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REGION DE DOUENTZA : Que s’est-t-il réellement passé à Bounty ?

lundi 11 janvier 2021

Est-ce que les frappes de l’armée française ont touché des populations civiles par erreur, notamment des femmes et des enfants ? Est-ce qu’en voulant frapper un groupe armé terroriste, les français ont commis une bavure ? Si les victimes sont des éléments d’un groupe terroriste, pourquoi la jeunesse de l’Association Peulh « Tabital Pulaaku » a dénoncé la tuerie de victimes civiles (avec liste à l’appui), et qui célébraient un mariage ? Et, pourquoi l’armée française et l’armée malienne ont tardé à communiquer sur cet évènement ? Se sont-là des questions qui ne pourront avoir leur réponse qu’à l’issue d’une enquête.

Malgré les communiqués de l’Etat major de l’Armée française et du Ministère de la défense et des Anciens combattants du Mali, l’Association Tabital Pulaaku est toujours convaincue qu’à Bounty, ce sont des civils qui ont été tués le dimanche 3 janvier 2021 dans un bombardement d’avion.

Immédiatement, après les incidents de Bounty, plusieurs versions ont circulé. Des voix non officielles se sont levées pour dénoncer et condamner la tuerie de civils, notamment des femmes et des enfants. Des chiffres effarant ont même été avancés par certaines sources qui ont regretté au moins une centaine de tués. Mais, du côté de la Jeunesse de l’Association Tabital Pulaaku, l’on semble être plus précis. Selon son Président Mahamadoun Dicko que nous avons joint au téléphone, « ce sont des civils qui ont été tués à Bounty », a-t-il déclaré. Précis, il dira que c’était lors du mariage de Allaye Hama Iddara et Aïssata Alou Diallo. En ce qui concerne le raid, il dira qu’il a eu lieu à environ 1 km du village de Bounty dans le champ de Hama Iddara, le père du marié. Et, d’ajouter que parmi les 19 morts, seulement deux étaient identifiables à travers leurs corps. Selon lui, ce sont Boura Iddara et Oussou Binguel. Il dit que le raid a occasionné 7 blessés graves qui ont été admis dans les structures sanitaires.

Mais, que ce soit du côté de l’Armée malienne ou de l’Armée française, ce sont bel et bien des membres d’un groupe armée terroriste dans la région de Douentza qui été neutralisés.

L’Armée française annonce la neutralisation d’une trentaine de terroristes

« Frappe contre un rassemblement de membres d’un groupe armé terroriste dans la région de Douentza », a déclaré l’Etat major de l’Armée française dans un Communiqué publié le 7 janvier 2021. Selon ce communiqué « le 3 janvier, la Force Barkhane a procédé à une unique frappe contre un groupe armé terroriste (GAT) dans la région de Douentza, un kilomètre au nord du village de Bounti ». Et d’ajouter que « cette neutralisation a été conduite conformément aux principes de ciblage en vigueur, dans la stricte application du droit des conflits armés ». Avant de préciser qu’ « aucun hélicoptère n’a été engagé au cours de cette action de combat ».

Pour l’armée française, « les allégations consécutives à la frappe relèvent de la désinformation ». Et, d’ajouter qu’« aucun dommage collatéral, aucun élément constitutif d’un rassemblement festif ou d’un mariage n’a été observé ». Précision pour précision, l’armée française a indiqué que « le dimanche 3 janvier dans l’après-midi, s’appuyant sur une manœuvre renseignement s’étalant sur plusieurs jours, la Force Barkhane a opéré dans la région de Douentza, zone caractérisée par la présence et l’action de groupes armés terroristes (GAT) ». Selon elle, ce secteur abrite des éléments de la katiba SERMA, qui y dispose d’emprises logistiques qui servent également à l’instruction, au maniement des armes et à la confection d’engins explosifs improvisés. « Ces GAT y commettent régulièrement des actes terroristes à l’encontre des FAMa (forces armées maliennes) et des populations civiles », a dit le communiqué. Avant de faire une précision de taille. « Dans cette zone, plus d’une heure avant la frappe, un drone REAPER a détecté une moto avec 2 individus au nord de la RN16. Le véhicule a rejoint un groupe d’une quarantaine d’hommes adultes dans une zone isolée. L’ensemble des éléments renseignement et temps réel ont alors permis de caractériser et d’identifier formellement ce groupe comme appartenant à un GAT », a précisé le communiqué, qui a ajouté que « l’observation de la zone pendant plus d’une heure et demie a également permis d’exclure la présence de femmes ou d’enfants ».

