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Album "Né So" : Dans la maison de Rokia Traoré

jeudi 2 janvier 2020

La chanteuse et auteure-compositrice et Rokia Traoré tisse des ponts entre les cultures et les peuples. La Philharmonie lui consacre un week-end spécial du 4 au 6 janvier.

La France l’avait découverte à Angoulême en 1997 au Festival Musiques Métisses. Depuis : six albums et une fondation pour la création au Mali, la Fondation Passerelle. L’artiste malienne Rokia Traoré dessine les contours d’un style musical unique, nourri de la connaissance des griots (qui déclament depuis sept siècles les épopées de l’Empire Mandé) autant que de nombreuses références musicales blues et jazz, à l’instar de Billie Holiday ou Miriam Mekeba. La Philharmonie de Paris consacre trois jours de concerts à la chanteuse et musicienne malienne Rokia Traoré, du 4 au 6 janvier 2020. Son dernier album, "Né So" (2016) signifie "ma maison" en langue bambara : l’occasion pour l’artiste d’exprimer la douleur de manquer d’un chez-soi, une faille qu’elle rattache à son enfance passée à voyager. L’autre versant de cette question est l’importance primordiale du métissage dans sa musique.

Le deuxième concert qu’elle présentera relève plus du spectacle de grande envergure : il s’agit de Dream Mandé Djata, une fresque présentée en Avignon en 2017, dans laquelle elle déclame l’épopée de Sundjata Keita, l’empereur qui unifia l’Empire du Mali et lui donna sa première Constitution, dans une forme ancestrale. Elle a complété le mythe, transmis depuis sept siècles par les griots, avec le fruit de recherches historiques récentes. Avec nous, elle rappelle combien le terme de "griot" ne reflète rien de sa complexité, selon le système mandingue des nyamakala. Il s’agit de castes professionnelles qui datent d’avant l’arrivée de l’islam au Mali. Aux côtés des forgerons, les griots sont détenteurs de la parole, des récits fondateurs. C’est d’ailleurs l’une des griottes les plus célèbres, Bako Dagnon, qui a travaillé avec la chanteuse.

Plus je découvrais [cette histoire], plus elle m’intéressait. Cette partie de l’Afrique a été fortement préservée grâce à une organisation dans le milieu culturel et artistique, qui n’a pas d’égal aujourd’hui. [...] L’intérêt pour tout ça m’a construite et a construit ma carrière, au fil du temps.
(Rokia Traoré)

La réalité est que nous n’avons jamais écrit cette histoire, elle a été racontée par le colon qui est arrivé et l’a comprise comme il l’a pu. L’histoire - peu importe d’où elle est - même quand elle est écrite, elle est très manipulée. Quand elle est écrite, il y a des parties qu’on cache, qu’on raconte moins, selon le point de vue. Dans un pays, on raconte ce qui est glorieux, et en dehors du pays, d’autres vont parler de ce qui l’est moins. Et c’est ce privilège que l’Afrique n’a pas eu. On n’a parlé que d’un aspect de l’histoire d’Afrique qui réduisait le continent à l’endroit où habitaient des gens dans le besoin.
(Rokia Traoré)

Rokia Traoré rappelle combien la musique occidentale a été marquée par la musique africaine, dans la mesure où le chant a été la seule façon pour les esclaves de préserver leur culture, "la seule liberté possible".

Les arts et la culture sont très utiles en Afrique pour reconstituer ce qu’il y avait avant, et l’évolution de ce continent en-dehors de la colonisation.
(Rokia Traoré)

https://www.franceculture.fr/emissi...

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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