Lettre ouverte d’un jeune Malien à Tiébilé Dramé, Président du PARENA

mardi 7 juin 2016

M. le président du Parti pour la Renaissance Nationale (PARENA)
Qu’il me soit permis, nonobstant que ce ne soit pas le but de cette lettre de vous féliciter en amont, votre parti et votre personne, pour le travail que vous êtes en train d’abattre dans la sphère politique et cela depuis l’élection du Président de la République Ibrahim Boubacar Keita jusqu’à nos jours.

L’honnêteté intellectuelle m’oblige à vous donner ce crédit, ce crédit en ce sens que vous nous démontrez que d’aucuns peuvent jouer sa partition même n’ayant aucun élu au sein de l’hémicycle nationale à fortiori un groupe parlementaire pour interpeller l’exécutif dans le but répondre et solutionner certaines questions brûlantes de notre société. On se rappelle également qu’à cause des dénonciations incessantes de votre parti, le président IBK vous avait donné le sobriquet de ‘Petit Homme’.

M. le président du PARENA,

Le 26 mai 2016 sur Invité Afrique de RFI, vous avez laissé entendre : « Un an après la signature de l’accord d’Alger, il n’y a malheureusement ni paix, ni réconciliation nationale (…) Nous n’arrivons pas à stabiliser notre situation intérieure, à mettre fin aux attaques. Et c’est sentiment que les choses ne bougent pas, qu’on n’avance pas, le processus de paix est dans l’impasse. Et comme conséquence, nous exportons l’instabilité chez nos voisins. Les attaques contre Le Cappuccino à Ouagadougou en janvier, l’attaque contre Grand-Bassam sont de toute évidence parties du Mali et perpétrées par des Maliens. Vous voyez, il y a comme une sorte de métastase de la situation au Mali. »

M. le président du PARENA,

Après avoir écouté vos propos en direct sur RFI à une heure du matin (heure locale de Washington), ce fils du Mali que je suis, a malheureusement passé une nuit blanche. Vous dites : « nous exportons l’instabilité chez nos voisins » mais M. Tiébilé Dramé, je ne vous apprends pas ce qui sévit dans le septentrion Malien a également été exporté par d’autres personnes. Certes, au Nord du Mali il y avait le banditisme, le kidnapping des touristes européens, la rébellion mais point le terrorisme, le djihadisme ou encore l’extrémisme qui étaient totalement méconnus chez nous. Si le Nord du Mali est instable aujourd’hui c’est par ce que d’autres pays ont également exporté leur instabilité chez nous, comme quoi pour dire le terrorisme ne connaît point de frontière. Mieux encore, n’avons-nous pas arrêtés dans le nord du Mali un djihadiste français (Toubab), des terroristes ne parlant que l’arabe ou l’anglais seulement, que dire des multiples attaques terroristes et enlèvements revendiquées de manière récurrente par AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) et le groupe Al Mourabitoune de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar. Ici encore c’est pour réaffirmer que l’essence de ce vous désignez comme la métastase se trouve ailleurs, à l’extérieur du Mali.

M. le président du PARENA,

Par ailleurs, ayons le courage d’appeler le chat par son nom, l’instabilité du Mali en un mot de toute l’Afrique de l’Ouest n’est rien d’autre que les effets collatéraux de la guerre de Lybie, si des personnes doivent être indexées ce sont les présidents : Barack Obama, Nicolas Sarkozy, David Cameron et les chefs d’Etat des pays africains : Gabon, le Nigeria et l’Afrique du Sud qui ont voté pour ‘OUI’ le 17 mars 2011 pour la ‘Résolution 1973 de No-Fly-Zone’ du conseil de sécurité de l’ONU qui s’est transformée en bombardement. N’est-il-pas Béchir Ben Yahmed du Jeune Afrique dans sa livraison ‘Mea culpa d’un président’ du 22 avril 2016 qui nous relata les confidences du président Obama à Jeffrey Goldberg dans le magazine The Atlantic : « Nous n’avons pas planifié l’après-Kadhafi. Le lendemain même de la chute du régime, nous ne nous sommes plus occupés de la Libye, l’avons laissée sombrer dans le chaos, glisser entre les mains d’extrémistes. Le jour d’après était crucial et, ce jour-là, il n’y avait plus personne ! Beaucoup payent le prix de cette carence en ce moment même et l’on risque de le payer encore à l’avenir. »

