« LE MALI SOUS MOUSSA TRAORE » : Les auteurs doivent éviter le mensonge

lundi 23 mai 2016

Le groupe militaire qui s’était emparé du pouvoir en novembre 1968 n’avait aucun programme économique et social de progrès pour le Mali. La preuve, le colonel Hacimi Dembélé avait révélé dans son livre « Transferts définitifs » que maître Demba Diallo avait révélé lors du voyage qu’il avait effectué avec Kissima Doukara dans les pays voisins du Mali pour expliquer les raisons du coup d’Etat, il l’avait montré une ordonnance médicale prescrite à sa sœur et qui a fait des mois sans pouvoir la payer par faute d’argent. Donc, dans les raisons du coup d’Etat, il y a aussi la question d’argent. Et cette question concernait tous les militaires de l’Afrique au sud du Sahara, excepté le capitaine Thomas Sankara de la Haute-Volta, actuel Burkina Faso. Même le groupe du capitaine Amadou Haya Sanogo du CNRDRE est tombé dans le même piège.

Le lendemain du coup d’Etat du 19 novembre, chacun des membres du CMLN a passé à la banque du Mali pour prendre 1 million de franc malien (déclaration de Tiécoro Bagayoko au procès politique du 18 octobre 1978 au tribunal de Bamako).

Quelles sont les raisons du coup d’Etat du 19 novembre 1968 ? Rien si ce n’est la situation des sous- officiers et soldats qui devaient aller à la retraite sans pension. A cela s’ajoute la question de la milice populaire que les militaires soupçonnaient de prendre leur place. A chaque occasion, certains militaires parlent de ça. Cette question de la milice populaire figurait dans le discours du colonel Kafougouna Koné lors des premières assises de l’armée après mars 1991 à Bamako.

Et Moussa Traoré qui veut être président a recruté avec son ami Youssouf Traoré, mécontent aussi de l’opération taxi où son véhicule a été saisi les hommes qu’il faut. Le sergent chef Samba Sangaré, l’auteur du livre, « Dix ans au camp mouroir de Taoudéni » avait dit avoir approché son ami Kissima Doukara à Taoudéni et l’avait posé cette question : « Qu’est- ce que vous reprochez à Modibo ». Réponse de Kissima : « Rien ! ».

Moussa Traoré n’avait consulté aucun des auteurs du livre, « Le Mali sous Moussa Traoré » pour son forfait du 19 novembre 1968. Ils sont tous des cadres opportunistes qui avaient saisi l’occasion pour bénéficier des dividendes. Nous avons eu l’occasion de le dire à M. Hamidou Konaté du journal « Les Echos », qui disait dans un éditorial après la chute d’ATT, quand les gens affluaient vers Kati, que les gens pensaient qu’il y a eu la levée d’un nouveau soleil sur le Mali. Nous avions l’occasion de l’envoyer un article qu’il n’a jamais publié dans son journal « Les Echos » qu’on a vu le soleil de la colonisation, le soleil de l’indépendance, le soleil de Moussa Traoré (soleil CMLN-UDPM), le soleil de la démocratie (ères Alpha – ATT). Maintenant, c’est le soleil de l’ère CNRDRE. Nous avions eu l’occasion de lui dire que « le peuple est lâche et versatile », a dit le poète parnassien français Leconte de Lisle. Chaque situation aura des gens pour l’applaudir.

Ceux qui avaient applaudi les militaires en 1968 dans les rues de Bamako étaient tous des badauds et ceux du PSP qui étaient des opposants à mort au régime de l’US-RDA pour deux raisons : sa politique anticolonialiste, sa personnalité. Et pour sa personnalité, il y avait des cadres cachés sous le manteau du parti US-RDA qui le voulaient à mort. Ce sont ces gens qui avaient rejoint avec armes et bagages le régime militaire du CMLN. Certains parmi eux étaient plus virulents que les militaires eux-mêmes. Certains avaient eu comme dividendes des postes de ministres, de directeurs généraux de sociétés et entreprises d’Etat.

Nous avions eu l’occasion d’échanger avec un haut cadre de l’US-RDA qui a été mis aux arrêts et détenu sept (07) ans sans procès. Nous allons l’appeler sous les sigles de son nom : K.T. Il est médaillé d’or de l’indépendance. Il nous avait dit qu’il était de passage à Gao dans un changement de lieu de détention quand il avait rencontré le président Modibo Keita à l’aérodrome militaire de Gao et il l’avait posé la question sur l’attitude d’un haut cadre de l’US-RDA qui a été nommé par le CMLN après son forfait à un poste de directeur général d’une grande entreprise nationale de transport que l’US-RDA a créée dès les premières années de notre indépendance. Le président Modibo Keïta l’avait répondu en ces termes : « Vous ne savez pas que tel vous a trahis il y a longtemps ». C’est le même cadre en question qui s’était joint avec feu Téoulé Mamadou Konaté pour créer le BDIA-Faso djigui (paix à leurs âmes).

