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Photographie : Fanta Diarra dénonce les dégâts de la friperie sur l’économie locale

dimanche 5 mai 2019

Malgré qu’il compte plusieurs pays classés en tête de la production cotonnière dans le monde, le continent africain est le plus gros consommateur de friperie en provenance du monde occidental. C’est cette situation que la jeune photographe Fanta Diarra a décidé de dénoncer dans un travail artistique de belle facture, intitulé « l’Afrique en mode ‘’Yougou Yougou’’ » ou l’Afrique en mode friperie.

Les œuvres photographiques de Fanta Diarra s’inscrivent dans une démarche : partir du mal ou de ce qui fait mal pour exprimer le beau, le joli. Comment amener ses concitoyens et concitoyennes à comprendre tout le mal qu’il y a à consommer sans modération la friperie qui nous vient de l’occident ? Cette question est la ligne directrice qui a orienté le travail photographique de Fanta Diarra.

Quinze œuvres photographiques au format 30/45 de portraits de jeunes filles bien habillées dans leurs ‘’Yougou Yougou’’ avec des couleurs chatoyantes, sont de nature à convaincre les amoureux de la photographie que le Mali reste la terre du portrait, depuis un certain Malick Sidibé. En usant sans modération de la technique du portrait dans ses œuvres, Fanta Diarra n’a pas seulement photographié. Elle est parvenue à transcrire tout le bonheur et le plaisir que les jeunes filles ont à porter la friperie. Mais, loin de toute idée de faire la promotion de la friperie, l’artiste photographe s’est inscrite dans une démarche de dénonciation. Pour elle, cet engouement pour ce genre d’habillement est en passe de tuer une économie locale naissante.

Avec l’explosion du marché de la friperie ce sont plusieurs métiers traditionnels qui sont condamnés à disparaître. Dans peu de temps personne ne parlera des filatures traditionnelles, tenues par des femmes fileuses de coton. Les tisserands ont déjà senti une véritable régression dans leur production. Même, si les tailleurs donnent l’impression de résister à la vague, l’on peut se demander jusqu’à quand cela va durer ? « A travers mes œuvres, je voudrais juste attirer l’attention du public sur le phénomène de ces ‘’Yougou-yougou’’ qui envahissent nos marchés, rues, boulevards ou place public au détriment du développement de notre économie locale », nous a indiqué Fanta Diarra, le 4 avril 2019, lors du vernissage de son exposition au Centre Soleil d’Afrique.

Et, pour attirer l’attention de ses concitoyens sur ce phénomène, l’artiste n’avait pas autre choix que de produire des œuvres de belle facture, belles au regard et très attractives du point de vu des couleurs qui dansent. Pour cela, le choix des modèles n’a pas été fait au hasard, même si l’objectif n’était pas de mettre un accent particulier sur leur visage. En plus de faire porter le ‘’Yougou-yougou’’ à ses modèles, Fanta Diarra a eu l’astuce de faire une composition de couleurs pour chaque photographie avec le ‘’Yougou-yougou’’ en arrière plan.

Et, ces arrières plans des photographies de Fanta Diarra, ne peuvent pas passer inaperçus. Ils nous rappellent sans cesse le dispositif des vendeurs de ‘’Yougou-yougou » qui procèdent par des accrochages juxtaposés en se servant de cintres. Mais, pour ces arrières plans, Fanta Diarra dans une démarche de photographie d’art, a choisi des couleurs vives qui ne peuvent pas passé inaperçues. Et, pour finir l’objectif recherché a été atteint : impressionné celui qui regarde l’œuvre.

Dans un léger contraste de couleurs entre le modèle et l’arrière plan, qui laisse entrevoir clairement la porteuse de Yougou-yougou, parmi tant de Yougou-yougou, Fanta est parvenue à traduire tout le dynamisme de son travail photographique, même si nous avons affaire à des portraits statiques.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Réactions

  • Bel article M. KONE !
    Je salue l’initiative de l’artiste qui traite ici un sujet essentiel pour toute l’Afrique.
    La friperie malmène l’économie locale, asphyxie l’industrie textile, empêche l’emploi des jeunes et menace gravement les métiers artisanaux du coton (métier à tisser,...).
    Ces vêtements vont des fins de série des grands magasins aux habits usagers de toutes sortes d’individus jusque souvent aux derniers habits portés par les cadavres ! Il en est de même que les mèches de cheveux naturels prélevés souvent sur les femmes pauvres décédées d’indes ou de Brésil ... L’Afrique doit arrêter d’être la poubelle de l’Occident ! Seydou Diallo

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