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LA REPUBLIQUE EN OTAGE : LE BLUES DU GENREUX

jeudi 24 septembre 2020

A la mémoire des héros de l’Indépendance du Mali. Dans le Mali d’aujourd’hui, perdu sans étoile de pasteur pour illuminer un firmament assombri, vide sidéral obscur où abonde une foultitude de pâles lueurs, on ne compte plus les lieux de leurres, à l’heure d’illuminés des médias sociaux qui surfent sur les vagues d’un océan d’ignorance agité par des ambitions malsaines. C’est la nuit du sabbat des sorciers au Kohīma Hondo, la veillée des prêtres de l’art divinatoire, moment annonciateur du temps des genreux.

D’abord, le triste tableau. Nous nous retrouvons dans un espace public mélimélo, une fourmilière besogneuse où les gens se démènent, ne se font plus confiance, respectent peu de chose, ne plient qu’à la force et ne croient qu’en l’Argent. Ils sont légions à prétendre à un statut, un rôle ou des fonctions de la république, soutenus par les leurs, bien qu’ils n’aient pour cela aucune aptitude ni compétence, et n’en ont manifestement pas le mérite. Ou plutôt, c’est leur acception très approximative du mérite qui ne manque pas de poser problème, car le leur serait d’un tout autre genre que la capacité régulièrement prouvée, l’œuvre accomplie vérifiable, la qualité, l’expérience, requise et le potentiel attesté qui oblige.

Malgré l’absurdité de pareilles prétentions, on comprend, dans une tentative d’objectivation de cette mentalité infuse, pourquoi un tel festival de "sans-culottes". Depuis l’accident historique de Novembre 1968, où de jeunes officiers subalternes sans culture ont ravi le pouvoir, s’est peu à peu répandu un réflexe utilitaire du service de l’Etat, faisant toute sa place au système relationnel de la société malienne. Ainsi, vous pouviez vous retrouver à tous les postes désirés, si vous avez l’onction des jeunes putschistes d’alors, qui ne se privaient de rien pour affirmer leur statut de "nouveaux maîtres" du pays. Le mérite, le diplôme et le savoir n’assuraient plus la promotion de l’agent au service. L’ascenseur direct était le coup de piston de la junte et alliés. Il a bien profité aux relations intimes et à leurs recommandés.

Le pays n’a pu se sortir depuis de ce pervertissement, d’autant que des nuls étaient appelés et tolérés à de hauts postes de sinécure, où ils étaient mis pour jouir, et, ce faisant, devaient apprendre la mécanique routinière des choses qui les conforteraient. Il fallait juste maîtriser un langage, et non développer un savoir. Cela explique d’ailleurs le syndrome de l’ultracrépidarianisme dont nous souffrons de nos jours, à travers la manie de pouvoir s’exprimer en français et de faire injure à la technicité. Conséquence : les abrutis n’ont plus de complexe, ils ont vu des leurs pavoiser à la tête de l’Etat et dans les Institutions qu’ils pensaient réservés à une élite ; il doit donc y avoir de la place pour eux tous.

S’y sont mis aussi les associations d’anciens et amicales de frondeurs, d’ici et d’ailleurs, comme un faire-valoir républicain. « On s’est opposé, et on a même jeté des cailloux ». Sapeurs et sabreurs, chacun réclame des galons de soldat, en quête de la reconnaissance d’avoir été d’un épisode de lutte… glorieuse (!?). Les anciens de l’UNEEM en ont fait un fonds de commerce avec ATT, qui en avait sur la conscience avec la mort d’Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l’association lâchement assassiné dans des circonstances qu’il s’est abstenu jusqu’ici d’élucider, ne lâchant que quelques brides. Ceux de l’AEEM aussi ont suivi cette "mendicité corporatiste" opportuniste, avec des déclarations tapageuses sur les antennes nationales pour marquer l’accès au perchoir des leurs.

L’Etat malien, vidé de son essence, a longtemps vaqué dans ce régime des hyènes gloutonnes, faisant leur festin sur sa carcasse. Ce qui a engendré la sclérose de son Administration et porté ses employés sur le gain immédiat, au lieu du résultat attendu de leur travail. Les enfants nés dans cette période d’inversion des valeurs, des années 1970 à l’an 2000, ont entre 20 et 50 ans en 2020. Ce sont des plus ou moins jeunes, qui n’ont pas vu un Mali autre que celui des usurpateurs du pouvoir, des privilèges de famille, des passe-droits de fonction, des abus du bien public, du népotisme, du favoritisme, de la règle constante des relations pour gagner (concours, emplois, marchés, procès, visas, grades). Et, cette génération se trouve déjà aux affaires. Mieux, elle a vu, ces dernières années qu’il lui a été donné de connaître, des guignols de tout venant promus à de hauts postes de l’Etat, qui plus est, sans le bagage ni la référence, ou encore une moindre légitimité.

