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    Au Mali, « plus aucun enfant ne meurt du paludisme dans les villages où nous intervenons »

    mercredi 25 avril 2018 , par Assane Koné

    Médecin et chercheur malien, le professeur Ogobara Doumbo a créé en 1992 le Malaria Research and Training Center (MRTC) à Bamako. Dédié à la recherche et à la formation sur le paludisme, ce centre est considéré comme un modèle de développement des capacités de recherches biomédicales en Afrique. Ogobara Doumbo a été honoré en 2007 par le prix Christophe-Mérieux de l’Institut de France et en 2013 par le prix international de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Paris.

    Comment est né votre centre de recherche et de formation sur le paludisme ?

    Ogobara Doumbo Le paludisme a toujours été pour moi un drame. Cette maladie tue encore, surtout des enfants. Ceux qui ne meurent pas peuvent souffrir de séquelles neurologiques : 10 % à 12 % des enfants touchés ne peuvent plus aller à l’école. En 1992, après ma formation en médecine à Bamako puis en sciences en France, je suis revenu au Mali. C’est alors que j’ai décidé de créer ce centre avec le professeur Yéya Touré, des collègues du NIAID [National Institute of Allergy and Infectious Diseases, aux Etats-Unis] et divers partenaires.

    Nos objectifs : mieux comprendre le cycle de l’infection par le parasite Plasmodium falciparum, étudier l’épidémiologie de cette infection, la résistance aux traitements et les réponses immunitaires des personnes infectées, mais aussi développer de nouveaux traitements et vaccins. Une autre de nos missions est d’accompagner le Programme national de lutte contre le paludisme au Mali.

    Quelles ont été vos motivations ?

    Mon ambition était d’implanter la recherche dans différents villages, avec l’idée d’en faire un levier de développement. Aujourd’hui, nous sommes présents sur une dizaine de sites au Mali. Quand nous nous implantons quelque part, en accord avec les villageois, c’est toujours avec une vision à long terme. Dans chacun de ces villages, l’eau, l’électricité, l’école et des routes sont installées, ainsi qu’une connexion à Internet.

    Comment procédez-vous ?

    Nous nous intégrons dans le système de santé du village. Nous le reconstruisons. Nous améliorons le système de diagnostic et de soins. Nous formons le personnel infirmier et les sages-femmes. En parallèle, nous installons nos unités de recherche. Quand, plus tard, des enfants du village auront été formés à la recherche, ils pourront y revenir pour faire bénéficier la population de leur savoir.

    Deux ans après notre implantation dans un village, plus aucun enfant ne meurt de paludisme. La population le constate, cela renforce nos liens et donc l’efficacité de cette prise en charge. C’est un cercle vertueux. Une fois l’efficacité de cette stratégie démontrée dans ces sites, elle peut être déployée dans d’autres villages.

    Une vingtaine de personnes sont présentes sur chaque site : médecins, pharmaciens, biologistes, mais aussi informaticiens, nos données étant partagées par des systèmes d’e-santé. Ces technologies sont opérationnelles dans un village, il est donc inutile de les concentrer dans la capitale – même si le MRTC dispose d’un gros campus à Bamako.

    Cette décentralisation de l’accès aux soins est un atout…

    Nous avons décentralisé la formation des agents de santé : agents communautaires, mères de famille… Résultat : dans un village, dès qu’un enfant a de la fièvre, il est adressé à l’un de ces agents, qui réalise un test de diagnostic rapide et, si besoin, administre aussitôt le traitement. Ce traitement agit en moins de trois heures : les complications et la mortalité sont ainsi évitées. C’est la stratégie du « Test, treat and track ». « Track » désigne ici le système de surveillance épidémiologique que nous avons mis en place : il permet d’évaluer l’incidence du paludisme, la proportion d’enfants touchés et l’efficacité des traitements. Dans les villages que nous suivons, nous avons montré que les combinaisons thérapeutiques utilisées contre les accès palustres restent efficaces.

    Notre force, c’est notre présence sur le terrain, notre travail avec la communauté des villageois. C’est aussi notre capacité à identifier et à répondre aux besoins quotidiens de cette communauté, grâce à la recherche. Très régulièrement, nos travaux sont publiés dans les meilleures revues de sciences biomédicales, comme The Lancet. C’est ainsi que nous développons de nouveaux anti-paludiques avec l’ensemble des groupes pharmaceutiques qui collaborent avec nous – Sanofi, Novartis, GSK – et avec le partenariat Medecines for Malaria Ventures.

    Tous les acteurs du développement d’un vaccin anti-paludique, par ailleurs, travaillent avec nous. Tous leurs essais sont évalués sur l’un de nos sites au moins. Ces tests sont nombreux, même si aucun vaccin n’est encore disponible en santé publique actuellement. Ils ciblent différents stades de la multiplication du parasite, chez le moustique ou chez l’homme. L’un d’eux s’efforce de bloquer l’invasion du foie par Plasmodium falciparum. D’autres tentent de bloquer la transmission du parasite de l’homme au moustique. Un autre encore cible la multiplication du parasite dans le sang chez l’enfant ou la femme enceinte.

    Vous récoltez aujourd’hui les fruits de votre engagement…

    Le MRTC a démontré l’efficacité sur le terrain de différents outils de lutte anti-paludique et ces résultats ont influencé plusieurs recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. La communauté internationale considère le centre comme un modèle de développement des capacités de recherches biomédicales en Afrique. D’autres pays sont en train de reproduire cette expérience.

    Au fond, nous avons montré qu’il est possible de faire de la recherche compétitive en santé dans un pays d’Afrique francophone dit « pauvre ». Environ 70 % de notre activité est dédiée au paludisme, les 30 % restants sont consacrés à d’autres maladies parasitaires comme la bilharziose ou la filariose.

    Au départ, nous étions deux scientifiques à travailler ici. Désormais, le MRTC compte une cinquantaine de chercheurs formés en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, au Canada… C’est le seul endroit où 95 % de ceux qui ont été formés à l’étranger, avec le soutien du gouvernement, reviennent travailler dans leur pays d’origine. Nous en sommes à la cinquième génération de chercheurs formés. Tous vivent de leur science, tous ont un plan de carrière au Mali.

    Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec Roll Back Malaria (RBM).

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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