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Esclavage par ascendance dans la région de Kayes : Des organisations de la société civile malienne montent au créneau et accusent

mardi 27 novembre 2018

« Nous avons des preuves que des compatriotes vivant en France, en Amérique, au Gabon, au Congo, en RDC, en Angola, en Amérique, au Vietnam et dans bien d’autres pays, encouragent, soutiennent et financent les auteurs des exactions. Très souvent leurs compatriotes de condition ‘’esclave’’ avec lesquels ils vivent à l’étranger ne sont pas épargnés », indiquent des organisations de la société civile malienne dans un communiqué lu le vendredi 23 novembre 2018, lors d’un point de presse au siège de Temdt.

« Les mandékas (Keïta, Traoré, Dembélé, Cissoko, Coulibaly, Diarra, etc.) et les peuls (Diakité, Sidibé, Diallo, etc.) vivant dans le Kingui ou partout ailleurs ne sauraient être assimilés à des esclaves soninkés, et vice versa ». La déclaration a été faite le 23 novembre 2018, lors d’un point de presse animée au siège de Temedt pour dénoncer la recrudescence de l’esclavage par ascendance en pays Sarakolé par des organisations de la société civile malienne, engagées dans la défense des droits de l’Homme.

Regroupées sous l’égide de la Coalition Nationale de lutte contre l’esclavage au Mali, les organisations de la société civile que sont Temedt, DEMESO, RJDH, COMADDH, RJPRODOH, CAD Mali, UFMDD, FOSC, les Confessions religieuses, AJM, ODEF, CAFO, AMDH, CNDH, Gambana, ont décidé de rompre le silence. « Les Organisations de Défense des Droits de l’homme ci-dessus, portent à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que de graves violations de Droits de l’homme sont en cours dans la région de Kayes depuis six (06) mois. En effet depuis juin 2018 des citoyens s’élevant contre leur condition « d’esclaves » par ascendance dans les cercles de Kayes, Nioro, Diema, Yélémané et Kita sont victimes de multiples exactions », a indiqué Abdias Coulibaly, représentant Mme la Présidente de la Coalition Nationale de lutte contre l’esclavage au Mali.

Le communiqué indique que « des compatriotes considérés comme « esclaves » par des soit disant « maîtres » sont chassés (de leurs villages d’origine), humiliés, battus, trainés devant la justice suite à des allégations mensongères. A cela s’ajoute la destruction d’habitation, la privation de l’usage des services sociaux de base promus par l’Etat et la collectivité, le retrait des terres de culture et autres avantages ».

Pire, au nom de la Coalition, Abdias Coulibaly dira que « des agressions et des menaces de mort sont proférées contre des défenseurs de droits de l’homme ». Avant d’annoncer que « la Coalition condamne avec la dernière rigueur les agressions perpétrées contre les défenseurs des droits humains à Troungoumbé le 23septembre 2018 ».

En attendant que l’Etat veuille s’assumer, « d’ores et déjà, les organisations de défense de droit de l’homme considèrent le Protocole d’Accord esclavagiste de Troungoumbé du 1e octobre 2018 signé entre les « Diawara N’Kafo » et le « Groupement Dioncourou » comme nul et non avenu ». Et par la même occasion, elles ont estimé que « les mandékas (Keïta, Traoré, Dembélé, Cissoko, Coulibaly, Diarra, etc.) et les peuls (Diakité, Sidibé, Diallo, etc.) vivant dans le Kingui ou partout ailleurs ne sauraient être assimilés à des esclaves soninkés, et vice versa ».

Et, pour mettre la pression sur l’Etat et les esclavagistes, les Organisations de Défense des Droits de l’homme, ont indiqué qu’ « au niveau des villages, elles tiennent les dépositaires du pouvoir public, à l’occurrence le chef de village et ses conseillers comme les premiers responsables des violations des droits de l’homme (les retraits des domaines, les actes de vandalisme, les interdictions des séjours, les sévices corporelles, intimidations, menaces, invectives, blasphèmes, etc.) perpétrées contre une partie de la population dans leur village respectif ».

Sortir de l’impunité pour mettre fin au fléau

« Nous en appelons à l’opinion nationale et internationale pour que des poursuites judiciaires soient engagées contre les commanditaires vivant à l’étranger qui font l’apologie de l’esclavage et encouragent les violations des droits de l’homme », indique le Communiqué. En effet, les Organisations de Défense des Droits de l’homme ont révélé « détenir des preuves que des compatriotes vivant en France, en Amérique, au Gabon, au Congo, en RDC, en Angola, en Amérique, au Vietnam et dans bien d’autres pays, encouragent, soutiennent et financent les auteurs des exactions. Très souvent leurs compatriotes de condition ‘’esclave’’ avec lesquels ils vivent à l’étranger ne sont pas épargnés ».

Et, face une telle situation intolérable, les Organisations de Défense des Droits de l’homme ont invité « les autorités politiques, administratives et judiciaires à assurer à chacun et à tous les droits constitutionnellement garantis, en faisant preuve de fermeté face aux atteintes injustifiées aux personnes et à leurs biens ». Mais, mieux, elles ont invité « le Gouvernement du Mali à adopter dans le plus bref délai ‘’le projet de loi portant répression de l’esclavage et les pratiques assimilées’’, qui demeure sur la table du Conseil des Ministres depuis le 1e juin 2016 ».

Mais, en attendant que l’Etat veuille se décider à légiférer, les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, ont indiqué leur volonté à vouloir collaborer avec les autorités administratives, les légitimités traditionnelles et religieuses, des leaders d’opinion au niveau national et à l’étranger. Mais, elles ne voudront ménager aucun effort pour œuvrer à la coexistence pacifique, en entreprenant des campagnes de sensibilisation et d’information. « Les organisations des droits de l’homme sollicitent le soutien des pays de la sous-région, de l’Union Africaine, des Nations Unies, des missions diplomatiques et consulaires accréditées au Mali et des Partenaires Techniques et Financiers pour l’éradication de l’esclavage au Mali », a conclu le Communiqué.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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