Tous ces parvenus, qui ont outrancièrement décrédibilisés le pouvoir politique, l’autorité de l’Etat, se prévalent de liens familiaux (filiation, alliance), d’affinités, de relations troubles, mêlés au clientélisme, à l’affairisme et à la corruption. Le résultat de cette gestion relationnelle sur les 23 ans de régime militaire et sur les trente années de l’expérience démocratique corrodée, chacun l’a vu : un Etat moribond, des pouvoirs décriés, le sentiment général d’injustice, l’absence d’autorité.

C’est dire qu’en vérité, cette génération venant maintenant aux affaires n’est pas aussi choquée par toutes ces pratiques qui, pour elle, ont toujours existé, pensant à tort que le monde, ou du moins le Mali, est ainsi fait. Le ressenti est tout autre chez les générations précédentes, qui ont vu le Mali des hommes droits, courageux, intègres, dignes, sacrifiant discrets au devoir, incapables de soustraire un franc des caisses de l’Etat et de la collectivité. Un autre monde. Les idéaux et les convictions avaient alors un tout autre sens. Des valeurs profondément incarnées par la personne du président Modibo Kéita.

Cette longue parenthèse était pour faire comprendre pourquoi à présent des personnes qui n’ont pas qualité à occuper un emploi, parce que ne répondant pas aux critères logiques et conditions nécessaires, osent candidater, sont nominés, et même jouent des pieds et des mains pour se proposer à des dignités, toute chose impensable avant. Ce qui a permis ce genre de retournement, c’est l’Etat du mensonge (objet d’un précédent article) qui, par finir, a gangrené la société entière jusqu’à la métastase.

Je reprends cette plume de sentinelle, parce que se dessine sous nos yeux un spectacle des plus ahurissants. On a entendu, ici et là, un écho prolongé d’un pseudo-clivage entre « vieux » et « jeunes » au sein du M5-RFP. Des accusations gratuites fusent contre les acteurs du mouvement insurrectionnel de 1991, qui seraient encore là pour prétendument ravir la place aux jeunes. De l’avis de ces "perturbateurs", ce sont les jeunes qui ont mené leur lutte (?!), donc le fruit de la lutte leur revient de droit. Et, ça leur monte à la tête. A croire que les leaders du mouvement qui ont pris l’initiative d’engager le combat, de les mobiliser, eux, les encadrer, animer les divers espaces, porter la parole à l’international, n’auraient aucun mérite. Allons (!). On a entendu aussi à la bouche de certains, chose tout aussi ridicule, qu’il faut un partage de pouvoir, de postes, entre Maliens de l’intérieur et Maliens de l’extérieur. Voilà le genre de bêtises et de sottises entendues ces derniers temps, depuis la chute du Président IBK. Elles procèdent toutes de la même maladie : le genreux. De quoi s’agit-il ?

Le genreux parle de ces personnes qui aiment à soutenir à tout vent, envers et contre tous, les leurs : communautés, familles, amis, associés, partisans, alliés, collègues, autrement dit leurs semblables. L’attitude pourrait être louable, si elle se fait dans un souci de vérité, avec honnêteté, équité, raison, partant, si la cause défendue est juste. Mais, le plus souvent, il s’agit d’un réflexe inconditionnel de partialité filiale, identitaire, associative, corporatiste, confraternelle, communautaire... voire fortuite, occasionnelle. Le danger du genreux, sorte de narcissisme de collectif, c’est que le vice se couvre, la faute passe, le tort se maquille, le débat emprunte la mauvaise foi, le regard se détourne de l’injustice, la raison étant mise de côté au seul but de soutenir et défendre coûte que coûte son camp, le genre, la sorte, l’espèce, le groupe, la famille, les protégés.

