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Mali : La culture, un vecteur essentiel pour le vivre ensemble

jeudi 15 novembre 2018

La culture joue un rôle prépondérant dans le vivre ensemble. Ses différents facteurs ont été toujours les vecteurs de la cohésion sociale. « Sans culture il n’y a pas de cohésion sociale. On peut tout perdre sauf sa culture. Il n’y a pas de culture sans société et de société sans culture », relatent les acteurs culturels.

Adama Traoré, directeur de Acte sept de Bamako, auteur, metteur en scène, comédien, directeur du festival théâtres des réalités, est formel : « Sans culture il n’y a pas de cohésion sociale ». Selon lui, c’est la culture qui joue le rôle de ciment entre les humains dans une société donnée. « C’est elle qui permet le vivre ensemble », a-t-il déclaré. Avant d’indiquer qu’à la naissance, dans une communauté, l’homme est pris en charge par toutes les stratégies de socialisation transmises par la culture.

Adama Traoré a précisé que dans toutes les sociétés dignes de nom, il y a des organisations et des formations qui fixent les normes. « Celles-ci définissent ce qui est permis ou qui ne l’est pas. Et transgressant ce qui est interdit on crée le chao, et on détruit la cohésion », a-t-il déclaré. Il a indiqué que les normes fixées par la culture passent par le respect des facteurs cardinaux comme la solidarité, l’entraide, la gérontocratie.

« La culture permet de se connaitre et de connaitre l’autre », a-t-il déclaré. Il a estimé que savoir que l’autre, même physiquement ou dans certaines pratiques, est différent, il reste un être humain avec ses valeurs. « Donc pour que nous puissions vivre en harmonie, il faut le respect mutuel », a-t-il conseillé. En effet, c’est en respectant la culture des uns et des autres qu’on forme une Nation. Une Nation qui reconnaît les Sénoufo, Minianka, Peulh ou kel Tamasheq... « Il faut que les uns et les autres soient respectés dans leur spécificité », a-t-il estimé. Avant de soutenir que la diversité culturelle, au contraire, est une richesse, qui implique la tolérance, le respect de l’autre, l’ouverture par rapport à l’autre et aussi le désire de partage.

A titre d’exemple, il dira que lors de l’adoption de la charte de Kouroukanfouka, il a été décidé pour qu’il n’y ait pas le chao, qu’il faille que les uns et les autres se reconnaissent comme tous étant les fils de Dieu.

« Il faut qu’on intègre aujourd’hui la dimension culturelle dans nos activités, favoriser l’ouverture, la tolérance et le respect à l’autre, pour construire le vivre ensemble », a-t-il proposé. Adama Traoré reste convaincu que si on ne se connait pas culturellement, on ne peut pas cohabiter. Pour cela, il dira que la culture est un facteur de la cohésion sociale. « Plus que jamais, il faut que nous brandissons les valeurs de notre culture antique pour que cela puisse nous servir aujourd’hui pour traverser ce chao dans lequel nous sommes », a-t-il estimé. Selon lui, quelque part, ce chao est arrivé parce que nous avons rejeté ou tourné le dos à des valeurs culturelles comme : l’ardeur au travail, acquérir honnêtement des biens et partager avec la solidarité et non la cupidité.

« La plus grande richesse du Mali, c’est sa culture »

« La plus grande richesse du Mali, ce n’est ni l’or, ni le Coton. Si quelque chose fait la grandeur du Mali, c’est bien sa culture. C’est elle qui fait la beauté du Mali », a estimé Alpha Maiga, Conseiller technique en charge de la communication au ministère de la cohésion sociale, de la paix et de la réconciliation nationale.

Il a indiqué que la culture est très importante dans le cadre de la cohésion sociale. Selon lui, une manifestation, comme la biennale artistique et culturelle, depuis feu le Président Modibo Keita, à Ibrahima Boubacar Keita, en passant par Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, a joué un rôle important dans la cohésion sociale au Mali.

« Espace d’expression de la diversité culturelle du Mali, la Biennale artistique et culturelle, a favorisé la rencontre entre la jeunesse malienne qu’elle soit noire ou blanche, bambara ou peulh, dogon ou sonrhai, bobo ou sénoufo, malinké ou tamashek, arabe ou Kassonké, … », a-t-il déclaré.

En effet, depuis des années, il nous est donné de constater l’engouement, la ferveur, le bonheur et la joie avec laquelle, les jeunes des différentes régions du Mali se rencontrent pendant la Biennale pour s’enrichir de leurs différences à travers des disciplines comme : le chœur, le solo de chant, la danse traditionnelle, l’ensemble instrumental, la pièce de théâtre, le ballet à thème et la musique d’orchestre.

