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Kénékan Plus : Quand la passion pousse à innover l’art du spectacle vivant au Mali

lundi 28 novembre 2022

Donner au théâtre malien ses lettres de noblesse. Promouvoir le théâtre dans un contexte où les réseaux sociaux, aujourd’hui, en plein essor contribuent fortement à la dégradation de l’image des différents métiers du théâtre auprès du grand public, ne sera pas une tâche facile. Mais, c’est à ce chantier à la limite herculéen que l’initiative « Kénékan Plus » a décidé de s’attaquer, avec la ferme volonté d’innover l’art du spectacle vivant au Mali.

Hormis la musique, pratiquement tous les secteurs culturels au Mali peinent à nourrir leurs acteurs. Malheureusement, le problème se pose avec beaucoup plus d’acuité dans le secteur des arts du spectacle vivant. Le théâtre malien se meurt et les acteurs avec. Pratiquement sans financements, de brillants acteurs maliens formés à coup de millions de FCFA, sont contraints à de piètres prestations de sketchs lors des cérémonies, pour faire bouillir leurs marmites. Que dire des metteurs en scène, des scénographes, des techniciens du son et de la lumière, des écrivains… Ils broient toutes et tous le noir au Mali. Fort heureusement, des jeunes diplômés formés à l’Institut National des Arts et au Conservatoire Balla Fasséké Kouyaté, se refusant à toute fatalité, ont décidé de prendre le taureau par les cornes.

D’initiatives en initiatives, ils refusent d’assister à une mort programmée du théâtre malien. Et, comme à cœur vaillant, rien n’est impossible, ils ont décidé d’insuffler une nouvelle âme au théâtre malien. Avec l’avantage d’être jeunes, ils auront sûrement droit à des erreurs. Mais déterminer qu’ils sont le désespoir n’a pas le choix. Il va fuir les planches du Mali, pour faire place à l’espoir. Et, nous espérons que cette initiative et toutes les autres, aideront les champs à fleurir d’espérance pour le bonheur de ces centaines de jeunes qui sont chaque année, après leur formation à l’INA et au Conservatoire, déversés sur le marché de l’emploi sans véritable débouché pour eux.

Et, cet espoir est aujourd’hui porté par un jeune. Très effacé. Avec de très frêles épaules. Par moment un peu trop timide pour un militant engagé pour la promotion des arts du spectacle vivant. Caché sous un chapeau qui couvre le plus souvent son visage et des blousons à la taille de ses aînés, Lévis Togo ne manque pas d’initiatives pour faire bouger les lignes. Si l’on devient forgeron en forgeant, il n’y a aucun doute Lévis Togo sera parmi la nouvelle génération de maliens à réécrire les belles pages du théâtre malien.

Kénékan Plus, sa nouvelle trouvaille, se veut une approche pédagogique qui se propose d’aider à la création et à la diffusion, dans un pays où l’absence de véritables espaces de représentations de pièces de théâtre a contribué à chasser les spectateurs. Et, conscient de cela, Kénékan Plus, initiative portée par « Anwka Blon » et le Journal Estival, a jeté son dévolu sur l’acropole de la FAST situé sur la colline de Badalabougou. « Avec le soutien du Centre national des œuvres universitaires et du Comité de l’Association des élevés et étudiants du Mali, nous espérons dompter ce bel espace pour en faire un temple de l’art du spectacle vivant à Bamako », nous a déclaré Lévis Togo.

« Pour faire face à des nouveaux publics, nous devons tout d’abord être en mesure de faire face à des sièges vides »

Il se refuse d’admettre que Bamako qui fut à une époque pas trop lointaine, un rendez-vous incontournable pour toutes les belles pièces de théâtres d’Afrique, est en passe de devenir l’ombre d’elle-même théâtralement parlant. « C’est fort de ce constat que ce programme propose des diffusions ‘’ du vrai théâtre’’ à un public à reconquérir, parce que ne sachant plus quoi consommer en termes de spectacle vivant, à un moment où les réseaux sociaux le déroutent de la grande et belle réflexion qui nourrit l’esprit et provoque des émotions », a-t-il indiqué.

Loin d’être naïfs, les initiateurs du programme Kénékan Plus, s’inspirent d’une phrase célèbre de Peter Brook : « Pour faire face à des nouveaux publics, nous devons tout d’abord être en mesure de faire face à des sièges vides ». Et, oui, ils l’ont déjà vécu le vendredi 25 et samedi 26 novembre 2022. Le week-end dernier lors du lancement de la première saison du programme de diffusion Kénékan Plus, qui va durer de novembre 2022 à juin 2023, les acteurs des spectacles « Korka la muette » et « Champ d’oiseaux », ont pratiquement joué devant des chaises vides. Est-ce parce que l’AEEM était en grève et les étudiants avaient déserté le campus ? Où, cela est tout simplement dû au fait que le public bamakois n’a pas compris que Kénékan Plus ne s’est pas installé à l’Acropole pour seulement un public estudiantin. « Dans notre volonté de créer un espace d’éducation, de création et de formation théâtrale au Mali, nous avons estimé que les étudiants pouvaient être une cible parfaite. Mais, comprenons que le charme et la beauté de l’acropole font que cet espace doit pouvoir recevoir tous les amoureux de théâtre à Bamako, qu’ils soient étudiants, diplomates, commerçants, enseignants… », a précisé Lévis Togo. Avant d’ajouter que dans le cadre de l’initiative Kénékan Plus, chaque mois, de novembre 2022 à juin 2023 (début de l’hivernage), des artistes seront sur les planches avec la diffusion de deux spectacles afin de permettre au public lambda de découvrir des spectacles vivant de qualité, conçus par des professionnels formés pour la cause.

Il a ajouté qu’en plus, Kénékan Plus se veut un espace de promotion du changement social et de la citoyenneté en offrant un champ d’expression aux artistes du spectacle vivant.

« Les télévisions et le digital seront mis à contribution pour la diffusion de nos spectacles, en plus des salles afin de permettre aux maliens de renouer avec les beaux spectacles de théâtre qui n’ont rien à avoir avec les sketchs qui inondent les réseaux sociaux », a-t-il déclaré.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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