Un tel esprit est des plus malfaisants, car de là naissent, couvent et prospèrent toutes formes de ségrégation, de discrimination, d’exclusion, d’antipathie, de rejet subjectif des autres, sous différents prétextes et le poids d’autres complexes. Dans les organisations, ces comportements de mépris, d’aversion, de mesquinerie, se traduisent par le travail fractionnaire, ou le sectarisme ; dans les services, ils s’apparentent à un clanisme pervers dans des considérations de personne, de groupes d’amitié, d’appartenance, de profils, parfois d’origine ; dans la communauté ils prennent la forme d’un schisme, d’une dissidence, d’une fragmentation sociale ; dans la collectivité, cela évolue vers « l’autochtonisme », un« racisme » ; finissant, dans l’État, par un irrédentisme, une xénophobie, voire un séparatisme.

Le syndrome du genreux, on l’a vu, se manifeste chez les parvenus au sommet de l’Etat médiocratique par la constitution de Cabinets, que ce soit à la présidence, à la primature ou dans les ministères, sur des bases subjectives de proximité tels que la communauté, le nom de famille, la région, la langue, ou toutes autres relations d’affinité que la compétence, le mérite, qui implique le crédit. Ces grands crétins oublient que si chacun suivait une telle logique discriminatoire, qu’eux ils n’auraient jamais pu parvenir aux niveaux de consécration dont ils ont eu l’opportunité. Mais, quand on a soi-même un mérite quasi douteux, fait de coups de piston, de faveurs et de combines, on finit par se prendre pour ce qu’on est pas ; on ne se soucie guère que ce soit les meilleurs aux postes de responsabilité, mais des fidèles quasi nuls, de grandes gueules et des voyous capables de tous les coups bas, pour se protéger des dénonciations, tenter de discréditer et écraser ceux qui leur font ombrage, depuis toujours.

Dans notre commun intérêt moral, nous devons ensemble bannir le mensonge et ses avatars, la malhonnêteté, la cupidité, la méchanceté, l’égoïsme, la jalousie malsaine, l’ingratitude, la tricherie... Ces vices ouvrent la porte à la désinvolture des médiocrités et au pire ennemi de la vertu : le traître, le renégat. Il nous faut une nouvelle culture civique de la personne, du citoyen, de l’enfant à l’adulte, pétri autant de vérité, d’honnêteté et de droiture. Cette renaissance citoyenne par la Raison est incompatible avec le genreux, aux antipodes de nos valeurs sociétales.

C’est le lieu de dire et faire savoir que ce que le pays demande pour sortir de l’abîme où il se trouve. C’est avant tout une qualité d’hommes : patriotes, intègres, pétris de nos valeurs, cultivés, compétents, l’esprit ouvert, sans parti pris. Quel rapport avec l’âge, ici ? Si des jeunes ont cette qualité, qui est-ce qui les empêche de s’affirmer à présent sur la scène ?

D’aucuns parmi eux, sentant le mouvement de contestation fléchir après le 05 juin, se sont retrouvés pour s’organiser et reprendre en main l’action de rue et de désobéissance civile. Ils ont pris le nom symbolique de FASO CÈBALENW. Initiative salutaire qui traduit un mérite. Le rôle qu’ils ont pu jouer pour maintenir le souffle ne saurait être ignoré que dans de vaines tentatives de reniement de ceux qui n’ont pas plus de mérite. Ils doivent, je crois, poursuivre leur action et se démarquer des lamentations des imposteurs.

Mais, ce qu’il faut surtout retenir, c’est que la décadence du Mali, commencé avec le coup d’Etat de 1968, a été l’œuvre de jeunes lieutenants dont le chef, Moussa Traoré, avait 32 ans, et l’un des piliers du régime, Tiécoro Bagayoko, 28 ans. Ils n’ont pas attendu d’être vieux pour précipiter le pays dans le gouffre. Les leaders indexés comme « les vieux », aujourd’hui, n’avaient pas 45 ans en 1992, lorsque le président Konaré se faisait élire à cet âge. Plus près de nous, tous les scandales financiers de l’ère IBK impliquent avant tout des jeunes, trentenaires ; sans ignorer les dégâts monstrueux de son fils, qui n’est pas un vieux, avec ses amis placés aux commandes, y compris le premier ministre Boubou Cissé. Au finish, le mal du Mali, à vrai dire, a été l’avènement aux affaires de jeunes incultes, bien que diplômés, gradés et cravatés, dans une impéritie camouflée derrière la manipulation outrageuse de l’argent public. Puisqu’ils sont très jeunes, au départ, il va de soi que, sauf accident, à moins d’être chassés, ils apprennent et durent en scène et en selle, jusqu’à blanchir, malgré les alternances. Les dégâts de telles intrusions généralement sont plus durables que les éphémères passages de leurs auteurs.

