Kidal : Qui a tué Cheick Ag Awissa ?

lundi 10 octobre 2016

Cheikh Ag Awissa, Chef d’Etat Major du HCUA (Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad ) n’est plus. Le 9 octobre 2016, vers 18h, un véhicule qui transportait Cheikh Ag Awissa, Chef d’Etat Major du HCUA a été détruit à environ 300 mètres du camp de la MINUSMA à Kidal. Cheikh Ag Awissa a été tué sur le coup. Soit son véhicule a été pulvérisé par l’un des nombreux engins explosifs improvisés que lui et ses hommes ont disséminé un peu partout à Kidal et dans certains secteurs du nord du Mali, soit il a été victime d’un assassinat en bonne et due forme. Dans ce cas qui est le commanditaire ?

Le gouvernement malien : « Le véhicule … aurait sauté sur un Engin Explosif Improvisé »

Dans un communiqué, le Gouvernement du Mali « a appris avec tristesse la mort accidentelle le Samedi 08 Octobre vers 18h 15 minutes de Cheick AG AWISSA, un des leaders des mouvements signataires de l’Accord Pour la Paix et la Réconciliation issu du processus d’Alger ». Selon le communiqué du gouvernement malien « Le véhicule à bord duquel se trouvait Cheick AG AWISSA aurait sauté sur un Engin Explosif Improvisé, au sortir d’une réunion tenue au camp de la MINUSMA, à Kidal, le tuant sur le coup ».

En pareilles circonstances, le Gouvernement du Mali a présenté ses condoléances les plus attristées à la famille de la victime, exprimé sa compassion à la CMA, aux mouvements et à toutes les parties signataires de l’Accord Pour la Paix et la Réconciliation.

La MINUSMA : « Les circonstances exactes restent à déterminer »

Du côté de la MINUSMA, l’on « déplore la mort de Cheikh Ag Aoussa, du HCUA, suite à l’explosion de son véhicule hier à Kidal ».

Dans un rappel des faits, la MINUSMA dit que « le 9 octobre 2016 - Hier vers 18h, un véhicule qui transportait M. Cheikh Ag Aoussa, Chef d’Etat Major du HCUA (Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad) a été détruit à environ 300 mètres du camp de la MINUSMA à Kidal. M. Cheikh Ag Aoussa a été tué sur le coup ».

Plus précis, la MINUSMA dira que « M. Ag Aoussa venait de participer, avec d’autres responsables de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), à la réunion bihebdomadaire de coordination de sécurité avec les forces onusiennes et Barkhane », avant de déplorer « cet incident, dont les circonstances exactes restent à déterminer, et condamne la recrudescence de violence à Kidal et dans ses environs ».

Tout en se refusant d’admettre la thèse d’un Engin Explosif Improvisé qui serait à la base de la mort du leader rebelle, la MINUSMA « appelle à une action rapide pour que les auteurs de cette attaque soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice ».

À cet égard, la MINUSMA appelle à éviter les spéculations et les allégations infondées, et à agir avec retenue et responsabilité.

La CMA : « La voiture était donc piégée et il s’agit d’un assassinat ciblé »

Pour sa part, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) dit dans un communiqué avoir « le regret de porter à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale, le décès le 08 octobre 2016 à Kidal de Monsieur Acheick AG AWISSA, membre de l’Etat-major général de la CMA ».

Le communiqué a précisé que « C’est à ce titre que le défunt revenait d’une réunion de sécurité organisée par la MINUSMA et regroupant les représentants de la MINUSMA, de Barkhane et de la CMA ».

Mais, plus précis et dans une stratégie d’accusation, le communiqué de la CMA a rappelé que « Comme d’habitude, les véhicules des représentants de la CMA étaient stationnés à l’intérieur du camp de la MINUSMA pendant toute la durée de la réunion.

Sur le chemin de retour, au crépuscule, la voiture de l’intéressé a explosé à environ cinq cent mètres à la sortie du camp de la MINUSMA causant la mort subite du regretté Cheick AG AWISSA qui était seul à bord ».

La CMA a déjà une idée toute faite de la cause de la mort de son leader. « Tous les constats ont écarté le passage sur une mine : la voiture était donc piégée et il s’agit d’un assassinat ciblé », accuse la CMA.

Avant de soutenir que « Tout porte à croire que l’engin explosif a été placé sur le véhicule du défunt pendant la réunion et dans l’enceinte du camp de la MINUSMA ».

Après avoir condamné avec la dernière rigueur ce qu’elle qualifie d’ « acte criminel qui est loin de contribuer à la paix dans le contexte tendu où évolue le pays en ce moment », l a CMA « demande instamment à la MINUSMA et à Barkhane de collaborer avec elle pour l’ouverture d’une enquête diligente sur les circonstances de cet assassinat odieux incontestablement prémédité, afin que les auteurs soient identifiés, arrêtés et punis ».

S’il est vrai que le véhicule de Cheick Ag Awissa n’a pas sauté sur une mine, qui donc a pu accéder au camp de la MINUSMA pour aller le piéger ? L’on peut aussi se demander si le moment n’est arrivé d’éliminer un à un tous ceux qui sont une entrave pour le retour durable de la paix dans le nord du Mali ? Et, si pour la paix l’on veut faire taire à jamais des témoignages gênants ? Le moment n’est-t-il pas arrivé pour que les chefs des groupes armés songent plus à leur sécurité qu’à vouloir s’imposer avec les armes. Le vent a changé de sens. Et, tous les coups sont permis. En tout cas, c’est là la moralité de la mort de ce brave malien qui s’est laissé emporter dans une aventure sans lendemain.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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