| |

LA NOTION DE REFONDATION DE L’ETAT : Ce qu’en pense Dr Modibo M. Macalou

lundi 19 avril 2021

« Pour mettre en œuvre une stratégie de politiques publiques, il est aussi nécessaire de mettre en œuvre des plans d’actions simples, clairs et opérationnels qui améliorent la transparence et la responsabilité des services publics ainsi qu’une participation effective des citoyens au contrôle de la gestion des affaires publiques, souligne Dr Modibo Mao Macalou dans cette tribune consacrée à la Refondation de l’Etat ».

« L’Etat, c’est nous », disait le leader bolchévique Lénine (1870-1924) à cet aphorisme s’opposait l’Etat, c’est moi du Roi Louis XIV. (Un Etat se définit par 3 composantes : une population stable, sur un territoire donné, avec un gouvernement souverain. Cette souveraineté s’exerce par l’intermédiaire de 4 fonctions dites « régaliennes » détenues exclusivement par le Souverain autrefois :
- le droit de faire la guerre et la paix (diplomatie et défense) ;
- le droit de dire et de faire appliquer la loi (pouvoir législatif et force publique) ;
- le droit de rendre la justice (pouvoir judiciaire) ;
- le droit de battre monnaie et de collecter des impôts (politique monétaire et fiscale).

Sommairement, on peut définir l’Etat comme l’ensemble des institutions et des services qui permettent de gouverner et d’administrer un pays. Il exerce son pouvoir par le biais de ses différentes fonctions primaires (pouvoir exécutif, pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire) et secondaires (défense, sécurité, éducation, justice, santé, solidarité, finances publiques….).

Aucune société, organisation, entreprise, ou armée ne peut réussir si elle n’est pas conduite. L’Etat qui reflète la forme la plus élaborée de la vie en société doit se conduire sur la base d’une mission, d’une vision et d’une stratégie opérationnelle afin d’exercer ses fonctions efficacement. Mais l’Etat évolue au fil du temps avec la société et de nos jours, l’Etat (et ses démembrements) est appelé à assumer des fonctions nouvelles et différentes et à en abandonner d’autres. Cette mutation constante de l’Etat engendre aussi de multiples contraintes associées aux nouvelles menaces et aux chocs exogènes pour la conduite des affaires publiques notamment pour ce qui concerne la mise en œuvre des politiques et stratégies publiques.

L’Etat - providence n’est plus de mise. Toutefois, la reforme ou refondation et la modernisation de l’Etat ne doit pas se limiter aux aspects péjoratifs tels que la réduction ou la dilution de son rôle. Le concept d’Etat stratège fait référence à l’intervention de l’Etat dans les divers secteurs stratégiques du pays en vue de les identifier afin de définir des domaines de priorités en matière d’interventions publiques. L’Etat stratège, proactif en matière de politiques publiques se doit avant tout d’être un partenaire crédible et efficace dans l’effort de développement national, en renforçant sa capacité de puissance publique à entreprendre et promouvoir efficacement des actions d’intérêt collectif. Le bien-être et la prospérité des habitants d’un pays doivent prendre en compte les besoins et les aspirations de l’ensemble de ses habitants. Par exemple, une offre croissante des services d’infrastructure (transport, électricité, eau, assainissement, télécommunications et irrigation) contribue à accroître la productivité, et les conditions de vie des populations. L’objectif majeur étant d’augmenter la quantité de capital d’infrastructures économiques et sociales et concomitamment améliorer la qualité des offres du service public.

Aussi quatre piliers de taille doivent être conciliés dans une perspective de développement durable : l’efficacité économique, la justice sociale, la liberté politique (sécurité des personnes, primauté du droit, liberté d’expression, participation politique et égalité des chances) et la préservation de l’environnement.

