Evènements de Kidal : IBK dit tout à ses alliés

mardi 10 juin 2014

Pourquoi il a limogé Bouybèy ? Pourquoi il a gardé Mara ? Qui a ordonné l’attaque de Kidal ? Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA, a reçut ce 4 juin 2014, la classe politique malienne (majorité et l’opposition)Dans le souci de trouver une solution nationale au problème de Kidal, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, a rencontré, jeudi 5 juin 2014, les partis de la majorité présidentielle et ceux de l’opposition. Les premiers reçus furent ceux de la majorité. Bien que la rencontre se soit tenue à huit clos, votre journal, fidèle à ses habitudes, a enquêté pour vous rapporter ce qu’IBK a dit à ses alliés politiques. Très édifiant…

Tous les partis et leaders de la mouvance présidentielle ont répondu à l’appel du président IBK, les transhumants politiques comme les sédentaires, les plus populaires comme les moins connus. Gêné de n’avoir pas rencontré, depuis son élection, certains leaders politiques qui l’avaient rejoint au second tour du scrutin présidentiel de 2013, le chef de l’Etat tente, tant bien que mal, de décontracter l’atmosphère. Sur le ton de la plaisanterie et avec force accolades et tapes amicales dans le dos, il leur répète : « Cela fait un bail qu’on ne s’est pas vus ! ». Après que chacun s’est installé dans la salle de réunion, IBK constate qu’Oumar Mariko, secrétaire général de SADI, se cache dans un coin de la salle. D’un ton amical, l’hôte de Koulouba lui lance : « Hé, toi, Mariko ! Qu’est que tu fais dans ce trou ? Viens par-devant ! ». Après quoi, IBK annonce l’ordre du jour de la rencontre : sa déclaration liminaire du président et une séance de questions-réponses.

IBK jure sur le Coran

Le chef de l’Etat, s’adressant à ses invités, aborde le sujet relatif au voyage du Premier Ministre, Moussa Mara, à Kidal, il rappelle que le 17 mai 2014, les bandits armés ont voulu tuer le Premier Ministre ; il rend hommage aux forces de sécurité d’avoir sauvé la vie de Mara et de ses accompagnateurs. Après le massacre des préfets et sous-préfets maliens par les rebelles, IBK révèle qu’il a montré les photos des administrateurs égorgés à ses pairs – Alassane Dramane Ouattara et les autres chefs d’Etat de la CEDEAO – afin qu’ils se rendent comptent de la barbarie des groupes armés du nord.

En ce qui concerne l’attaque de Kidal par l’armée malienne, le chef de l’Etat révèle que 24 heures avant ladite attaque, des rumeurs circulaient à Bamako là-dessus.

Les apprenant, il a appelé son ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maiga, pour en savoir plus. Celui-ci le rassure en lui disant qu’aucune attaque de l’armée malienne n’est prévue ni en préparation. Avant que le ministre de la Défense ne quitte le bureau présidentiel, IBK lui réitère très clairement : « Je n’autorise pas la moindre attaque de Kidal par l’armée malienne ! ». Mais à sa grande surprise, pendant le conseil des ministres du mercredi 21 mai 2014, un de ses ministres lui glisse une note qui lui apprend que la ville de Kidal est passée sous le contrôle de l’armée.

Aussitôt, IBK informe les ministres présents au conseil de la nouvelle, tout en soulignant que si Kidal est tombée sous notre contrôle, lui, en tant que chef de l’Etat, n’avait pas autorisé l’attaque de la ville. Pour prouver sa bonne foi, le président IBK, sous le regard ébahi de ses invités de la mouvance présidentielle, jure sur le saint Coran : « Je jure que je n’ai pas autorisé l’attaque ! ». Poursuivant ses explications, il relate qu’après l’échec de l’opération armée de Kidal, le Premier Ministre Moussa Mara et le chef d’état-major général de l’armée, le général Mahamane Touré, se sont présentés devant lui, munis, chacun, d’une lettre de démission.

Les deux hommes lui avouent leur implication dans l’échec militaire de Kidal. Ils lui expliquent que, de concert avec Soumeylou Boubèye Maiga, ils ont décidé l’attaque de Kidal et, maintenant qu’il y a échec, se déclarent prêts à en assumer les conséquences.« Le ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maiga, lui, n’a pas jugé utile de venir me voir, poursuit le chef de l’Etat ; j’ai donc décidé de le convoquer afin qu’il me fournisse ses explications ». Boubèye s’étant présenté, il déclare au président n’être coupable de rien ; il accuse le Premier Ministre et le chef d’état-major général d’avoir ordonné l’attaque.

