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COTON : Une campagne catastrophique

lundi 5 octobre 2020

La production de coton est en chute libre au Mali. L’ancien champion africain de la fibre devrait récolter le quart de ce qu’il a produit l’an dernier. La mauvaise conjoncture textile, liée au Covid-19, n’est pas seule en cause.

Ce sera l’une des récoltes de coton les plus mauvaises de l’histoire du Mali. Moins de 80 000 tonnes de fibre, contre près de 300 000 tonnes l’an dernier. L’épidémie de Covid-19, qui a paralysé l’industrie textile mondiale, est à l’origine de ce déclin, mais les autres pays africains ne connaissent pas un tel plongeon de leur production cotonnière : moins 75%.

Chute brutale du prix au producteur

« Au Mali, il y a eu une accumulation de maladresses dans les décisions et leur calendrier », résume George Toby, le vice-président du CICCA, le Comité international pour la coopération entre les associations cotonnières. L’entreprise publique malienne qui gère la filière cotonnière, la CMDT (Compagnie malienne pour le développement du textile), avait encore un tiers de la production 2019 sur les bras quand le Covid-19 a tout bloqué.

Grève du coton

« Dès le mois de mai, après la chute de 30% des cours internationaux, la CMDT annonce aux producteurs une chute brutale équivalente du prix du kilo de coton graine au producteur, 200 F CFA contre 275, le très bon prix de l’année précédente », détaille l’expert du coton Gérald Estur. Plus question de pomper dans le fonds de soutien tenu par les organisations de producteurs, il est vide. Deuxième coup brutal, la subvention sur les engrais est supprimée. Beaucoup de producteurs décident alors de faire la grève du coton.

Trop tard

On renouvelle les représentants à la tête des organisations de producteurs cette année. « Ce climat électoral a radicalisé le mécontentement », observe Baba Berthé, le président-directeur général de la CMDT. « Contrairement aux autres Etats ouest-africains, les autorités maliennes ont aussi tardé à réagir pour améliorer le prix du kilo de coton », souligne-t-il. « Quand la prime de 50 F CFA est annoncée dans les premiers jours de juin, les pluies se sont arrêtées. » Il est alors trop tard pour semer du coton.

Coton vital pour le budget

Les agriculteurs produiront, certes, plus de mil, de sorgho et de maïs cette année, mais le coton représente 12% des recettes budgétaires du Mali. La perspective d’une récolte quatre fois plus faible que l’an dernier tombe au plus mal, alors que le pays est en pleine transition et qu’il ne peut plus vendre son bétail dans les pays voisins de la Cédéao.

La CMDT très fragilisée

Quant à la CMDT, pressée par les banques, elle est, de l’aveu de son PDG, dans « une situation de trésorerie très tendue, vendant son coton à perte, avec un stock d’intrants inédit, alors qu’il va falloir payer les fournisseurs, ramasser le coton et l’égrener ». Cette fragilité pourrait, selon certains observateurs du secteur, conduire à sa privatisation.

Claire Fages
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/2020...

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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