonie d’ouverture présidée par le ministre de la santé et de l’hygiène publique, Ndundula Robert Ngalula, au nom de Mme Josiane Yaguibou, représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), a estimé qu’au Mali, le taux de la prévalence de l’excision reste quasiment élevé, bien que des disparités se présentent selon l’appartenance ethnique. Selon lui, chez les Tamacheck/Bella on a une prévalence de 63 %, les Bobo on a 64 %, les Bambara on est à 95 %, et chez les Sarakolé, le taux est de 96 %.

« La lutte contre les MGF est d’actualité au Mali et un problème de santé reproductive malgré les efforts du Gouvernement depuis des décennies », a-t-il déclaré. Avant de rappeler la création en 2002 du Programme Nationale de Lutte contre l’Excision (PNLE), l’adoption la loi N° 02-044 du 24 juin 2002 relative à la santé de la reproduction intégrant les questions de l’excision et l’adoption de la Politique Nationale pour accélérer l’abandon de la pratique des MGF/E le 24 Novembre 2010 assorti de plans d’action quinquennaux. Et, face à toutes ces initiatives, il a humblement invité à passer à une action concertée qui va de l’amélioration du cadre légal et règlementaire ; à la mobilisation de ressources publiques et privées, à l’assistance technique et financière des Partenaires au développement pour mettre fin à cette pratique qui reste une violation flagrante des Droits des Femmes

Une génération sans mutilations génitales féminines au Mali est possible

« La dernière enquête EDS (2012-2013), donne un taux d’excision encore très élevé au Mali de 91% des femmes de 15 à 45 ans. Cependant, ce taux est fortement à la baisse dans les communautés des 180 villages où Plan International a intervenu à travers les cinq régions que sont Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou et Mopti. », a indiqué Balla Moussa Sidibé, Directeur de Plan International Mali. Selon lui, en s’ attelant à vouloir réduire la prévalence de l’excision de 10% parmi les filles de 0 à 14 ans à fin juin 2016, des avancées significatives ont été obtenues. « Des structures, acteurs institutionnels et communautaires ont changé de perception et d’attitudes face à la problématique », a-t-il révélé. Avant d’indiquer que parmi les groupes cibles, 69 exciseuses ont été reconverties et 45.000 filles impliquées dans les activités de sensibilisation. Mieux, il dira que 87 villages partenaires ont procédé à des déclarations publiques d’abandon de la pratique de l’excision.

Selon lui, l’ambition de Plan International se justifie par le faite que dans le monde ce sont 200 millions de filles et de femmes qui ont été victimes d’excision. « Tous les jours, des centaines de filles dans le monde subissent des mutilations génitales avec les conséquences incommensurables », a-t-il regretté. Avant de lever le voile sur quelques conséquences : La fistule vaginale, les complications obstétricales, le coût élevé de la prise en charge des conséquences, la stérilité…

Bien que ancrée de longues dates dans les mœurs, le Directeur de Plan International Mali a estimé que la pratique de l’excision n’a pas de raison consensuelle. « nos parents l’ont pratiquée, je la pratique... », est selon lui le seul argument avancé par les partisans de la pratique.

« Plan International dénonce l’excision parce que c’est une violation fondamentale des droits des femmes et des enfants », a-t-il indiqué.

« Je suis persuadé qu’une génération sans mutilations génitales féminines au Mali est possible », a déclaré le Professeur Samba Sow, ministre de la santé et de l’hygiène publique. Avant de soutenir qu’il suffit que chaque citoyen se considère comme un acteur clé et que chacun joue sa partition pour son abandon total.

L’abandon total de la pratique est d’autant plus nécessaire que le ministre a estimé que les risques pour les filles et les femmes victimes d’excision sont nombreuses que dramatiques. Ce sont : les douleurs intenses des parties génitales, les saignements voire une hémorragie, les infections voire le VIH. Il a aussi levé le voile sur des conséquences fâcheuses que sont : des problèmes urinaires et menstruels, des conséquences sur la vie sexuelle, des complications obstétricales voire les fistules, des répercussions sur le nouveau né, la mort…

Face à tout cela, il dira que les filles, victimes de mutilations génitales ont besoin d’un soutien et d’un accompagnement psycho social. Pour cela, je lance un appel auprès de toutes les bonnes volontés pour une mobilisation des leaders communautaires et religieux dans ce sens », a-t-il conclu.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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