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Prise en charge du bégaiement : L’AVB appelle à la création d’un centre spécialisé

lundi 30 octobre 2017

La mairie de la commune V a abrité, lundi après-midi, la cérémonie commémorative de la journée internationale du bégaiement célébrée, chaque année, le 22 octobre. Douzième du genre, dans notre pays, et 20e sur le plan international, la célébration de cette journée est une occasion, chaque année, pour les victimes, les praticiens et d’autres acteurs s’intéressant à ce fléau de communiquer, d’échanger sur ce trouble du langage de manière qu’il soit mieux pris en charge.

Cette cérémonie était présidée par la représentante du ministère de la Solidarité et de l’action humanitaire, Mme Djikiné Attouma GAKOU, non moins membre de la FEMAPH ; qui avait à ses côtés le représentant du maire de la commune hôte, Sory Ibrahim DOUMBIA, du représentant du chef de quartier de Torokorobougou, Dramane KEÏTA, des représentants des autorités scolaires de la commune V.

Organisée par l’Association « Vaincre le bégaiement au Mali(AVB) », l’édition de 2017 est placée sous le thème : « Un monde qui comprend le bégaiement ». Elle s’inscrit dans le cadre des activités de la 23e édition du mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion.

Le président de l’AVB, Soumaïla DIARRA, a souligné que cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la célébration de la journée mondiale du bégaiement célébrée chaque 22 octobre de l’année.

Il a défini le bégaiement comme un trouble du langage et de la communication qui affecte le rythme de la parole et peut être à l’origine de nombreux problèmes tant sociaux, professionnels, qu’économiques.

De même, a-t-il fait savoir, le bégaiement peut compromettre sérieusement l’intégration sociale de la personne souffrant de bégaiement au sein de son environnement. « Aujourd’hui, il est plus que nécessaire que le bégaiement soit compris et traité comme tel et c’est à ce prix que la personne bègue retrouvera sa place et son épanouissement dans la société », a-t-il plaidé. Pour ce faire, il a préconisé la sensibilisation pour lever le tabou au tour de ce fléau.

La célébration de cette 12e édition au Mali a été marquée par la présentation d’une étude sur le bégaiement dans les écoles fondamentales et jardins d’enfants des communes III et V du district de Bamako.

Cette étude a été réalisée par l’AVB sur un financement du PAOSC II afin d’appréhender le poids du bégaiement dans les communes III et V du District de Bamako.

Les enquêtes ont montré que parmi les 55 202 élèves des 60 écoles fondamentales et des 11 jardins d’enfants, il y a 2,99 % de bègues, soit 1653 personnes. Cependant, au niveau des écoles fondamentales 3,03 % sont des bègues dont 2,04 % sont des garçons et 0,99 % de filles.

Au niveau des jardins, le taux est de 1,37 %, dont la majorité est constituée de garçon soit 1,03 %.

La Commune V en tête de peloton

Au niveau des écoles, l’étude a montré que les deux types de bégaiement existent au niveau des deux communes : le bégaiement sévère et le bégaiement moins sévère. L’étude a montré que 25 % des bégaiements sont sévères.

En commune III, l’étude a montré l’existence de 885 bègues, dont 18 % ont la forme sévère contre 82 % de la forme la moins sévère. Cette analyse est faite sur 32 067 élèves. Cette situation pourrait s’aggraver avec la croissance démographique.

Par contre, en commune V, 32 % des 768 bègues enregistrés portent la forme sévère contre 68 % de la forme moins sévère. Cette analyse est faite sur un échantillon de 23 844 élèves.

Le calvaire des victimes

Selon les résultats de cette étude, les bègues rencontrent plusieurs problèmes tant au niveau scolaire qu’au niveau communautaire.

Au niveau scolaire, le bégaiement est en partie la cause des échecs scolaires de certains enfants. Les élèves bègues ont des difficultés à participer activement aux cours en prenant la parole comme leurs camarades. Ils ont souvent honte de prendre la parole et d’être au centre de moqueries de leurs camarades. Il entraine un sentiment de honte, d’humiliation, d’isolement, de moqueries et de souffrances endurées au quotidien. Cette situation oblige beaucoup d’enfants à abandonner les classes, regrette-t-on.

Au niveau social, les personnes souffrantes de bégaiement éprouvent d’énormes difficultés d’intégration sociale, professionnelle et économique. Les bègues affrontent tous les jours, les attitudes négatives des personnes de la communauté dans laquelle ils vivent.

Prise en compte du bégaiement

Le bégaiement est moins connu comme un handicap tant au niveau des familles qu’au niveau des autorités communales. Cette méconnaissance fait que peu de personnes s’intéressent à ce mal.

Aucune des deux mairies, aucune académie ne prend en compte ce handicap. Seule l’Association Vaincre le bégaiement se bat pour faire avancer les débats sur la possibilité de prendre en compte les préoccupations des personnes bègues dans le programme de développement national en général et spécifiquement dans les PDSEC des communes III et V du district de Bamako à l’instar des autres personnes handicapées.

Le bégaiement est très présent dans nos communautés. L’étude a montré que 2,99 % des scolaires sont des bègues et que 25 % des bègues portent des cas sévères.

Pour améliorer la situation des bègues, l’étude recommande : une sensibilisation des parents et l’ensemble de la communauté pour qu’ils considèrent le bégaiement comme un handicap social et comme une priorité de santé publique. De même, il s’agit d’étendre cette étude à toutes les communes du district et dans toutes les régions du Mali.

La création d’un centre de prise en charge orthophoniste du bégaiement au Mali à l’instar des aveugles, des sourds et de l’AMALDEME, est l’une des recommandations fortes de cette étude.

La même étude préconise la prise en charge du bégaiement dans les programmes des partenaires techniques et financiers.

Autres mesures non moins importantes, doter AVB de moyens adéquats pour assurer la prévention et l’intervention précoce dont l’efficacité est reconnue. Sensibiliser les enfants à surmonter ou accepter leur handicap ; amener les autorités à créer un cadre de soutien aux enfants bègues ; la prise en charge des orthophonistes.
Enfin, les auteurs de l’étude appellent à la formation des enseignants sur le comportement à adopter face à un élève bègue ainsi que l’orientation des enfants bègues vers les séances de rééducation organisées par AVB.

Un parcours du combattant

Pour la prise en charge, là aussi, c’est un parcours du combattant pour les victimes. Pour tout le Mali, il n’y a pas aujourd’hui plus de 5 spécialistes pour une population estimée à plus de 150 000 bègues. De même, en termes d’organisation, il n’y a qu’une seule association pour tout le pays.

Toutefois, cette association se bat pour organiser au moins 2 à 3 heures séances de rééducation à ses militants par semaine. Ces séances ont lieu chaque samedi au CSRéf de la commune III du district de Bamako.

À l’échelle internationale, cette catégorie est estimée à 1 % de la population mondiale. Selon ce ratio, on doit avoir plus d’un million de bègues Mali.

Par Zié OUATTARA

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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