Donc, il va de soi, que le rapport jeunes-vieux est un faux débat, bon pour des gens sans culture ni perspective. Les Moussa et compagnies n’ont pas revendiqué de places de jeunes pour devenir ceux qu’ils ont été à leur âge. Les Totoh Diarrah, Mountaga Tall, Oumar Mariko et Kadiatou Sow Sy n’ont pas demandé à quelqu’un qu’on les fasse monter sur les tréteaux de la république. Ils ont, tout jeunes qu’ils étaient, saisi l’opportunité qui s’est présentée à eux et ont agi, chacun dans le rôle qui a été le sien, parmi des aînés, pour compter dans le bâtiment du futur. Pourquoi faudrait-il qu’il en soit autrement maintenant ? D’ailleurs, les officiers du CNSP ne sont-ils pas également des jeunes pour la plupart ? Ce n’est donc pas une question d’âge ni d’avoir déjà été au gouvernement. Interrogeons les faits qui ont du sens. Les processus, certes, ne sont pas identiques ; il n’en demeure pas moins que les jeunes valables lors de la présente lutte ne sont pas passés inaperçus. C’est déjà un point de gagné à leur actif dans l’opinion.

On a vu à l’œuvre des battants comme le Dr Djiré, Biton Coulibaly, le Dr Diakité dit Kalanfa, Abdoul Karim Koné, ou encore Moulaye Kéita de Kati, dans un groupe de meneurs qui ont été des fers de lance du mouvement. On peut, sans prétendre à l’exhaustivité, citer aussi sur le terrain Ousmane Traoré OMT, ou Ben Le Cerveau. Certains, qu’on classerait parmi les vieux, sont pourtant des militants infatigables qui n’ont jamais intégré ou voulu faire partie d’un gouvernement, malgré l’offre, l’opportunité et le mérite indiscutable. Ils ne traînent pas de casseroles et ont aussi mouillé le maillot hier et aujourd’hui ; tandis que d’autres, plus jeunes, se faisaient neutres ou défendaient le système, cherchant à se placer ; d’où des revendications aussi grotesques qu’importunes.

En vérité, les grands animateurs de ce débat d’outsiders, en vérité de loosers, sont pour la plupart des soi-disant jeunes qui n’ont mené aucune action digne du nom, se contentant au mieux de se faire distinguer à l’occasion ; une assemblée faisant l’affaire, ou au mieux quelques post et du bruit sur les réseaux sociaux ; histoire de faire retenir leur nom comme participants farouches en ligne, afin de se positionner, escomptant profiter le moment venu pour se placer. C’est dire que les pratiques malhonnêtes, indécentes, roublardes, vont encore nous accompagner un moment, car c’est un stratagème qui n’a pas été que chez lesdits jeunes.

Il y avait un travail de ralliement, d’impulsion et de cohésion à faire, d’aucuns l’ont assumé avec brio à différents niveaux. Merci pour eux et tous ceux qui, à titres divers, ont joué leurs partitions à merveille, connus et anonymes, contribuant ainsi à faire avancer les choses, à maintenir l’haleine, à édifier la troupe, jusqu’au 18 août et au-delà. On ne jettera l’anathème sur personne, tous ceux qui se sont rendus utiles à la lutte citoyenne d’une manière ou d’une autre, à un moment ou un autre, n’auront pas démérité et ont droit au respect des patriotes.

Cependant, il faudrait que soit compris que communiquer et animer des pages des réseaux sociaux comptent dans l’engagement, l’orientation et le succès de l’action. Mais, dans quel pays sérieux choisit-on ses ministres sur la seule base de la visibilité et de simples échanges dans les médias ? Ce serait trop facile. On n’entre pas non plus au gouvernement parce qu’on a dénoncé, érigé des barricades, lancé des projectiles, incendié des pneus et donné du fil à retordre aux autorités, aux forces de l’ordre. Certes, il a fallu prendre d’énormes risques en sortant pour manifester ; la preuve : certains y ont malheureusement trouvé la mort. Je n’ai donc nullement à l’esprit de méconnaître la valeur et la portée de ce travail de terrain éprouvant, qui a été déterminant pour le M5, et que beaucoup n’aurait pas osé. Mais, ce n’est pas, et c’est ce que je dis, un motif à figurer de droit dans un gouvernement, car c’est un autre type de travail qui attend l’équipe ministérielle ; et, cela requiert bien d’autres compétences. Si d’aventure un jeune a les pré requis nécessaires d’une telle responsabilité, en plus d’avoir été sur la braise, là, c’est même un atout à son actif, qui doit obligatoirement être pris en compte.