Ce que les auteurs du livre « Le Mali sous Moussa Traoré » oublient, savent- ils, pour le pouvoir est ce que leur mentor Moussa Traoré a réellement des amis ? Où sont aujourd’hui et quelques mois ou quelques années après le coup d’Etat du 19 novembre 1968, les soldats, les sous- officiers et les officiers qui l’avaient aidé dans son avènement au pouvoir qu’il rêvait tant d’années ? Allez-y à Taoudéni, voir l’hécatombe. Ce sont 75 soldats, sous-officiers et officiers qui sont enterrés là- bas et sans compter beaucoup de prisonniers de droit commun qui ont été purement liquidés sans jamais être condamnés à mort (voir livres capitaine Sounkalo Samaké, colonel Hacimi S. Dembélé, sergent- chef Samba Sangaré, adjudant-chef Guédiouma Samaké, Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni).

Après le coup d’Etat du 19 novembre 1968, les promesses tenues aux soldats et sous -officiers, à part le droit à la pension, n’ont pas été tenues. Dans un journal malien, un des sous -officiers, acteurs du coup d’Etat du 19 novembre 1968, l’adjudant -chef Balla Konaré (il n’est plus dans ce monde) avait dit que son ami sergent-chef Siméon Sidibé (mort à Taoudéni avec le capitaine Yoro Diakité) « qu’ils aillent chercher ces gens du CMLN à leur siège et les attacher ». Parce qu’ils les auraient trahis. Tous les deux sous -officiers avaient passé à Taoudéni et Sidibé a laissé sa vie là- bas.

Après 1981, il ne restait que quatre personnes dans le bateau CMLN parmi les quatorze officiers qui avaient renversé le régime de l’US-RDA. Regardez, combien de tentatives, le colonel Joseph Mara avait fait pour rencontrer son ami Moussa Traoré après sa détention de cinq ans au bagne de Taoudéni ? C’est le refus total. Dans sa détention à Koulikoro, Moussa Traoré avait révélé à un militaire malien quelques mots. Il l’avait dit ceci : « Quand quelqu’un t’a retiré ta femme, ton pouvoir, ton bien, il faut lui considérer comme ton pire ennemi juré ». C’est le fait que son ami Joseph Mara ne s’était pas rangé de son côté à la suite du vote du CMLN de janvier 1978 qu’il l’a considéré comme son pire ennemi. Nous avons lu dans la presse qu’il a donné son accord qu’il sera présent lors du meeting organisé le samedi dernier par les amis d’ATT pour son retour. Est-ce que sa présence à ce meeting n’est pas une façon de se moquer de lui ? Il n’est pas mort, il a vu son tombeur fuir son pays pour trouver un asile dans un pays voisin.

Aux auteurs du livre, « Le Mali sous Moussa Traoré », votre mentor a toujours traité ses concitoyens avec mépris. Il a eu à les traiter comme des moutons. Les premières années de son avènement au pouvoir, demandez à son premier médecin personnel, il est aujourd’hui professeur à la retraite, quand il était en mission à l’intérieur du pays, pour commencer à manger, il faut un cobaye humain pour goûter le plat. Moussa Traoré fût un empereur et non un président de la République.

Une année quand il a été en congés à Kogoni de Diabali dans la zone Office du Niger, le chef de poste du centre de recherche de l’IER (Institut d’économie rurale) du nom de M.N.T. était en mission et les hommes de main de Moussa Traoré n’avaient rien fait que de faire sortir ses bagages dans sa chambre pour la faire occuper par le président du CMLN, chef de l’Etat et les transférer dans une autre chambre. A son arrivée sur les lieux, c’est Moussa Traoré en personne qui l’avait dit que ce n’est pas lui qui a fait cela. Voilà Moussa Traoré pour ceux qui ne le connaissent pas. Si vous ne l’avez pas fait, en tant que chef de l’Etat, il faut dire à tes hommes de ne pas faire cela. Un homme digne, un chef ne doit pas mentir.

