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Hamidou Ballo : Un mélomane des temps anciens, jamais récompensé

jeudi 13 septembre 2018

Dans les années 1970-78, Hamidou Ballo était un jeune dynamique. A l’époque, il avait du goût pour l’habillement, la photo, le cinéma et de nombreuses autres choses qui donnent un sens à la jeunesse. Très photogénique et doté d’une facilité de faire en un laps de temps plus de 10 poses différentes, il était donc devenu la coqueluche de la plupart des photographes de Bamako, qui n’hésitaient pas de le solliciter. Du coup, la star des photos était l’un des plus grands mélomanes de Bamako.

« J’ai commencé comme apprenti tailleur à Bozola, un quartier populaire du centre de Bamako, chez feu Aliou Doumbia. C’était en 1961 ». Ces propos du vieux Hamidou Ballo, nous font savoir qu’il n’a pas brulé les étapes, en ce qui concerne son métier d’aujourd’hui : Maître tailleur.

Actuellement chef d’une famille équilibrée, Hamidou Ballo est père de 4 mères de familles et de 4 pères de familles. En plus de son épouse, tous les descendants de Hamidou Ballo, à l’exception d’un seul, évoluent dans le secteur du fil, de l’aigue et du tissu, de façon professionnelle ou pas. Le seul fils de Hamidou Ballo qui n’évolue pas dans le domaine des fils, des aiguilles et des tissus, a préféré tracer son propre chemin dans le domaine du transport.

Résident à Djélibougou, en commune I du district de Bamako, à quelques kilomètres de son lieu de travail, situé à Doumazana, sur la route du quartier Nafadji, le mélomane des temps anciens et ses 3 garçons dirigent un atelier de couture spécialisé dans la conception des tenues d’homme, notamment les costumes, et les « à bas le costume » ou abacost…

Du goût pour l’habillement

Amoureux des belles chaussures et des beaux vêtements, ce spécialiste de l’habillement d’une autre époque était très convoité par les photographes de la capitale, notamment : Amadou Fané, Malick Diakité de Bagadadji et bien d’autres.

« Les professionnelles d’images m’appelaient personnellement pour que je pose pour eux. Selon eux, j’étais non seulement photogénique, mais j’avais la capacité de faire 10 poses sur place et toutes différentes », souligne Hamidou Ballo. Devenue une coqueluche des jeunes de Bamako, il fascinait de nombreux occidentaux qui avaient choisi de vivre à Bamako. « Il y a l’un d’entre eux qui est spécialement venu le voir, pour lui offrir l’équivalent de 200 000 FCFA, comme cadeau. Et cela est rester pour moi, la plus grosse somme que j’ai eu d’un coup dans ma vie de mélomane », se souviens encore Hamidou Ballo.

La touche personnelle

« ‘’Mali élégance’’ et ‘’Saint Germain’’ étaient mes boutiques préférées, dans lesquelles je partais régulièrement me ravitailler, respectivement en chaussures et tissus, rien que pour mon autopromotion », a indiqué Hamidou Ballo. Il a ajouté que c’est la période où une paire de chaussures pouvait coûter entre 10 000 et 12 000 francs malien c’est à dire (5 000 et 6 000CFA) et le mètre de tissu à partir 4000 francs malien l’équivalent 2000 en CFA.

Après l’étape du souk, place à la touche personnelle, où l’inspiration était piochée dans les films occidentaux qu’Hamidou Ballo ne ratait sous aucun prétexte. Une raison de plus qui justifiait sa présence chaque week-end dans les salles de Cinéma comme le « vox » ou le « Rex », etc. Des lieux où ses fans se donnaient également rendez-vous, pour se faire photographier avec leur idole. Aujourd’hui, l’on parlerait plutôt de « selfies ». Et, plusieurs de ces photographies ont agrémenté les expositions à Bamako et ont donné une vie particulière aux murs de grands hôtels de Bamako.

Du mannequinat à l’acteur de Cinéma

En confectionnant et en portant exactement la même tenue que l’acteur du film dénommé « Pour quoi voulez-vous tuez ma femme ? », Hamidou Ballo dit avoir failli ne pas se faire transporter en taxi, un jour à Bamako. Selon lui, le taximètre avait tout simplement peur. « Il m’a dit qu’il n’avait jamais vu une personne habillée pareillement au Mali », nous a indiqué le vieux Hamidou Ballo. « Si je n’avais pas un autre passager à bord, je n’étais pas sûr que j’allais m’arrêter pour vous prendre », a dit le taximètre selon Hamidou Ballo.

A la suite de tout cela, le mélomane malien des temps anciens a finit par être lui-même un acteur de cinéma. Il dit avoir participé au tournage d’un film dans les années 1976, titré « Kassodén » ou prisonnier en langue Bambara. Le réalisateur de ce film malien, se faisait appelé tout simplement Séga. « Nous avons débuté le processus de tournage à Bamako, pour continuer jusqu’à Mopti et Sangha (derrière Bandiagara) en passant par Ségou », a-t-il indiqué.

Ce qui est regrettable !


Faute d’incompréhension entre les techniciens, les acteurs et Séga, la réalisation du film « Kassodén » s’est finalement interrompue. Selon notre interlocuteur, les difficultés financières sont passées par là et le projet du film a été mis sous l’éteignoir. Mais malheureusement cette mésaventure eu une grave conséquence sur les relations entre Hamidou Ballo et le photographe Amadou Diakité, qui avait été le trait d’union entre lui et le réalisateur.

Déçu et abusé, Hamidou Ballo a fait ses bagages en janvier 1979 pour la république de la Côte d’Ivoire. Il s’installa précisément à Bouaké. Mais, cette aventure n’ayant pas été trop fructueuse, l’homme retourne au bercail rejoindre sa famille, exactement le 1er janvier 1998. « Depuis ce moment, avec l’âge, j’ai plus été attiré par les histoires de photos, à part pour les pièces d’identité » a-t-il indiqué.

Notre mélomane des temps anciens est aujourd’hui convaincu, même sans preuve, qu’il y’a des gens qui vivent bien, grâce à ses poses photographiques de l’époque, au moment où lui se débat derrière sa machine pour joindre les deux bouts.

Lin dit Moussa DIALLO

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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