A part la biennale artistique, il fera remarquer qu’à travers le pays, il ya de nombreux espaces d’expressions culturelles qui favorisent la cohésion sociale : Les festivals. « Le faite de chanter, de danser, de se retrouver pour parler des problèmes de la famille, du quartier et de l’actualité, favorise une certaine cohésion sociale. Et, les festivals offrent cela, sans oublier les conférences débats », a-t-il estimé.

« Le rôle de la culture dans la cohésion sociale est fondamental »

« Le rôle de la culture dans la cohésion sociale est fondamental. L’être humain est d’abord un être social qui n’ait dans la main des personnes, qui fait sa vie parmi les personnes. Entre cette période de naissance à la mort, toute la vie de l’individu est marquée par des évènements sociaux. Tout cela permet de montrer à l’homme sa place dans la société. Le rôle de la culture c’est de former, de cultiver le type d’homme dont la société a besoin, pour la cohésion de la famille, du village et de la communauté, en précisant les statuts sociaux, les valeurs sociales et le rôle de chacun », a indiqué Salia Malé, directeur général adjoint du Musée national du Mali.

Selon lui, la culture en tant qu’un ensemble complexe d’éléments de tous ce qui est indispensable à l’homme vivant en cité, est définie par toute la société, tous les organismes spécialisés, par les anthropologues et les sociologues. « Il n’y a pas de culture sans société et de société sans culture dans le temps et dans l’espace », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que la culture à un caractère inhérent à la société humaine, même si on lui reconnaît également un caractère universel. Qu’à cela ne tienne, il dira que toutes les cultures se valent et aucune culture ne vaut mieux qu’une autre.

« Puisse que son rôle est indispensable dans la cohésion sociale, il faut tout faire pour renforcer les mécanismes que les sociétés mettent en place pour éduquer et pour mieux vivre ensemble dans la société », a-t-il conseillé. Avant de lever le voile sur quelques mécanismes : les espaces de rencontre, d’échange et de partage que sont les baptêmes, les mariages, les circoncisions, les festivals, la biennale artistique et culturelle. Selon lui, ce sont ces éléments indispensables qui permettent le vivre ensemble.

« La parenté à plaisanterie et le cousinage à plaisanterie aide à baisser les tensions dans nos communautés »

« La culture joue un rôle très important dans la cohésion sociale. Par exemple, au niveau de la famille, les pratiques culturelles comme la parenté à plaisanterie et le cousinage à plaisanterie ont toujours aidé à baisser les tensions », a indiqué Alamounta Dagnogo, Directeur nationale de l’action culturelle.

Estimant qu’il n’y a jamais eu de société sans conflit, Alamounta Dagnogo dira que quand ces évènements malheureux et douloureux surviennent dans nos communautés, l’on a toujours fait appelle aux griots et autres hommes de castes, qui sont les voix les plus appropriées pour ramener l’entente. « Ces négociations, souvent, ont été accompagnées par des cérémonies culturelles », a-t-il indiqué. Avant de rappeler que c’est par les sons de la Kora de Sory Kandia Kouyaté que le Mali et le Burkina Faso se sont réconciliés, à l’issu d’un conflit frontalier.

Il est aussi revenu sur le rôle éminemment important de la Biennale artistique et culturelle, qui reste selon lui, l’un des évènements le mieux pensé et réfléchi, dans le sens de la cohésion nationale au Mali. « Qu’on le veuille ou non, la Biennale est aujourd’hui le plus grand facteur de rassemblement, de brassage, d’interconnexion, d’intégration, d’interpénétration,... », a-t-il estimé. Avant de soutenir que lors de cet évènement la jeunesse malien venue d’horizon divers, avec des cultures différentes, partage leurs joies et leurs peines. Il a aussi mis l’accent sur le rôle particulier des festivals dans la cohésion sociale.

« La culture ou la voie de l’humanité est le véritable vecteur de la cohésion sociale. Tout commençant par la culture et tout finissant par la culture, on peut dire que la culture est l’épicentre, l’élément essentiel et fondamental dans la cohésion sociale », a-t-il déclaré.

Alamounta Dagnogo est convaincu qu’un pays comme le notre a une mine d’or inestimable qui est sa diversité culturelle. Mieux, il n’a pas caché sa conviction que la seule richesse dont on dispose et qui ne s’épuisera jamais, reste notre culture. « Le Mali, sans exagération, a l’une des cultures les plus riches au monde. Avec cette richesse, nous pouvons tout faire, mais à la seule condition de croire en nous même », a-t-il conclu.

Bintou Coulibaly

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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