Dans son Communiqué l’Etat major de l’Armée française a indiqué que « compte tenu du comportement des individus, des matériels identifiés ainsi que du recoupement des renseignements collectés, il a été ordonné à une patrouille d’avions de chasse - alors en vol - de procéder à une frappe ciblée à 15h00 locale ». Et d’ajouter que « la frappe (trois bombes) est localisée en 30 PWB 4436 83140, à plus d’un kilomètre au nord des premières habitations de Bounti. Il s’agit d’un espace ouvert et semi-boisé ».

Selon le Communiqué, « cette action de combat mettant en œuvre un drone REAPER et une patrouille de deux Mirage 2000 a permis de neutraliser une trentaine de GAT ». Et, l’Etat major de l’Armée française dans son communiqué est formel. « Les éléments disponibles, qu’il s’agisse de l’analyse de la zone avant et après la frappe, comme de la robustesse du processus de ciblage, permettent d’exclure la possibilité d’un dommage collatéral », a déclaré le Communiqué.

« L’environnement observé n’a montré ni scène de mariage, ni enfants ou femmes », selon l’armée malienne

Mais, avant l’armée française, le 6 janvier 2021, le Ministère de la défense et des anciens combattants, sous la plume de son Secrétaire général, le Général de Brigade Souleymane Doucouré, a donné la version des autorités maliennes.

D’abord, il a informé l’opinion nationale et internationale qu’une opération conjointe FAMa-Barkhane-FC G5 Sahel, dénommée « Eclipse » est en cours afin de neutraliser les Groupes Armés Terroristes (GAT), dans la zone des trois frontières. Avant de soutenir qu’ « au cours dune mission de surveillance de cette zone, des mouvements individuels, suivis de regroupement d’une cinquantaine d’individus ont été observés le dimanche 03 janvier 2021, vers onze heures. Ce regroupement ne comprenait ni de femmes ni enfants. Par la suite, un motocycliste armé s’ajouta au regroupement, puis un véhicule pick-up ».

Ce voulant très précis, le communiqué dira qu’ « aux environs de treize heures, ces éléments de la Katiba Serma, vêtus de la même façon, ont formé trois groupes. Ce regroupement de combattants, principaux auteurs d’attaques et de poses d’Engins Explosifs Improvisés (EEI) sur la RN 16, principalement entre Douentza et Hombori, ont été qualités d’objectif militaire et l’intervention aérienne sollicitée par le Poste de Commandement Conjoint ».

Le communiqué a indiqué que « les frappes aériennes effectuées par un mirage 2000 sur ledit objectif ont fait un bilan d’une trentaine de GAT neutralisés selon les images de la mission d’observation et de surveillance ». Avant d’ajouter que « vers dix-sept heures, un groupe de villageois et d’hommes armés en véhicule pickup et motos, sont arrivés sur site et ont procédé à l’inhumation des morts. Les motocyclistes et les véhicules pick-up ont récupéré les blessés avant de partir dans des directions différentes ».

Selon le Ministère de la Défense, « l’environnement observé n’a montré ni scène de mariage, ni enfants ou femmes. Tous les renseignements recueillis en direct justifiaient que les cibles neutralisées étaient des objectifs militaires confirmés ». Et, comme le dira un jour après l’Etat major de l’Armée française, le Communiqué malien a indiqué que « la zone comprise entre Hombori et Douentza est bien connue comme zone d’influence active de la Katiba Serma du Rassemblement pour la Victoire de l’Islam et des Musulmans (RVIM) qui y dispose de plusieurs Merkaz, centres d’entrainements, ateliers de confection EEI principalement à l’intérieur du triangle Dalla, Nokara et Kerena qui est l’épicentre de l’idéologie salafiste terroriste dans la zone ».

Qu’à cela ne tienne, le Communiqué a clairement indiqué l’engagement du Ministre de la Défense et des Anciens Combattants au strict respect des Droits de l’Homme et du Droit International Humanitaire, et dans sa mission régalienne de protection des populations et de leurs biens. Pour cela, il a annoncé l’ouverture d’une enquête par les services compétents pour mieux comprendre ce qui s’est passé.

Malheureusement, ces deux sorties n’ont pas calmé l’ardeur de l’Association Tabital Pulaaku qui continue de soutenir mordicus que toutes les victimes de Bunty sont des civils qui participaient à un mariage. Abou Sow, Président de l’Association Tabital Pulaaku, joint au téléphone, annonce un communiqué dans ce son pour les jours à venir.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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