M. le président du PARENA,

Vous dites : « Les attaques contre Le Cappuccino à Ouagadougou en janvier, l’attaque contre Grand-Bassam sont de toute évidence parties du Mali et perpétrées par des Maliens ». En ce qui concerne l’attaque contre Le Cappuccino à Ouagadougou, le site d’information ‘Sud-Ouest’ dans sa publication ‘Attentat au Burkina Fasa : au moins 29 morts, dont 3 français’ du 16 janvier 2016, nous relate que : « l’attaque a été revendiquée dans la nuit par le groupe jihadiste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), qui l’a attribuée au groupe Al-Mourabitoune du chef jihadiste Mokhtar Belmokhtar ». M. Tiébilé Dramé, avez-vous fait des investigations pour affirmer que ces attaques ont été perpétrées par des Maliens ? Oui si où sont les résultats ? Quelles sont les personnes qui ont mené cette investigation ? Ou bien vous vous êtes seulement contentés de ce que dise la presse locale et internationale qui véhiculent les membres de ces commandos avaient des passeports ou des cartes d’identités nationales. Cela ne saura être en aucune manière une source fiable car nous savons que les pièces d’identités nationales du Mali se vendent comme des sucettes chez le boutiquier du coin de la rue. Pour cela, je n’en veux pour preuve la carte d’identité nationale et le passeport avec lesquels Charles Blé Coude, l’ancien de président de la jeunesse de la Côté d’Ivoire, avait arrêté. Il était avec des papiers Maliens sous le nom de ‘Ousmane Coulibaly’. Est-ce que cela lui fait Malien ? Non, pour dire que nul ne saurait dire avec rectitude qu’un terroriste avec une pièce d’identité Malienne est forcement Malien, non M. le président du PARENA. Mieux, RFI dans sa publication ‘Terrorisme : réinstauration du visa entre le Mali et le Cameroun’, nous informe : « qu’une des astuces des combattants de Boko Haram est d’obtenir de faux passeports camerounais moyennant de fortes sommes afin de partir de l’Afrique Centrale. Ils arrivent ensuite à Bamako, où ils n’ont alors pas besoin de visa. Une fois sur place, ils se débrouillent pour obtenir un passeport malien, qui leur permet de se rendre librement dans des pays comme l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, situés aux portes de l’Europe. » Ici également, RFI avance que les terroristes obtiennent des faux passeports camerounais, et une fois à Bamako ils se débrouillent pour acquérir le passeport Malien. Ici encore, c’est pour réaffirmer qu’un individu détenteur d’un passeport Malien ne saurait être forcement Malien.

M. le président du PARENA,

Sachons raison garder car à force de trop vouloir marquer des points, on risque de tout rater. A part ces objections susvisées, je souscris entièrement au reste de votre interview surtout lorsque vous dites au président de la République « de rester un peu plus à Bamako pour gérer ses affaires (…) Et c’est pourquoi nous voulons qu’ils sortent de cet autisme-là et qu’ils se rendent compte que le pays va mal et que le peuple a des aspirations » A noter que le Président IBK tend vers son centième voyage hors du Mali pour très bientôt.

Par ailleurs, je ne m’attends nullement à une réponse de votre part car sachant bien les politiques Maliens, s’ils ont une caractéristique c’est leur indifférence envers le citoyen Lambda comme nous surtout lorsque ça vient du bas d’en bas. Mais grâce à l’internet je suis sûr vous aurez l’occasion de lire cette modeste contribution de la part d’un fils du Mali.

M. Tiébilé Dramé président du PARENA, je vous prie de bien vouloir recevoir l’expression des mes encouragements les plus sincères.

Washington DC, le 06-06-2016
Issa Balla Moussa Sangaré
Simple citoyen Malien

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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