A la mort du président Modibo Keïta, tout le monde sait qu’il avait lu un discours de mensonges. Il avait dit que le président Modibo Keïta est mort à la suite d’un œdème pulmonaire causé par sa consommation de cous- cous. Qui est le médecin qui a fait cette autopsie ? C’est du faux ! Et le colonel Hacimi Dembélé avait révélé dans son livre, « Transferts définitifs », qu’il avait informé son ami « Fiston », le colonel Zanzourou en ces termes : « Ton docteur vient de se suicider. Le colonel Zanzourou porta les mains au visage et resta muet près de deux minutes. Puis s’adressant au commandant Souley, il dit : « Le pauvre ! Il m’a sous-estimé. Il a pensé que je parlerais, que je ferais des révélations au procès ».

- Quelles révélations ? De quoi s’agit-il ? - Non, tonton ! Il y a des secrets qu’un homme digne de ce nom se doit de garder jusque dans la tombe, particulièrement quand il s’agit d’un secret collectif. - Même pas à moi ? - Même pas à toi tonton ! Je me suis fait ce serment. Aucune situation, si pénible soit-elle pour moi, ne pourra m’inciter à me dédire. Dommage que mon cousin ne m’ait pas fait confiance au point de s’être suicidé. J’en suis profondément peiné…. »

Malheureusement, il n’est pas parti dans sa tombe avec car il avait révélé à un soldat tailleur du nom de Tandina à Taoudéni que ce sont eux qui avaient donné ordre à ce docteur de tuer le président Modibo Keïta. Et le tailleur l’avait posé cette question : pourquoi vous avez fait ça ?

« Modibo est devenu une charge pour eux ».

Demandez si Moussa Traoré n’est pas dans ce « secret collectif ». A-t-il fait une enquête pour situer les responsabilités ? Pour nous, il est dans ce secret car c’était lui le chef de l’Etat du Mali au moment des faits ?

La situation scolaire à partir de 1981 : Après dix ans de gestion de pouvoir militaire, le régime CMLN-UDPM a été incapable de payer les salaires des agents de l’Etat après seulement que la France à travers le FMI ait coupé l’aide budgétaire au Mali qui s’élevait à un milliard de francs maliens. Moussa Traoré nargue Valery Giscard d’Estaing en lui disant « Garde ton milliard ». Il n’a pas pu fermer le trou d’un milliard de francs jusqu’à sa chute en mars 1991. Nous disons que c’est à partir de cette que le régime CMLN-UDPM avait pris la décision de fermeture des internats au Mali à partir de l’année scolaire 1981- 82.

Ce régime avait procédé à la décentralisation des lycées sans mesure d’accompagnement car tous les cercles n’avaient pas de lycée et tous les élèves qu’on envoyait d’une région à une autre ou d’un cercle à un autre n’avaient pas la possibilité d’avoir des logeurs. Ici à Bamako, après la suppression de la bourse dans certaines écoles professionnelles telle que l’ECICA plusieurs élèves avaient abandonné l’école. Nous avions vu qu’un élève de l’ECICA qui s’était retrouvé à la rentrée scolaire 1981- 82 sans bourse, était obligé d’aller loger à Sénou où il avait des logeurs. Mais il n’avait pas la possibilité d’emprunter les véhicules de transport chaque matin pour s’y rendre à l’école. Sa seule solution était d’abandonner l’école.

Si ceux qui avaient une dent contre l’U-RDA à cause de la milice populaire et de son option socialiste du développement, il y a des milliers qui ne peuvent aimer ce que le régime CMLN- UDPM avait causé comme mal, injustice et terreur dans ce pays. Moussa Traoré a tué les Maliens sur plusieurs plans : la cassure du foyer familial avec le retard chronique des salaires. Les élèves de certaines régions qu’on envoyait dans d’autres régions sans internat. Ces élèves étaient imposés à des familles qui n’avaient pas le choix, vu la solidarité africaine.

Parmi les auteurs du livre, il y avait un qui était professeur d’histoire à l’ENSUP en 1980. Il avait trahi ses amis syndicalistes de la division III du SNEC pour rejoindre le camp de la torture : CMLN-UDPM. Il a été même député de ce parti à l’Assemblée nationale. « Salaire de la trahison contre la liberté et l’indépendance de son peuple ! », d’après le président Ahmed Sékou Touré à ses opposants.

La politique sanitaire de l’US-RDA est la meilleure pour un pays qui venait d’accéder à l’indépendance. Tous les Maliens étaient soignés gratuitement dans les centres sanitaires pour la majorité des cas en ce qui concerne les médicaments essentiels. Pour les cas des indigents, la politique socio-sanitaire de l’US-RDA est la meilleure de tous les régimes qu’a connus le Mali. Pour les cas sociaux, il suffit seulement que le chef de village ou de quartier atteste que le malade est un indigent et le chef d’arrondissant adresse une correspondance à l’autorité sanitaire et le malade est pris immédiatement en compte. Aujourd’hui et sous le régime CMLN- UDPM, le malade meurt avant de terminer les procédures administratives.

