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Violences sexuelles : l’histoire de la Saint-Valentin est loin d’être romantique

mercredi 14 février 2018

Loin de l’image du dîner aux chandelles et des mots doux, la Saint-Valentin a longtemps été célébrée par des viols et des violences faites aux femmes.

Qu’est-ce que la Saint-Valentin ? "Une fête commerciale", répond Alya. "La fête des gens qui s’aiment", rétorque Catherine. "Un jour comme un autre", tranche Alex. Depuis une soixantaine d’années, le 14 février est tantôt considéré comme conformiste et dépassé, tantôt perçu comme une occasion de montrer son affection à l’être aimé.

A travers le monde entier, des amoureux s’offrent des fleurs, de la lingerie ou des mots doux. Ils ignorent, pour la plupart, les sombres prémices de cet événement. Pourtant, à l’heure de #MeToo et de #BalanceTonPorc, cette tradition résonne plus que jamais avec un passé où violences sexuelles et sexistes étaient normalisées.

Viols collectifs et chasse aux femmes

"Saint-Valentin n’y est pour rien dans la création de cette fête. Son histoire est une légende créée de toute pièce", prévient Jean-Claude Kaufmann, auteur de Saint-Valentin, mon amour !. "Le 14 février correspond à la date de sa mort. Ce jour a été repris plus tard par les autorités morales et religieuses pour lutter contre ces festivités", résume le sociologue.

Et pour cause, lorsque l’Église commence sa guerre aux "fêtes de février", ce ne sont pas des bouquets de fleurs que les hommes offrent aux femmes, mais des coups de fouet. L’objectif, disent-ils alors, est de les rendre plus fécondes et de les purifier en frappant leurs corps nus. "Ces célébrations étaient très violentes vis-à-vis des femmes", note le chercheur, citant les "fêtes de l’ours" des régions boisées du continent.

Dans cette Europe médiévale, les hommes se déguisent chaque année en ours pour "chasser" les femmes sur les places publiques afin de les amener dans leur "tanière" pour leur faire subir toutes sortes de choses, dont des viols. Plus que toléré, ce type d’agissement est alors perçu comme une évolution positive des célébrations de février, la tradition précédente étant plus tournée vers le viol collectif des jeunes filles.

"Avant les fêtes de l’ours, il n’était pas rare que de jeunes hommes désignent une "ribaude" [débauchée], accusée d’avoir adopté une attitude séductrice -en souriant, par exemple. Ils se rendaient donc chez elle la nuit et s’arrogeaient le droit de pénétrer de force dans sa chambre pour la violer. Ils repartaient en lui laissant une poignée de pièces, symbole de sa nouvelle vie de prostituée", raconte le professeur. Selon l’historien Jean-Louis Flandrin, près d’un jeune homme sur deux participait à des viols collectifs, sans être jamais sanctionné. "La culture du viol est un héritage direct de ce passé", analyse Jean-Claude Kaufmann.

De l’ours à l’ourson en peluche

Les XVe et XVIe siècles sonnent heureusement le glas de ces terribles traditions. La Saint-Valentin vit un tournant poétique. Poème, dessin... Les hommes commencent à créer des oeuvres pour déclarer leur amour à leurs Valentines. "Les rapports amoureux sont redéfinis", selon Jean-Claude Kaufmann, pour qui l’histoire de la Saint-Valentin est aussi celle de "l’apprentissage du respect des femmes" à travers les siècles.

Bien que les rapports entre les sexes se soient pacifiés, l’Église n’a pas dit son dernier mot. Elle poursuit sa chasse aux derniers "ours", allant jusqu’à abattre littéralement ces animaux lors de battues. Les bêtes sont également tournées en dérision sur la place publique. Moquées, réduites à faire des pitreries au marché, elles perdent leur image sexuelle forte -au point de devenir plus tard l’ourson en peluche que les amoureux s’offrent le 14 février. Bien incrustées dans les traditions en France, ces célébrations disparaissent cependant du calendrier européen au XIXe siècle quand l’Église pousse les autorités à mettre à l’amende les Valentins.

Alors qu’elle s’efface en Europe, la fête réapparaît de l’autre côté de l’Atlantique, où l’importation de cartes britanniques fait émerger un nouveau marché. "Les Américains ont eu l’impression d’inventer une nouvelle fête. Les industriels s’en sont immédiatement emparés pour en faire un commerce, qui a généré des milliers d’emplois", explique Jean-Claude Kaufmann.

Il faut attendre l’après Seconde Guerre mondiale pour que la Saint-Valentin réapparaisse en Europe, notamment en France où les soldats américains, toujours stationnés dans les bases militaires, tentent de séduire les Françaises en leur achetant des fleurs. Et ça marche. Les fleuristes flairent le filon dès les années 1950-1960 et la fête revient sur ses terres natales, avant de se diffuser dans le monde entier.

Interdite dans une trentaine de pays

Aujourd’hui internationale, la Saint-Valentin continue tout de même de faire grincer des dents dans une trentaine d’États, où elle est réprimée. En Arabie Saoudite, la police religieuse patrouille chaque 14 février, à l’affût du moindre petit ours en peluche. Dans d’autres pays, le rouge est proscrit tout au long de cette journée. Dans certaines régions d’Inde, des groupes extrémistes hindous veillent à ce que les jeunes femmes ne flirtent pas aux terrasses des cafés.

Comme le décrit Le Monde, le Cambodge a récemment décidé d’installer des patrouilles aux abords des hôtels bon marché, où les jeunes couples peuvent passer trois heures moyennant quelques billets. Le ministère de l’Éducation a même mis en place des examens le 14 février pour que les lycéens cessent de sécher les cours. Les autorités savent que depuis quelques années, la Saint-Valentin est devenue l’occasion pour les jeunes filles de perdre leur virginité. Ce que beaucoup font, non sans pression.

En 2014, près de la moitié des Cambodgiens âgés de 15 à 24 ans révélaient leur intention de coucher à la Saint-Valentin, que leur partenaire soit consentante ou non. "Cela ne signifie pas que les garçons ont tous l’intention de violer leur partenaire, mais qu’ils tentent par tous les moyens d’arriver à leurs fins ; en promettant à la jeune fille un bijou, en la conduisant à l’écart de la ville ou en la faisant boire", dit l’analyste à l’origine de cette étude au Monde.

En 2017, le ministre de l’Éducation a même été jusqu’à alerter les jeunes gens, mettant en avant, non pas le consentement, mais le respect des valeurs traditionnelles. "S’acheter des fleurs les uns les autres, c’est bien, mais si c’est une manœuvre pour aller au-delà de l’amitié et que ce geste conduit à perdre sa virginité, cela viole notre culture."

Par Emilie Tôn
www.lexpress.fr

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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