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IBK A-T-IL SECRÈTEMENT RENONCÉ À TOUTE RÉVISION CONSTITUTIONNELLE ?

mercredi 19 septembre 2018

Le nouveau gouvernement confirme un fait têtu : la décision du Chef de l’Etat de gagner Soumaila Cissé à l’usure, de ne pas négocier avec lui ou, en tout état de cause, de ne le faire que quand il aura été très sérieusement affaibli.

En effet, aucun des 32 nouveaux ministres n’est issu du camp des contestataires et, à ce jour, aucune négociation officielle n’a été entamée avec eux.

Mieux, dans le discours qu’il a lu vendredi 14 septembre, lors du premier Conseil des ministres de son second quinquennat, le président IBK a fixé ses priorités sans faire la moindre mention d’une quelconque crise post-électorale ni, encore moins, aux moyens de la résoudre.

Enfin, consultée par le Premier ministre, la Cour constitutionnelle, qui n’a guère pour habitude de dire non au gouvernement, a déclaré légalement impossible de proroger le mandat des députés, bien qu’en 2012, ledit mandat ait été prorogé au nez et à la barbe de la haute juridiction. Cet Arrêt donne, en tout cas, à IBK un argument massue pour tenir les législatives au plus tard en novembre et, bien entendu, de se passer là-dessus de toute discussion avec l’opposition.

On le voit, la stratégie de l’usure s’amplifie. Elle vise à ignorer l’opposition, à l’essouffler financièrement et physiquement, à faire le vide autour d’elle, à la marginaliser au plan institutionnel avec l’avènement imminent, au terme des législatives, d’une nouvelle opposition plus accommodante dirigée, peut-être, par Alou Boubacar Diallo d’ADP- Maliba.

Pour l’instant, le président IBK semble tenir le bon bout de la corde. Son pouvoir n’est nullement ébranlé par les marches, meetings et conférences de ses opposants. Les Maliens, préoccupés par les difficultés du quotidien, paraissent de plus en plus enclins à considérer l’élection présidentielle comme de l’histoire ancienne, surtout après la prestation de serment du chef de l’Etat le 4 septembre : le symbole le plus marquant de cet état d’esprit réside assurément dans la décision prise, le 11 septembre, par le CDR de l’activiste Ras Bath de "mettre fin au contrat politique avec Soumaila Cissé".

Comme pour couronner ce mouvement descendant de l’opposition, sa dernière marche du samedi 15 septembre a mobilisé moins de monde que la précédente du 1er septembre.

Soumaila Cissé n’a plus désormais qu’un espoir de renflouer ses troupes : qu’IBK convoque un référendum de révision constitutionnelle en vue d’appliquer l’accord de paix issu du processus d’Alger. Mais question : et si, secrètement, le chef de l’Etat avait renoncé à cette révision ? Et si sa stratégie secrète était d’entretenir chez ses adversaires l’illusion d’une révision constitutionnelle qui ne viendrait jamais ?

L’hypothèse n’a rien de farfelu. En effet, malgré les hauts cris qu’ils poussent de temps à autre pour demander l’"application intégrale de l’accord", le statu quo fait parfaitement les affaires des groupes armés du Nord regroupés au sein de la Coordination des mouvements et de l’Azawad (CMA). Ce conglomérat rebelle, qui contrôle peu ou prou deux tiers du territoire national, mène librement ses trafics d’armes, de drogue, de migrants et, cerise sur le gâteau, prête la main aux groupes terroristes comme l’atteste le rapport accablant publié il y a deux semaines par les Nations unies.

Alors voilà : si IBK renonçait à convoquer un référendum constitutionnel, il signerait l’arrêt de mort du camp Soumaila Cissé qui perdrait alors toute possibilité de se voir rejoint dans la rue par les opposants au référendum, dont la puissante centrale syndicale CSTM, et de susciter un nouveau mouvement "Ante Abana".

Il reste cependant une inconnue : la réaction de la communauté internationale. Certes, celle-ci pourrait ruer dans les brancards en voyant l’accord piétiner à nouveau. Mais pour la calmer, il suffirait d’un rien. IBK pourrait, par exemple, lui faire valoir la nécessité de stabiliser d’abord le sud et le centre du pays. Il pourrait aussi, en signe de bonne foi, mettre en oeuvre les chapitres de l’accord qui n’exigent pas de révision constitutionnelle, notamment ceux relatifs aux patrouilles mixtes, aux autorités intérimaires, à la régionalisation, au découpage territorial et aux transferts budgétaires. De quoi donc gouverner sans peine pendant cinq bonnes années...

Tirés des réflexions de Me Cheick Oumar Konaré.

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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