Beaucoup qui crient aujourd’hui sur l’US-RDA avaient étudié grâce à sa politique scolaire de 1962 (Réforme de 1962). Le décret No 12/PGRM de 1970, pour la création du CEDRAB de Tombouctou, l’initiateur c’est qui ? C’est docteur Baba Akhib Haïdara. C’est lui qui est à la base de la restructuration de l’enseignement technique et professionnel avec la création de l’ECICA et la réorganisation des cycles de l’ENI et de l’IPR de Katibougou ; réorganisation de l’enseignement supérieur avec la création des DER (Département d’études et de Recherche) ; la création du CPS (Centre pédagogique supérieur) qui a vu la formation des docteurs maliens sur place au Mali et le Centre Ahmed Baba de Tombouctou. Et Baba Akhib Haïdara, actuel médiateur de la République, est un cadre de l’US-RDA, concepteur de la réforme de 1962 sur l’éducation au Mali. Il est parmi les cadres du Mali à l’étranger qui avaient répondu à l’appel du président Modibo Keita pour la construction du jeune Etat du Mali. Il a été félicité par lettre par le président Modibo en 1964.

Votre mentor au lieu de rester dans l’armée française comme il avait le choix, selon lui, il est venu pour faire un coup d’Etat. Personne l’avait vu au temps colonial commander un camp militaire ; personne ne l’avait vu sur un front militaire : ni en Algérie, ni en Indochine.

Aux auteurs du livre, « Le Mali sous Moussa Traoré », même s’il y a des brillants cadres parmi vous dont l’ancien secrétaire politique du BEC de l’UDPM, Monsieur Djibril Diallo, votre majorité représente des opportunistes rassemblés auprès du régime CMLN-UDPM qui a été l’un des régimes les plus pires dictatures du monde ; un régime comparable à celui du général Pinochet au Chili ou de Pol Pot au Cambodge.

Les mêmes cadres que le régime CMLN-UDPM avait placé à la tête des entreprises, ce sont les mêmes cadres avec leurs mentors militaires qui ont fait tomber ces entreprises. La clé sous paillasse et l’entrée du Mali dans le PAS.

Le même Djibril Diallo, grand ingénieur, a vu son ascension administrative avec l’avènement du CMLN. Il a été directeur de la Régie des chemins de fer du Mali de 1969 à 1979. Il est rentré en politique au grand service de Moussa Traoré. C’est lui qui démissionne 24 heures avant la chute de son mentor.

Son cas nous rappelle le cas de Moriba Diakité qui avait participé à la préparation du coup d’Etat de 1969 avec le groupe du capitaine Diby Silas Diarra. Quand la préparation est terminée, il est parti faire la dénonciation à Moussa Traoré. Ce dernier avait dit de l’arrêter car il est un complice qui avait participé à toutes les phases de la préparation.

Du blocage des salaires, décidé par l’US-RDA pour entamer la construction du Mali, douze ans après, les tombeurs de l’UR-RDA étaient incapables de payer les salaires des agents de l’Etat. Et l’arrogance du mentor des auteurs du livre, « Le Mali sous Moussa Traoré », on ne peut le dire. Et le paradoxe de la vie, le même Moussa Traoré, auteur de la création du bagne de Taoudéni, celui qui a fait arrêter des hommes politiques de l’US-RDA, les garder, sept, dix ans sans jugement et c’est le même Moussa Traoré qui disait dans une interview à J.A. / L’INTELLIGENT N0 2160 du 3 au 9 juin 2002, que Amnesty International a oublié leur cas (lui et sa femme). Il a oublié ce qu’il a fait à ses opposants. C’est ça, « l’heure de la liberté a sonné » (sa première déclaration à la radio Mali).

Aux auteurs du livre, « Le Mali, sous Moussa Traoré », votre parrain et ses amis ressemblent à une bande de vautours au tour d’une carcasse d’une bête. Ils sont venus pour détruire et chacun d’eux avait son agenda propre à lui. La suite est connue : la disparition tragique de la plupart d’entre- eux, où la partie la plus grave est leur humiliation. Quand on attache son ancien collaborateur avec des cordes et le photographier et publier cette photo. Vraiment ce n’est pas humain !
Dans un Etat de droit, les survivants doivent répondre surtout celui qui a volé la barre d’or qui devait servir à la construction de la grande mosquée de Bamako.
Moussa Traoré, père de la rébellion touareg de 1990.

A suivre, incha Allah.
Yacouba ALIOU

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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