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Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) : Le ‘’blanchiment’’ de l’administration malienne en marche

lundi 12 novembre 2018

A défaut d’obtenir l’indépendance pour leur fantoche République, les groupes armés, avec l’aide de leurs soutiens extérieurs et des traitres maliens, sont en train de renverser la pyramide sociale de notre pays avec le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion. Il fera de notre Mali, une autre Mauritanie esclavagiste, où la minorité dirige la majorité avec son relent de racisme.

‘’Le Mali est le seul pays au monde où les Blancs sont dirigés par les Noirs’’. Ces propos racistes ont été tenus, dans les années 1990 par Zahabi Ould Sidi Mohamed, dirigeant du Front islamique arabe de l’Azawad (FIAA), une des branches les plus meurtrières de la rébellion. Dans sa croisade contre l’élimination des peaux noires sur ce qu’il considère toujours comme leur territoire, le FIAA a attaqué le marché de Bamba plein à craquer, le bateau Kankou Moussa bondé de monde, en 1994, le village de Fafa.

Aussi, a-t-il fait voir toutes les couleurs au chef de village de Tacharane, un village situé à 25 km de Gao. Il a arrêté ce vieil homme sous un soleil de plomb en lui jetant à la figure cette phrase : « Si un Noir tue un Blanc, mille Noirs vont le payer ». Confier le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion à cet homme, c’est confier le sort des poussins à l’épervier.

Notre intention est loin de réveiller les vieux démons, encore moins de mettre dos à dos les différentes communautés de notre pays déjà éprouvées par des tensions ravivées par des hommes politiques maliens en mission de leurs parrains occidentaux pour émietter notre pays ou de jeter une communauté à la vindicte populaire, mais d’alerter la population malienne sur ce qui se dessine sur son dos. Sans le dire ouvertement, on est entrain de traduire en acte concret la déclaration de Zahabi Ould Sidi Mohamed à savoir la domination de la majorité par la minorité et quel que soit le prix à payer pour le Mali.

En effet, le processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), auquel les bandits armés et leurs soutiens extérieurs et intérieurs tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, n’augure rien de bon pour le peuple malien et ne fera que creuser davantage le fossé entre les enfants d’un même pays. Il va renverser la pyramide sociale aux dépens de la majorité. Il donnera encore l’occasion à ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays d’intégrer massivement dans l’administration malienne leurs combattants sans passer par le concours d’entrée à la fonction publique et du recrutement dans l’armée. Une aubaine qu’on refuse aux autres enfants maliens.

Le président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), en nommant Zahabi Ould Sidi Mohamed, ancien rebelle, non encore repenti, président de la Commission Désarmement, démobilisation et réinsertion, a fauché l’herbe sous le pied de ses compatriotes. Il a désormais les coudées franches pour concrétiser son vœu des années 1990. A savoir la domination de la majorité par la minorité. Ce processus va lui permettre de faire appel à des peaux blanches de Mauritanie, d’Algérie, de Libye, du Sahara Occidental pour grossir le rang de ceux qui vont de façon frauduleuse intégrer la fonction publique malienne et l’armée. Alors que les dignes fils qui ont terminé avec les études il y a de cela des années attendent encore de tenter leur chance dans un concours organisé par le gouvernement.

Le lancement du processus de désarmement, démobilisation et réinsertion, qui s’est déroulé au cours d’une cérémonie à Gao la semaine dernière, vient de donner le ton au ‘’blanchissement’’ de l’administration malienne, en général. Il est question d’intégrer 32000 combattants dans l’armée. Ces chiffres font déjà polémiques.
Les Maliens, dans leur grande majorité, rejettent en bloc le chiffre avancé par les groupes armés. Pour ce citoyen médusé, il déclare qu’ils ont fait appel à leurs parents dans les pays voisins pour gonfler le chiffre. ‘’Ce chiffre 32 000 relève de la fiction’’, laisse entendre un homme rencontré devant un kiosque à journaux.

Ces intégrations donnent la chance à des gens qui n’ont aucune compétence d’être des gradés dans l’armée et des cadres dans l’administration. Le cas des années 1990 est là pour rafraichir les mémoires.

En 1994 : 640 éléments touareg ont intégré l’armée malienne dont trente-deux (32) avec le grade d’officier, soixante-sept (67) sous-officiers et 424 avec le grade de soldat.

Au nom d’une Flamme de la paix, signée, en 1996, 800 ex-combattants ont intégré l’armée malienne. Treize (13) cadres du Mouvement et Front unifiés de l’Azawad (MFUA) ont été nommés en qualité de conseillers techniques dans plusieurs départements ministériels.

De 1995 à 1996 : 2090 ex- rebelles ont intégré les forces armées maliennes, 300 dans le corps paramilitaires (garde des eaux et forêt, police, douanes) et 150 dans les services publics. Près de 9509 soldats démobilisés ont reçu des financements du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD).

En dehors de ce processus, les recrutements clandestins s’opèrent à tout moment. Il y a quelques mois, un recrutement des administrateurs civils et autres agents dans la fonction publique a défrayé la chronique. Il n’a concerné que les membres d’une communauté.

Malgré la dénonciation du caractère discriminatoire du recrutement, le gouvernement n’a bougé d’un iota. Il a trouvé normal que ce recrutement répondait à un souci de combler un vide dans l’administration centrale.

Autre fait de blanchir notre pays à l’image de la Mauritanie, où le pays est dominé par la population noire mais dont la présence dans les services étatiques est quasiment nulle, c’est le découpage territorial qu’on veut faire passer par le forcing. Il est initié de sorte que partout où se trouvent les peaux blanches (Arabes et Touareg) de dominer les Noirs, considérés comme des sous hommes.

Bon, ne soyez pas surpris de voir quelques têtes noires dans ces intégrations. Il s’agit des parents des traites maliens qui font sembler de travailler pour la patrie alors qu’ils sont entrain de la miner à l’intérieur. Ils sont nombreux ceux qui ont déjà regagné les sites de cantonnement pour être intégrés au même titre que les narcotrafiquants dans le circuit administratif et militaire malien.

Il est bon de rappeler que le général de Gaulle avait tenu les mêmes propos racistes contre les combattants noirs après la victoire des Alliés sur le nazisme. Il a écarté ces derniers du défilé sur les Champs- Elysée en déclarant qu’il faut blanchir l’armée française. Raison pour laquelle aucun soldat noir n’a défilé. Ils ont été cantonnés alors qu’ils ont participé à la victoire de la Seconde Guerre mondiale contre Hitler.
Est-ce la même politique que la France continue sur le sol malien en blanchissant l’administration malienne par des intégrations massives qui ne répondent à aucun souci de préserver la paix et la cohésion sociale dans notre pays ? Le pays du général De Gaulle étant le soutien des peaux blanches dans notre pays. Après le Mali, à qui le tour demain ?

Yoro SOW
L’INTER DE BAMAKO

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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