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MEDINA-COURA : Difficile cohabitation entre un dépôt d’ordure et une école fondamentale

vendredi 3 juin 2022

Depuis quelques années, la gestion des dépôts de transit des ordures est devenue un casse-tête à Bamako. L’on a l’impression d’être en face d’un problème sans solution. Ramassez aujourd’hui, demain vous viendrez trouver qu’une nouvelle montagne s’est constituée. De telle sorte que les populations ont attribué les noms des montagnes d’Afrique aux différents dépôts de transit à travers la ville de Bamako. A Lafiabougou-ACI, l’on vous parlera sans gêne du mont Kilimandjaro. Mais, du côté de Médina-Coura, sans avoir un nom spécifique, un dépôt de transit ne fait pas moins de mal. Jouxtant une école fondamentale, ce dépôt semble aujourd’hui constituer un véritable obstacle pour la réussite scolaire des enfants de l’école publique de Médina-Coura. A cause des méfaits des ordures de ce site, les enfants n’arrivent plus à suivre correctement les cours et le taux de réussite baisse d’année en année. Ce qui inquiète les responsables de cette école ainsi que les parents d‘élèves.

« En 2016 la population de Médina-Coura a pris la rentrée scolaire en otage du fait que les ordures avaient débordé, jusqu’à ce que deux pans du mur de l’école ce sont effondrés », nous a indiqué Abdoul Kader Traoré, directeur coordinateur du groupe scolaire publique Mamadou Diarra N02 de Médina-Coura. Selon lui, il a fallu une mobilisation générale, pour que des dispositions soient prises pour évacuer les ordures. Mais, cela a eu des conséquences désastreuses sur le bon déroulement des cours. Les élèves ont dû perdre deux semaines de cours, au regard de l’extrême proximité de l’école avec le dépôt de transit, transformé en dépôt final.

« On nous avait promis que désormais, tout sera mis en œuvre pour que le dépôt de transit de Médina-Coura ne soit pas transformé un dépôt final. Malheureusement, cela n’a été que d’une courte durée », a indiqué Abdel Kader Traoré. Avant d’ajouter qu’en 2018, le dépôt de transit de Médina-Coura, devait encore fait parler de lui. A force de ne pas être dégagé à temps, le dépôt de transit de Médina-Coura a repris les allures d’un dépôt définitif. Cette fois-ci selon le témoignage de Abdel Kader Traoré, les ordures se sont amoncelées pour former une montage qui a envahi une bonne partie de la cour de l’école. De telle sorte qu’on pouvait rester dans la cour de l’école pour voir les matchs de football au stade Omnisports Modibo Keita.

« Face cette situation, nous avons pris la décision au sein de l’école au cours d’une assemblée générale, d’observer un arrêt de travail de deux semaines. On avait décidé de ne pas rentrer en classe tant que les ordures ne seront pas totalement ramassées », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que CAP de l’hippodrome et Bamoussa Touré, chef du quartier, se sont impliqués. « Mais, il faut dire que le mal était déjà fait. Et, cela à jouer sur les résultats de fin d’année, car il n’y a pas eu beaucoup d’Admis aux examens », a-t-il indiqué.

Tout compte fait, face à la transformation de ce dépôt de transit en dépôt final, les enseignants semblent ne pas avoir une autre solution que passer à la vitesse supérieure, en observant des arrêts de travail pour se faire attendre. « Nous n’avons pas le choix. Notre santé et celle de nos élèves est menacée. Cela nous a été clairement signifié par un médecin lors d’un cadre d’échange que nous avons organisé sur les méfaits des ordures sur la santé », a-t-il déclaré.

Et, pour renforcer ses propos, il nous a indiqué que deux enseignants sont gravement tombés malades à cause de ces ordures qui leur privent de respirer un bon air. « Nous avons une de nos enseignantes malades qui a demandé à être mutée pour préserver sa santé », a-t-il annoncé. Avant de dire qu’en plus des enseignants, les élèves sont très souvent malades. « Le paludisme et les maladies pulmonaires sont les affections les plus fréquentes chez nos élèves », a-t-il déclaré.

Il a aussi, mis un accent sur la perturbation régulière des cours. Selon lui, chaque fois qu’il y a une opération de ramassage de ces ordures, ce sont des heures de cours perdues, à cause de la mauvaise odeur, qui est difficilement supportable, sans oublier les mouches et moustiques.