Après l’avoir écouté en silence, IBK lui lance d’un ton solennel : « Boubèye, je t’accuse pour tout ce qui s’est passé à Kidal et je retire ma confiance ! ». Pourtant, IBK ne limoge pas sur-le-champ le ministre de la Défense. La goutte d’eau qui fera déborder le vase viendra des menaces que Soumeylou Boubèye Maiga se met à propager en ville. Menaces qui, selon le chef de l’Etat, faisaient état d’enregistrements que Boubèye prétendait détenir et qui compromettraient même le président IBK dans l’attaque de Kidal. « N’étant pas homme à craindre des menaces, j’ai décidé de limoger le ministre de la Défense. Il n’a pas démissionné, je l’ai bel et bien limogé ! », martèle IBK.

Quant à Moussa Mara et au chef d’état-major, il les a gardés en raison de leur franchise.

Pressions internationales

IBK confie à ses invités qu’il est soumis à toutes sortes de pressions de la communauté internationale au sujet de Kidal. A l’en croire, certains dignitaires étrangers voudraient même le chasser du pouvoir. « Pour faire face à cette pression, j’ai besoin de tous les Maliens », ajoute le président. Il rappelle que pour faire baisser la tension, un de ses amis chefs d’Etat lui a fortement conseillé de ne pas heurter de front les Français par des discours et des attitudes nationalistes trop prononcés.

Gouvernement d’union ?

IBK n’a pas parlé de gouvernement d’union nationale aux représentants de la majorité. Après avoir terminé son long discours, il demandera à l’assistance de prendre la parole pour des questions et suggestions. Les chefs de partis présents n’ont fait qu’applaudir, préférant ne pas réagir en termes de questions ou de propositions. Le président leva donc la séance.

Ce que le président IBK a dit à l’opposition

Après sa rencontre avec les partis politiques de la mouvance présidentielle, le président IBK a reçu les formations de l’opposition le même jour du 5 juin 2014. La rencontre a failli ne pas se tenir à cause d’une maladresse du Premier Ministre Moussa Mara.

Chargé de convier les chefs de l’opposition à une rencontre avec le chef de l’Etat, Moussa Mara a, semble-t-il, délégué la mission à un de ses conseillers qui s’est contenté d’envoyer aux intéressés des convocations par …SMS !

Se sentant insultés par la méthode, les leaders de l’opposition ont menacé de ne pas se rendre à la rencontre. Il a fallu que Mara lui-même prenne le téléphone et, de sa plus belle voix, présente ses excuses, pour que l’opposition oublie l’incident.

En arrivant dans la salle, un autre couac se produit.

Modibo Sidibé s’installe juste à côté du chef de l’Etat : le geste ne plaît pas beaucoup aux partisans de Soumaila Cissé qui estiment que ce fauteuil revenait à leur champion en tant que leader de l’opposition (l’URD a 17 députés et les Fare 5). Mais les partisans de Modibo Sidibé ne manquent pas, eux non plus, d’arguments : d’abord, le protocole présidentiel n’avait pas pris la peine de titulariser les sièges ; ensuite, Modibo Sidibé a occupé la primature alors que Soumaila Cissé n’a jamais été Premier Ministre…

IBK demande de l’aide

Prenant la parole, le président IBK remercie les uns et les autres d’avoir répondu à son invitation. Il souligne la gravité de la situation de Kidal, nie avoir ordonné une attaque armée et affirme que Soumeylou Boubèye Maiga n’a pas démissionné mais a été plutôt démis de ses fonctions. Le chef de l’Etat, dans les graves circonstances de l’heure, sollicite l’appui de l’opposition.

En réponse aux déclarations d’IBK, Soumaila Cissé, à qui il donne la parole, se plaint que l’hôte de Koulouba ne reçoive pas souvent les opposants afin de recueillir leurs points de vue. « Pourtant, poursuit-il, nous sommes des patriotes qui ne peuvent souhaiter du mal au pays ». Soumaila Cissé précise que l’opposition a opté pour le parlement par esprit républicain et constructif. « Dans d’autres pays, l’opposition se trouve plutôt dans la rue alors que nous, malgré notre choix républicain, nous sommes journellement vilipendés », indique-t-il. Soumaila Cissé termine son propos en promettant d’accompagner le pouvoir en vue de trouver une solution à la question du nord.

Estimant que Cissé a épuisé le débat et pris en compte leurs préoccupations, les autres représentants de l’opposition n’ont plus jugé utile de se prononcer.
Les parties se sont séparées avec la promesse de se retrouver plus souvent. L’opposition préparera, avant la prochaine rencontre, des propositions d’intérêt national à soumettre au chef de l’Etat.

Abdoulaye Guindo
Procès Verbal du 10 juin 2014

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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