Une chose est claire, si après IBK les Maliens n’arrivent pas à constituer des gouvernements de bon gabarit, avec de vrais cadres politiques et techniques à la hauteur de la mission, tant à l’interne qu’au plan international, on aura raté le virage, et, il n’y aura guère le changement espéré cette fois-ci. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que la qualité d’hommes que demande le projet Mali Koura est, ma foi, rarissime, il faut le reconnaître. C’est vrai que le pays compte de nombreux cadres balèzes, mais la compétence ne suffit pas. Même si les intègres aussi ne manquent pas non plus, la question se posera surtout sous le double rapport de la moralité et de la valeur intellectuelle des individus, en lien avec le mental, l’état d’esprit, car il est clair qu’au niveau de déliquescence atteint de la chose publique, il nous faut des hommes modèles, des parangons de vertu, pour ainsi dire.

Ceux qui veulent s’ hasarder à « jeter les anciens à la poubelle » prouvent par là qu’ils ne comprennent même pas le problème du Mali. C’est évident. Les autres nations capitalisent leurs expériences et passent le témoin de génération à génération, à travers une politique de relève réfléchie pour garantir le succès. Ce qui a visiblement manqué chez nous. Comment comprendre que ceux qui doivent chercher à bénéficier de la lanterne de leurs aînés dans la lutte, mettent tout le monde dans le même sac de rebuts, ne voyant en ce moment que des fauteuils à occuper, à se disputer, peu importe leur niveau d’assimilation des grilles d’analyse des enjeux contemporains ? Croire que le but du jeu est de se faire une place au soleil est une aberration totale, car Mali Koura vise l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, inchallah.

J’en profite pour aborder la question de représentation du genre, une autre facette du genreux, où des abrutis politiques dans de mauvais airs de défenseurs des femmes, qui cache mal l’idéologie sexiste, nous entraînaient dans des histoires de quotas. Une honte. J’ai expliqué dans un ancien article notre différence d’approche de la femme en Afrique avec l’Occident, et les raisons profondes du déséquilibre dans la scolarisation entre filles et garçons. Les filles sont premières de classe et cela ne pose de problème à personne chez nous, on s’en réjouit au contraire pour étriller la prétention masculine, et fiers en tant que parents. Nous n’avons pas de discrimination des femmes comme l’a pratiquée l’Occident avec sa phallocratie, qui cherche à se rattraper dans ce domaine, et vient créer de faux problèmes chez nous, qui avons su séparer les rôles dans la complémentarité.

Aujourd’hui, nous manquons encore de compétences dans beaucoup de domaines, et le pays a besoin d’expertises, qui ne sont nullement une question de sexe, mais d’instruction, de disponibilité de la ressource d’intelligence. Nous sommes preneurs indépendamment du genre. Pourquoi doit-on alors mettre des femmes au gouvernement ou au parlement parce qu’elles sont femmes ? Qui va faire le boulot, si elles n’ont pas les qualités intellectuelles et morales pour l’optimisation des résultats de leur secteur, de la chose confiée ? Qu’elles prouvent d’abord qu’elles ont les capacités requises, d’accord ; et, vice versa pour les hommes proposés. Ils ne sauraient être promus non plus que selon leurs capacités, savoir-faire et potentiels avérés. Mais, faut-il sacrifier le mérite au diktat extérieur du genre en porte-monnaie ?

Personnellement, si les meilleurs d’entre nous sont des femmes, que tout le gouvernement soit composé de femmes ne me posera aucun souci, et réciproquement. Ce qui est recherché n’est pas le genre en soi, mais l’efficacité de l’action collégiale avec des résultats probants. Cela sera difficile si, au lieu d’en tenir compte, devaient prévaloir au choix des ministres des considérations comme l’âge, le sexe, l’ethnie, la région, la religion…faisant de la gestion publique un lieu de privilèges, de gains et de conforts, ou de jouissance, au lieu d’être une arène de l’effort, du labeur, du savoir-faire pour réussir et vaincre. Basta les quotas bêtas de l’injustice flagrante, dignes des civilisations misogynes. Pourquoi accorder moins, quand elles valent plus ? Vous dites 30 %, et si elles méritent plus de 50 %, où est l’avancée ? Et, au nom de quoi les gratifier de postes lorsqu’elles ne le méritent pas ? Le mérite n’a cure du genre, et c’est le mérite qui doit prévaloir pour sortir notre bateau de l’écueil du bassin d’échouage. Pour ne pas avoir des institutions uni-genres, unisexes, tâchons de former. Mais, on raisonne autrement lorsqu’on ramène le service de l’Etat à un banquet de convives de choix pour profiter du veau gras et du nectar de la république à se la couler douce, au lieu de travailler dur.

