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Rôle des médias pendant la Transition : Des professionnels maliens se prononcent

lundi 13 juin 2022

Rôle des médias en cette période de transition ? Le Point de vue des acteurs médiatiques sur la réussite de la transition ? L’impact des médias sur la transition ? Les acteurs médiatiques ont ils leur mot à dire sur la transition ? Les conseils donnés aux confrères en cette période de Transition. Ce sont là autant de questions abordées par des journalistes maliens à qui nous avons bien voulu tendre notre micro. Lisez leurs réponses !

Rôle des médias en cette période de transition

« La transition est considérée comme une période de crise. A cet effet, les médias ont un rôle crucial à jouer. Ils doivent jouer un rôle d’apaisement pour ne pas accentuer la crise », selon Mr Harber Maïga, Directeur de publication du journal Azalaï Express.

Pour Mr Abdrahamane Sissoko, Directeur de publication du Journal le Wagadou, « quand on prend la définition du journalisme c’est un métier qui impose à celui qui l’exerce de rapporter les faits et rien que les faits ». En temps normal, les médias ne doivent jamais faire de parti pris. Les média doivent travailler pour l’apaisement du climat social, essayer d’arrondir les angles, ne pas enflammer le débat public, travailler toujours à informer l’opinion sans être dans l’exagération, sans ajouter ni enlever une partie des faits. « Je veux dire simplement que les médias doivent travailler uniquement avec les principes de leur métier, c’est-à-dire l’équité, la déontologie et l’impartialité », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’ils ne doivent jamais sortir de ces balises, en temps normal, comme en temps de crise. Quand un journaliste sort de ces balises, il va contribuer à mettre de l’huile. Et, cela n’est nullement le rôle des médias dans un temps normal a plus forte raison pendant une période de transition.

De son côté, Madi Hawa Kébé, Directeur de publication du journal le Jour, a estimé que le rôle des médias pendant cette transition au Mali est prépondérant dans la consolidation de la paix et de la cohésion sociale entre les citoyens. Selon lui, les médias sont considérés comme un maillon essentiel et doivent relayer des informations saines, crédibles, justes et équitables.

« La presse a traditionnellement pour mission de veiller à ce que l’état marche sur des principes républicains et démocratiques. Mais, pour cela, il faut que chacun joue son rôle pour que le pouvoir arrête le pouvoir », a déclaré Mr Alexis Kalambry, directeur du journal Mali tribune.

Pour sa part, Mme Ramata Diaouré, Journaliste, est formelle : « les médias ont toujours le même rôle, quel que soit le contexte : rechercher l’information, la traiter après vérification et la mettre à la disposition du public ».

Point de vue des acteurs médiatiques sur la réussite de la transition
Pour Mr Traoré Harber, la transition intervient toujours après la rupture de l’ordre constitutionnel. « Donc c’est une période d’incertitude qui demande beaucoup d’attention. La réussite d’une transition dépend en premier lieu du respect des engagements pris par les autorités. Et deuxièmement, il faut que sa gestion soit la plus inclusive possible afin que toutes les composantes de la société soient impliquées pour une sortie de crise », a-t-il déclaré.

De son côté, Mr Kalambry a estimé que les acteurs de la presse doivent aider les populations à comprendre les raisons profondes de la crise. « Et, ensuite, ils doivent par leurs actions et initiatives d’articles, aider ceux qui gèrent la transition à faire ce qu’ils ont promis dans le cadre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG) », a-t-il ajouté. Avant de dire que dans le contexte malien, les acteurs de la presse doivent suivre la mise en œuvre des recommandations des assises nationales de la refondation.

Quant à Mr Madi Hawa Kébé, pour que la transition Malienne réussisse, il a suggéré que les autorités doivent œuvrer à unir le peuple autour des Idéaux de la refondation pour un Mali nouveau. « C’est à cette seule condition que la Transition pourra être bénéfique pour le Mali », a-t-il ajouté.

Pour sa part, Mr Abdramane Sissoko a estimé que les autorités de la transition doivent travailler à sortir rapidement le Mali de cette transition. Et, pour cela, il a conseillé aux autorités de transition de donner rapidement un chronogramme par rapport aux élections parce qu’une transition n’a pas pour vocation de durer.

« En tant que Malienne, je ne peux que souhaiter la réussite de la transition. Cela n’est pas géré par la profession, mais par mon souhait de voir mon pays progresser dans la paix », a ajouté Mme Diaouré Ramata.

L’impact des médias sur la transition

« Par leur mission traditionnelle d’information et de sensibilisation des populations, leur pouvoir, les médias peuvent être mis à contribution pour relayer les informations tendant à rassurer les populations », a déclaré Mr Harber Traoré. Selon lui, les médias peuvent aussi influencer les décisions des autorités de la transition. « Mais lorsque leurs missions sortent de leur cadre normal en cette période, les médias peuvent devenir des radios "1000 collines" comme ce fut le cas au Rwanda », a-t-il indiqué.