L’Etat se doit aussi d’être un partenaire privilégié des populations en soutenant les dynamiques locales dans un esprit de développement territorial équilibré et durable. Car la réussite dans la lutte contre le chômage, la pauvreté et l’insécurité nécessite la mobilisation de toutes les ressources disponibles, notamment, au niveau régional et local. Les stratégies communautaire et nationale – comme toute politique conçue à un niveau central – ne sauraient réussir sans engagement et action de la part des acteurs régionaux et locaux. Les collectivités locales sont les mieux placées pour traduire les stratégies nationales et régionales en mesures concrètes sur le terrain. De plus, les acteurs locaux sont les mieux à même de comprendre les conditions, aspirations et besoins locaux. Le développement local doit reposer sur des actions mobilisant les initiatives locales au niveau des collectivités et des habitants eux-mêmes, éventuellement avec une assistance technique ou financière extérieure. Il doit être global et multidimensionnel, recomposant ainsi les logiques sectorielles mais surtout valoriser les ressources d’un territoire par et pour les populations qui occupent ce territoire. Le développement d’un territoire ne peut se décréter de l’extérieur ; il ne peut se construire durablement que si la population et les acteurs de ce territoire sont eux-mêmes porteurs d’une ambition et capables de se projeter dans l’avenir.

En démocratie, les candidats à la plus haute fonction de l’Etat élaborent des projets de société qui contiennent les enjeux majeurs auxquels fait face un pays et de même que des objectifs simples, et les moyens identifiés pour leurs réalisations. Toutefois, un Etat plus performant ne peut être bâti seulement si une volonté politique sans faille existe, et exige une participation effective des citoyens au contrôle de la gestion des affaires publiques. La volonté des plus hautes autorités pour atteindre un développement durable et harmonieux serait de lier d’avantage l’efficacité de l’action de la puissance publique à une obligation de résultats tout en prenant en compte les aspirations et préoccupations des populations. Il s’agit donc en premier lieu de diagnostiquer les contraintes institutionnelles, humaines, financières et matérielles afin d’adapter le rôle de l’Etat à sa capacité d’action. En second lieu, il s’agira d’appliquer des mesures incitatives comme les formations, les primes de performance, la modernisation des outils de travail afin d’améliorer la capacité d’action de l’Etat.

« Rien n’est possible sans les hommes, rien n’est durable sans les institutions » disait l’économiste français Jean Monnet (1888-1979). La gouvernance est évolutive et multidimensionnelle et concerne l’appréciation que l’on porte sur la manière de gérer ou d’administrer, en l’occurrence un pays. Un secteur public performant, de même qu’une règlementation efficiente, des institutions fonctionnelles, des infrastructures de base et des ressources humaines de qualité sont indispensables pour la fourniture des biens et services qui permettent d’améliorer le bien-être et les conditions de vie des populations.

La transparence dans la conduite des affaires publiques est une exigence démocratique et l’Etat se doit d’atteindre les objectifs qu’il s’est assignés en tant que puissance publique. L’analyse empirique suggère qu’une bonne stratégie de mise en œuvre des politiques publiques doit comprendre deux éléments fondamentaux. D’une part, des reformes institutionnelles mises en œuvre grâce à un bon diagnostic permettant de révéler les sources et situations qui favorisent des conditions de vie meilleures pour les populations. D’autre part, la mise en place des coalitions et des partenariats solides entre les différentes composantes de la communauté citoyenne à travers une dynamique partenariale participative et surtout inclusive.

Selon Lord Byron (1788-1824), les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l’heure exacte. La planification stratégique peut être considérée comme un processus continu et intégré de réflexion, d’action, d’évaluation et d’ajustement. Elle permet d’améliorer l’élaboration et la mise en œuvre effective des politiques publiques.

Ainsi, pour mettre en œuvre une stratégie de politiques publiques, il est aussi nécessaire de mettre en œuvre des plans d’actions simples, clairs et opérationnels qui améliorent la transparence et la responsabilité des services publics ainsi qu’une participation effective des citoyens au contrôle de la gestion des affaires publiques. Aussi, le plan d’action en tant qu’outil de gestion doit comprendre la vision, la mission, les objectifs stratégiques, les actions spécifiques et les indicateurs de performance nécessaires pour relever les défis associés à la bonne gouvernance.
Bamako, le 16 avril 2021

Modibo Mao Makalou
(MBA)

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Mots-clés : menunav