On a bien vu que constituer des gouvernements de croulants, assortis d’éminents stagiaires, ne posait pas de problèmes à certains régimes et chefs qui s’en foutaient ; soucieux uniquement des complicités et allégeances qu’ils se procuraient. Sauf qu’on essuie encore de nos jours les écumes de telles politiques folkloriques dignes des derniers de classe et autres recalés universitaires voulant banaliser le savoir dont ils n’ont pu légitimement se prévaloir en classe, sur les bancs ni au tableau d’honneur. Ils font tout pour éliminer les éminences qui leur portent ombrage, leur rappelle leur médiocrité dans le passé, leur font des complexes. Ils se comportent en rancuniers, revanchards, qui pensent que tous derniers qu’ils étaient, ils ont pu damer le pion aux prétentieux (inutilement) premiers de la classe qui les toisaient, en se hissant, eux, au rang de premier citoyen et de premier magistrat. Ils oublient volontiers que la profession politique n’est pas une finalité de l’école, dont les meilleurs s’affirment ailleurs comme des sommités qui se rendent plus utiles autrement qu’à exceller dans l’art des combines pour parvenir à ses fins. On sait maintenant, face à tant de désinvoltures de nos promoteurs de la médiocratie, comment finit cette fameuse histoire d’arrogance des nuls : la honte nationale. Avons-nous tous la même perception, la même acception, de la dignité ? J’en doute.

Il est clair que ce n’est pas parce qu’on s’est retrouvé par le hasard des choses président d’un jour et d’un temps, qu’on fait impunément ce qu’on veut. Changeons de paradigme. Le CNSP doit faire très attention au réflexe des genreux, et cela vaut mise en garde. Sauver le Mali, n’est pas une question de civils ou de militaires, encore moins de « connexion de l’Armée, de fils et alliés de militaires ». Il est bon d’être solidaire dans un groupe, si la solidarité ne se fait pas au détriment de la raison d’être, du Peuple à servir. Qu’on se le tienne pour dit, nul ne prendra encore le Mali en otage, profitant de l’ignorance des masses, à travers les confusions créées d’un système abject de prédation et d’accaparement. C’est pourquoi, à présent, il nous faut d’autres instruments de gestion de la cité qui s’adapteraient mieux à notre être, respectueux de nos valeurs cardinales. Une loi fondamentale endogène, non calquée, est ce qu’il faut pour libérer, délivrer entièrement le Mali et l’Afrique des sangles du joug colonial persistant et aliénant. Il s’agit d’un acte créateur et non d’une autre révision de mauvaise constitution.

Pour y parvenir, la solution est unique : respectons le savoir ; il se respecte. Respectons la science ; et respectons l’expérience qui dépasse l’émerveillement éphémère et le snobisme. Cela commence par le respect et l’écoute des éminences, ceux qui sont porteurs de sciences dans la durée au profit des autres, de la collectivité studieuse et du génie de la nation. Écartons les mystificateurs, bonimenteurs et viles spéculateurs pour de bon : singes et perroquets.

Les méritants, forcément connus, loin d’être anonymes, sont victimes des insuffisants, des envieux et malhonnêtes intellectuels. Loin des arrivistes, du mensonge et de la démagogie sans vergogne, ils ne sauraient être autres que généreux. Ils sont comme les maîtres d’école d’hier, ces fiers instituteurs qui ont su donner, partager, aider l’enfant à réussir, engager l’adolescent à se construire, faire don de soi aux plus jeunes pour les former, mettre leurs pieds à l’étrier, les aguerrir, et avec le temps leur passer la main… dans la dignité de la sagesse accomplie. C’est là mon hymne aux soixante ans de notre république, à bâtir un Mali Koura.

Dieu nous inspire !

Masakuru
09/09/20

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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