Version imprimable de cet article Version imprimable | |

Election présidentielle du 29 juillet 2018 : Candidats, voici le manifeste de la société civile

mercredi 18 juillet 2018

Dans le cadre de l’élection présidentielle du 29 juillet 2018, des organisations de la société civile malienne, ont décidé d’adresser un manifeste aux différents candidats, afin qu’ils s’engagent à « mettre l’agriculture familiale durable et le foncier au cœur des programmes de société ». Le 18 juillet 2018, ce manifeste était au centre d’une conférence de presse au Musée National du Mali.

Au cours de cette conférence de presse, les différents candidats à l’élection du 29 juillet 2018, ont été invité à s’engager à intégrer les recommandations du manifeste dans leur programme de société, et à les mettre en œuvre au cours de leur mandat présidentiel, si jamais, ils étaient élus Président de la République du Mali. Les ont aussi été invités à s’engager à rendre compte annuellement aux organisations paysannes porteuses de ce Manifeste de l’état d’avancement de la concrétisation de ces mesures.

Souleymane Dembélé, secrétaire exécutif de la CAD/Mali, a présenté à la presse, le 18 juillet 2018, le manifeste de la société civile adressé aux différents candidats à l’élection présidentielle du 29 juillet 2018. Intitulé « mettre l’agriculture familiale durable et le foncier au cœur des programmes de société », le lancement du manifeste a enregistré la participation de Abdoulaye Koureichi de la Plateforme des producteurs de riz, Abdoulaye Koné de l’AOPP et de Boukary Guindo du Réseau de la sécurité foncière.

D’entrée de jeu, Souleymane Dembélé, secrétaire exécutif de la CAD/Mali, a indiqué que l’économie malienne repose essentiellement sur le secteur rural qui contribue à 40% au produit Intérieur brut, à travers l’agriculture, l’élevage, la foresterie et la pêche. Selon lui, ce secteur occupe plus de 80% de la population active malienne.

« Nous, exploitants agricoles familiaux, trouvons injuste qu’en dépit du rôle prépondérant que nous jouons dans le secteur de l’Agriculture, nous continuons de vivre dans la pauvreté et voire nos conditions de vie se dégrader de manière continue et inquiétante (l’incidence de la pauvreté en 2017 est de 44,9 %, Revue 2017 du Cadre pour la Relance Economique et le Développement Durable) », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que les exploitants agricoles familiaux au Mali, ont difficilement accès aux crédits, aux intrants, à l’équipement, à la terre, aux semences, à l’encadrement… Pire, il dira que les exploitants agricoles familiaux sont victimes d’une mauvaise gouvernance du secteur agricole et des effets du changement climatique. Conséquences : le pays fait face à l’invasion des produits importés (riz, lait, niébé etc.) qui compromettent tous les efforts.

A l’attention des candidats à l’élection présidentielle, il fera remarquer que « malgré tous ces difficultés, les exploitants agricoles familiaux, se battent pour offrir divers produits agricoles pour contribuer à la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Mali. Avant de les interpeller en termes de soutien au monde rural. « Si nous sommes soutenus convenablement, nous pouvons contribuer efficacement au développement du pays, à la protection de l’environnement, à la lutte contre la faim, à l’autosuffisance alimentaire, à l’accession des populations rurales à des revenus décents et à l’amélioration de l’accès des jeunes et des femmes à l’emploi », a-t-il indiqué.

Dans tous les cas, les Organisations de la société civile par la voix de Souleymane Dembélé, sont convaincues que « l’heure est venue de reconsidérer l’agriculture familiale et d’investir davantage dans le secteur agricole, afin d’assurer la sécurité alimentaire et l’équilibre social au Mali ».

Pour cela, un certain nombre de recommandations ont été formulées à l’intention des différents candidats à l’élection du Président de la république du 29 juillet 2018. Mais, en réalité, les Organisations de la société civile ont mis le doigt sur une dizaine de problèmes prioritaires à prendre à charge, avant de proposer sous formes de solutions des recommandations.

Manque de transparence dans la gestion des ressources allouées au secteur Agricole

Les Organisations de la société civile, ont dénoncé le manque de transparence dans la gestion des ressources allouées au secteur Agricole (opacité dans l’attribution des matériels agricoles, non fonctionnalité des organes de gestion du Fonds National d’Appui à l’Agriculture, absence de ligne budgétaire pour les femmes et les jeunes dans la loi des finances, coût de fonctionnement exorbitant etc.).

Pour faire face à ces problèmes, elles ont invité les candidats à s’engager à instituer une participation effective des Organisations Paysannes Agricoles et autres acteurs de la société civile dans le processus d’élaboration, de mise en œuvre et du suivi-évaluation des politiques, programmes et projets du secteur Agricole. Elles ont aussi demandé un engagement à prévoir une ligne budgétaire pour les femmes et les jeunes dans la loi des finances, concernant le secteur agricole.