Une opération salvatrice, mais qui fut de courte durée

« On a retrouvé l’espoir quand le Président de la Transition, à son arrivée au pourvoir, nous a convoqué à Kati pour une initiative de jeunes maliens qui étaient à Paris, pour évacuer les ordures. Cette action a été saluée par la population. Malheureusement, seulement 6 mois après le cauchemar était revenu s’installer en demeure », a-t-il indiqué.

Abdoul Kader Traoré, directeur coordinateur du groupe scolaire public Mamadou Diarra N02 de Médina-Coura, est aujourd’hui convaincu que la proximité du dépôt de transit avec son école, explique le faible taux d’inscription en première année depuis quelques années. « Depuis quelques années, nous ne dépassons plus les 50 à 60 élèves par an, pour ’inscription à la première année. Les parents préfèrent inscrire leurs enfants ailleurs », a-t-il annoncé. Avant de saluer l’action d’un groupe de jeunes, qui a décidé d’appuyer et d’accompagner matériellement le personnel enseignant d’ans l’assainissement de l’école.

Les parents d’élèves inquiets

« Je souhaite qu’on évacue totalement les ordures de ce lieu avant la rentrée pour que nos enfants puissent étudier en bonne santé. Nous qui sommes les parents, nous souffrons chaque fois qu’un enfant tombe malade », a déclaré Kaniba Kané, parent d’élèves. Elle a ajouté que la sécurité des enfants est en danger, car il y a des moments où les ordures envahissent le goudron. Et, les usagers de la route n’ont pas le choix que d’emprunter les ruelles avoisinantes des domiciles, toutes choses qui met en danger la sécurité des enfants, avec tous ces chauffards que nous avons sur nos routes.

« L’année dernière, l’un de mes enfants a refusé d’aller à l’école à cause des mauvaises odeurs que dégagent le dépôt d’ordures. Malheureusement, il a redoublé la classe », a-t-il dit avec beaucoup de regret.

Dans la même veine, Kadidia Fafota, parent d’élève, a invité les autorités à tout mettre en œuvre, à défaut de mettre en place un dispositif pour faire du dépôt d’ordure de Médina-Coura, un véritable dépôt de transit, pour le déplacer sur autre site. Selon elle, cela aidera à la bonne éducation des enfants de Médina-Coura.

Plus de 150 à 200 charretiers évacuent ce site chaque jours entre 1350 mètres cube et 1850 mètres cube

« Le site de Médina-Coura est un dépôt très dynamique, car au-delà des ordures de la commune II, une bonne partie des ordures de la commune I, de la commune III et du Marché Dabanani est acheminé vers ce dépôt », a indiqué Yacouba Diarra, directeur régional de l’assainissement du contrôle et des pollutions du District de Bamako. Selon lui, même si on évacue aujourd’hui, dans une ou deux semaines, le site se reconstitue très rapidement. Il a aussi mis en cause le fait que ce soit un petit dépôt de 3500 mètres carré.

Qu’à cela ne tienne, il dira que le département de l’environnement a pris des initiatives pour évacuer les ordures de ce dépôt. Dans une période très rapprochée, il y a eu 4 opérations d’évacuation de ce site. Mais, 4 à 10 jours, après chaque opération, le dépôt s’est reconstitué.

Il a annoncé que les opérations d’évacuation des ordures coûtent extrêmement chères. « Pour évacuer un mètre cube de déchets, il faut à peu près entre 4500 à 5000 FCFA. Alors qu’il y a plus de 150 à 200 charretiers qui évacuent des ordures sur ce site chaque jour. Chaque jour, ce site reçoit entre 1350 et 1850 mètres cube d’ordure. Pour dire que ce dépôt est très difficile à gérer », a-t-il déclaré, pratiquement impuissant.

Il a annoncé, qu’il y a seulement quelques jours. C’est-à-dire le vendredi 29 octobre 2021, le Ministre de l’environnement, de l’assainissement et du développement durable a sollicité certains opérateurs économiques pour leur appui afin d’évacuer ce dépôt d’ordure avant la rentrée.

Selon lui, comme pour terminer sur une note d’espoir, des projets pour la gestion durable des déchets de Bamako et de Kati, sont en cours de conception. Il a aussi annoncé des initiatives pour la valorisation de ces déchets, en vue de leur transformation en engrais, en gaz et en électricité. « Cela diminuera considérablement les problèmes », a-t-il déclaré. Avant de solliciter l’engagement de toute la population pour une bonne gestion des ordures.

Bintou COULIBALY

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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