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EAU ET ASSAINISSEMENT : Loin des priorités du Gouvernement ?

lundi 24 décembre 2018

Les secteurs de l’eau et de l’Assainissement au Mali, ne sont-t-ils pas loin des priorités du Gouvernement ? Le peu d’engagement de l’état à prendre ces secteurs à bras le corps afin de les gérer à la satisfaction générale de la population, crève les yeux.

Les statistiques ne sont pas en faveur du gouvernement malien. Elles l’accablent et prouvent à suffisance que si l’extérieur n’intervenaient pas, on ne parlera plus de secteur eau et assainissement au Mali. Comment comprendre que 97% des financements du secteur de l’eau, un secteur de souveraineté par excellence, proviennent de l’extérieur du Mali. Et, au même moment, la situation est tout aussi grave pour le secteur de l’assainissement qui est pris en charge à 89% par les financements extérieurs. Qui l’auraient cru ? En tout cas, ces chiffres occupent une place de choix dans le manifeste des organisations de la société civile en faveur de l’amélioration de la gouvernance, la lutte contre la corruption et remis aux députés lors d’une journée de plaidoyer et dont copie a été remis au Premier ministre le 18 octobre 2018.

Dans leur manifeste les organisations de la société civile ont clairement indiqué que « l’accès à l’eau potable, hygiène et assainissement constitue un facteur décisif pour le développement humain ». Pour cela, elles diront qu’il est un droit de l’Homme et contribue fortement à la réalisation des autres droits dont l’éducation et la santé.

Le Manifeste a rappelé que le Gouvernement du Mali a souscrit à plusieurs initiatives : les engagements de Ngor de 2015 dans le cadre de AFRICASAN visant entre autres à augmenter de manière constante chaque année le budget pour atteindre un minimum de 0,5% du PIB d’ici 2020 ; la priorisation de l’ODD n°6 « garantir l’accès de tous à l’eau et l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau » dans les politiques nationales de développement ; et accorder 5% du budget national à l’assainissement et l’eau dans le cadre de l’Assainissement et l’Eau pour tous (Sanitation and water for all-SWA).

Loin des 5% du budget national, l’état du Mali est passé à une allocation budgétaire annuelle de l’Assainissement et de l’Eau de 0,83% en 2015 à 1,23% en 2017. En ce qui concerne le taux d’accès à l’eau potable, il a progressé de 66,9% en 2016 à 68% en 2017, soit 65,3% en milieu rural et 74,7% en milieu urbain. L’état du Mali doit faire un effort exceptionnel du côté des latrines améliorées. Le nombre de ménages disposant de latrines améliorées est passé de 25% en 2015 à 30% en 2016. Dans ce cas les 70% des ménages restent abonner à la défécation à l’air libre, avec toutes les conséquences que cela comporte.

Les organisations de la société civile invite le gouvernement à améliorer dans l’urgence le cadre de dépenses à moyen terme (CDMT 2019-2021) de la Direction Nationale de l’Hydraulique qui n’est financé qu’à 28,60%, soit 42,646 milliards de FCFA.

La situation est pire du côté de l’assainissement. Le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT 2019-2021) de la Direction national de l’assainissement, du contrôle des Pollutions et nuisances, n’est financé qu’à 3,35% soit 3,47 milliards de FCFA.

Le Manifeste attire l’attention du Gouvernement sur le fait que les redevances de l’eau ne sont pas versées au niveau du Fonds de développement de l’Eau crée à cet effet alors que l’agriculture par exemple reste le plus grand consommateur des ressources en eau au plan national, avec un taux de 94,4%.

Pour corriger toutes ces incohérences, les Organisations de la société civile invite le gouvernement à augmenter le budget alloué au secteur de l’eau et de l’assainissement à 5% à l’horizon 2023. La proposition a été aussi faite de créer un Ministère unifié en charge du secteur de l’eau et de l’assainissement. En plus de l’accélération du processus de transfert des ressources et des compétences du secteur Eau potable Hygiène et Assainissement, de l’état aux collectivités Territoriales, le Gouvernement est invité à mettre en œuvre les engagements internationaux.

Assane Koné
ARC EN CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.