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Centre du Mali : le Mouvement ATEM attire l’attention sur la précarité de la situation

lundi 26 août 2019

Le mouvement ATEM porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que la situation socio-sécuritaire dans le centre du Mali et particulièrement dans la zone du Pays Dogon reste très préoccupante malgré les efforts du gouvernement à travers l’initiative de dialogue et concertation à la base et le déploiement progressif des forces de sécurités et de défense.

Le mouvement ATEM salue cette initiative à la base voulue par le gouvernement. Toutefois, le Mouvement regrette le constat d’exclusion de certaines couches et acteurs de la crise involontairement ou délibérément aux concertations et dialogues. Le mouvement ATEM invite le gouvernement à rendre plus inclusif le processus afin d’intégrer les points de vues de l’ensemble des populations vivantes dans le centre du pays pour la résolution totale et durable des conflits qui sont de nature multiforme et pluriels.

Les espoirs des populations du pays Dogon né de l’initiative gouvernementale ont été malheureusement anéantis par les multiples attaques dont le plus marquant est la destruction totale du village de Lampiara faisant plusieurs morts, blessés et déplacés, dans la commune de Socoura cercle de Bankass. Alors qu’au même moment, le Premier Ministre était en visite dans la région de Mopti. Un facteur davantage aggravant est que ces actes terroristes, n’ont même pas fait l’objet d’une condamnation officielle.

Au cours des trois dernières semaines, des attaques de villages se sont multipliées, avec pillages et exécutions de paysans et de bergers appartenant à la communauté Dogon. Plus d’une quarantaine de personnes ont été tuées, avec son lot de déplacés et de millier de têtes de bétails a été emporté.

Ce butin est consommé et vendu par ces terroristes leur permettant d’acheter des armes et de financer l’exploitation et la logistique de leur terreur, contre des populations qui sont, du reste, engagées dans la recherche de la paix, de la cohésion sociale intercommunautaire.

Plusieurs villages sont encore victimes d’un état de siège par des groupes armés terroristes peulhs dans le seul but d’entraver aux activités génératrices de revenus, avec entre autres pour finalité de les expulser hors de leur terroir. C’est ainsi qu’ils ont détruits les services sociaux de base (centres de santé, écoles, services de l’administration, etc.) dans plusieurs localités.

En somme, des populations qui sont « dans la recherche du vivre ensemble », un processus engagé par le Gouvernement, constate que celui-ci est et surtout en mal de mise en œuvre.

Pendant ce temps, le mouvement ATEM constate le désarmement systématique des groupes d’auto-défense des villages par les FAMA alors même qu’elles ne sont pas en mesure d’assurer la sécurité des villages désarmés. Le cas le plus dramatique est celui de Djoundioulou, dans la commune de Doucombo, cercle de Bandiagara. Après avoir été désarmé par les FAMA, la veille de la fête de Tabaski 2019, trois jours après tout le village a été décimé par des groupes terroristes Peulhs.

Le MOUVEMENT ATEM s’incline devant la mémoire de toutes les victimes innocentes de cette crise quel que soit leur communauté d’appartenance.

Le mouvement ATEM proteste et condamne de telles pratiques de la part des FAMA dont la mission est, à sa compréhension, la protection des personnes et de leurs biens.

Le mouvement ATEM interpelle les Nations Unies à travers la MINUSMA, l’Union Européenne et singulièrement la France, pour faire face au grand risque d’épuration ethnique programmée visant la communauté Dogon, sachant que de nombreuses conventions internationales protègent les minorités ethniques.

Le Mouvement interpelle également les organisations d’assistance humanitaires sur la gravité de la situation humanitaire dont les cas les plus dramatiques sont ceux des villages assiégés dans les communes de Mondoro et Dioungani et ce, depuis 2016. Cette situation a engendré plusieurs centaines de victimes sans véritablement être prises en charge, ni par le Gouvernement du Mali, encore moins par la MINUSMA et les organisations humanitaires.

Divers solutions ont été proposées et mises en œuvre par le gouvernement et d’autres organisations. Il n’en demeure pas moins que les problèmes persistes et sont même aggravants.

Pour sortir du cycle infernal de tueries, de vols de bétails, de déplacement de masse danslequel le pays Dogon est plongé, le mouvement ATEM :

• exhorte le gouvernement à continuer avec le processus de dialogue en le rendant plus inclusif et plus soutenu dans le temps. Ceci passe prioritairement par l’identification des groupes armés qui s’affrontent, en initiant des discussions directes entre groupes armés avec comme maitre d’œuvre les autorités coutumières, politiques, religieuses et administratives légitimes des différents terroirs ;

• exige la protection de toutes les populations et de leurs biens. A court terme, un meilleur redéploiement et une formation continue des FAMA. A moyen terme, un recrutement d’un personnel militaire dédié exclusivement à la sécurité de la région de Mopti ;

• sollicite les organisations humanitaires à une plus grande mobilisation de ressources financières, matérielles et humaines pour faire face aux besoins des services sociaux de base mais surtout à la prise en charge des besoins quotidiens alimentaires et sanitaires des populations qui ont tout perdu. Cette solution pourra se concrétiser par la création davantage de centres ayant les commodités humanitaires répondant aux normes internationales et donc en plus sécuritaires.

Le Mouvement ATEM réitère son engagement de rassembler toutes les communautés vivantes au pays Dogon autour de nos valeurs ancestrales qui garantissent notre identité collective et la cohésion sociale, fondement nécessaire et indispensable à la préservation de l’intégrité et de l’unité de notre pays.

Fait à Sévaré, le 20 août 2019
Le Président de la Coordination
Sidi ONGOIBA

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.