Quant à Mr Alexis Kalambry, il a affirmé que les médias ont forcément un impact sur la transition, parce que c’est le corps organisé qui permet d’abord à toutes les couches sociales de se parler mais également de donner leurs points de vue, de s’exprimer et de donner leurs opinions. Selon lui, la presse est surtout importante en, temps normal qu’en tant de crise, surtout une crise qui amène la désorganisation sociale.

Pour Mme Diaouré, « Les médias n’ont pas un impact particulier sur la transition tant qu’ils restent professionnels. Mais, quand ils sont partisans, cela constitue un véritable danger. « Je ne citerai pas d’exemples nominatifs, mais quand un organe ou un journaliste est aligné pour des intérêts économiques ou politiques, quand il vend sa plume ou son micro, il est partisan et donc non crédible. Il déséquilibrera le traitement de l’information au profit de son sponsor. Ce n’est pas notre métier ça », a-t-elle ajouté.

Mr Abdramane Sissoko, Directeur de Publication du Journal Wagadu, est convaincu que dans le contexte actuel du Mali, « les médias ont un impact sur la transition actuelle pour la simple raison que les autorités actuelles de la transition donnent l’impression de bouder les médias ». Selon lui, la remarque a été faite parce que depuis qu’elles sont venues, elles n’ont eu aucun respect pour les médias traditionnels notamment la presse écrite, la radio et la télévision. « En plus du refus de l’octroi de l’aide à la presse, les autorités de la transition, n’appellent même plus les journalistes pour leur faire part des grands sujets de la nation. Vraiment, les autorités actuelles de la transition se moquent des medias », a-t-il estimé.

De son côté, Mr Mady Hawa Kébé est convaincu que comme tout autre pays dans le monde, les médias ont un impact direct sur le développement socio-économique d’un Mali engagé dans un processus de transition. Pour cela, il invite les autorités actuelles de la transition à travailler main dans la main avec la presse pour faire avancer les lignes, pour la simple raison que seuls les médias peuvent mobiliser la population et l’opinion publique.

Les acteurs médiatiques ont ils leur mot à dire sur la transition ?

Absolument. Selon Mr Harber Maïga, ils sont partie prenante de la société civile et issus du peuple qu’ils sont sensés servir à travers leur mission de service public.

« Les acteurs des médias ont bien sûr leur mot à dire sur la transition à travers la vraie information, ce qui va bien, ce qui ne va pas, les problèmes, les scandales, les avancées etc. », a estimé Mme Ramata Diaouré, Journaliste.

De son côté, Mr Madi Hawa Kébé, pense qu’en période de crise dans un pays comme le nôtre, les médias doivent être impliqués dans tous les processus de la refondation. « Oui, ils ont leur mot à dire. Je le résume de la façon suivante : donner la bonne et saine information au peuple et aux autorités de la transition conformément aux principes fondamentaux du journalisme », a-t-il déclaré. Avant de dire que les médias doivent continuer à dénoncer les dérives et les allégations qui se font à longueur de journée par certains qui jouent souvent à la diversion pour faire oublier aux autorités de la transition l’essentiel.

Conseils aux autres confrères en cette période de Transition

« Si conseil il y a à donner aux confrères, c’est d’œuvrer à apaiser les populations. Veiller à dénoncer les tentatives d’atteintes aux libertés individuelles et enfin d’accompagner les autorités de la transition dans le sens d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel », a déclaré Mr Harber Maïga de Azalaï Express.

Pour sa part, Abdramane Sissoko, a indiqué en guise de conseil qu’il invite les confrères à respecter les principes du métier : l’éthique et la déontologie. Selon lui, cela doit être la boussole de tous les journalistes « Je demande aux journalistes de faire extrêmement attention et faire recours à l’autocensure, en ayant à l’esprit que le bon journaliste est un journaliste qui est vivant », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter qu’il ne sert à rien de jouer aux héros qui va avoir des conséquences fâcheuses.

« Je donne toujours le même conseil. Pour se dire journaliste, il faut être professionnel et respecter l’éthique et la déontologie de notre métier. Nous ne sommes ni des juges ni des avocats, encore moins des publicitaires et des propagandistes », a précisé Mme Ramata Diaouré.

Pour sa part, Mr Madi Hawa Kébé a conseillé ses confrères et consœurs d’exercer ce beau métier avec courage, détermination et surtout avec professionnalisme. « Nous avons un rôle important à jouer dans ce pays. Nous devons prôner également en cette période de crise, le journalisme sensible au conflit, gage d’une stabilité sociale et la promotion d’une paix durable dans notre pays », a-t-il ajouté.

Il faut Noter que le Mali traverse une période de transition depuis le 24 Mai 2021 et que toute propagande de la part des médias ne contribuerait qu’à mettre de l’huile sur le feu.

Issa Daou

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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