Les organisations de la société civile, ont aussi pointé un doigt sur le non-respect de l’article 26 de l’arrêté interministériel N°2011-(5005/MEA-MATCL-MEF-MA-MEF-MDSSPA-SG du 8 Décembre 2011 qui accorde un quota spécifique d’au moins 15% des ressources du Fonds National d’Appui à l’Agriculture (FNAA) aux femmes, aux jeunes et groupes vulnérables bénéficiaires. Et, pour faire face à cette difficulté, elles ont exigé un engagement à appliquer à partir de 2019 l’article 26 de l’arrêté interministériel N°2011-(5005/MEA-MATCL-MEF-MA-MEF-MDSSPA-SG du 8 Décembre 2011 qui accorde un quota spécifique d’au moins 15% des ressources du Fonds National d’Appui à l’Agriculture (FNAA) aux femmes, aux jeunes et groupes vulnérables bénéficiaires.

Après avoir dénoncé l’évolution timide dans le transfert de compétences et de ressources dans le secteur Agricole aux Collectivités Territoriales, les Organisations de la société civile, ont invité les différents candidats à s’engager à rendre effectif le transfert des compétences et ressources de l’Etat aux Collectivités Territoriales dans le secteur Agricole.

Elles ont aussi tiré à boulet rouge sur l’inefficacité de la stratégie de mécanisation de l’agriculture. Et, ont proposé aux candidats de s’engager à élaborer et à mettre en œuvre à partir de 2019 un référentiel de stratégie de mécanisation de l’Agriculture adaptée aux besoins des Exploitants Agricoles Familiaux.

Partant de la faiblesse des actions dans la valorisation des chaines de valeurs (production, transformation et commercialisation) des produits locaux, les organisations de la société civile, ont demandé aux différents candidats de s’engager à prendre à partir de 2019 des mesures législatives pour la promotion des achats institutionnels et la consommation des produits locaux (riz, niébé, lait etc.) par les structures publiques et privées.

Convaincues du faible accès et l’ inadaptation des crédits agricoles aux Exploitants Agricoles Familiaux, les Organisations de la société civile ont proposé que les candidats s’engagent à la prise de mesures pour améliorer l’accessibilité géographique, alléger les conditionnalités d’octroi et réduire le taux d’intérêt de 24% à 4%, du crédit au profit des Exploitants Agricoles Familiaux.

En ce qui concerne les menaces liées au changement climatique, les Organisations de la société civile initiatrices du manifeste, ont invité les candidats à un engagement pour la promotion de l’agriculture intelligente (agroécologie, agroforesterie etc.) face au changement climatique. Mieux, elles ont demandé de tout mettre en œuvre pour favoriser l’accès des producteurs familiaux et de leurs organisations aux financements spécifiques liés au changement climatique.

Persistance de la spéculation foncière et de l’accaparement des terres


Après avoir dénoncé la persistance de la spéculation foncière et de l’accaparement des terres privant les Exploitants Agricoles Familiaux de leurs moyens de subsistances, les Organisations paysannes ont demandé aux candidats de s’engager à prendre des mesures idoines pour lutter contre l’accaparement des terres. A savoir, la mise en place des outils de sécurisation foncière au profit des Exploitants Agricoles Familiaux prévus dans la Loi sur le Foncier Agricole et diligenter la mise en place d’un cadastre et un guichet unique du foncier et la mise en cohérence les textes de gestion des terres aménagées et irriguées avec la Loi sur le Foncier Agricole(LFA) pour garantir les droits des Exploitants Agricoles Familiaux .

Les Organisations de la société civile ont aussi dénoncé le faible accès des femmes à la terre. Et, comme solution, elles ont invité les candidats à s’engager à prendre des mesures pour garantir le Respect du quota de 15% de terres aménagées de l’Etat et des Collectivités Territoriales au profit des groupements de femmes et jeunes.

Partant du constat de la faible fonctionnalité des Commissions Foncières (COFO), les Organisations de la société civile ont invité les candidats à s’engager à assurer la mise en place effective et le financement des Commissions Foncières (COFO) à travers la prise de l’arrêté interministériel annoncé à l’article 13 du décret de création des commissions foncières n° 09-11/PRM du 19 Janvier 2009.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Mots-clés : menunav

Les Plus lus

Agression du Journaliste Elhadji Hamidou Touré : Les Associations Faitières des journalistes réclament justice

« Cet incident intervient après de nombreuses agressions physiques et verbales à l’encontre des hommes de medias, s’ajoutant à la disparition depuis trois ans du confrère Birama Touré qui reste sans suite », indique la déclaration publiée. Lisez ! Déclaration de

Projet de loi d’entente nationale : « Une menace pour la paix,… »

Quarante sept organisations de défense de droits humains dénoncent le projet de loi d’entente nationale. Elles considèrent le document comme « une menace pour la paix, la réconciliation et les droits des victimes au Mali ». Lisez l’intégralité du communiqué

COFOP : « La tentative… de prorogation du mandat des députés, constitue une violation…de notre Constitution »

« La tentative solitaire et méprisante de prorogation du mandat des députés, constitue une violation majeure de notre Constitution et entame de manière significative la démocratie et la crédibilité de notre pays », indique la Coalition des forces patriotiques