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Projet migrant : Pour offrir des alternatives aux jeunes pour retarder les départs

mercredi 26 décembre 2018

Apporter des informations aux personnes qui souhaitent ou se préparent à migrer sans visa, notamment les jeunes ; Informer les éventuels candidats sur les dangers associés à la migration irrégulière pour les aider à prendre des décisions en connaissance de cause ; Fournir aux candidats des informations sur les autres alternatives et possibilités autres que la migration irrégulière. Tels sont entre autres les objectifs recherchés par le projet migrant depuis sa création le 16 septembre 2018. Ce projet de 4 mois prendra fin le 31 décembre 2018.

« La migration est un phénomène aussi vieux que le monde. Le développement ne va pas empêcher la migration. Mais au moins, lorsqu’il y a des alternatives qu’on offre aux jeunes on peut dans ce cas retarder les départs en leur donnant des perspectives », a constaté Dr Bréma Ely Dicko, coordinateur du projet migrant. Il a ajouté qu’à cause de difficultés économiques, climatiques et sociales, beaucoup de jeunes du Mali partent à l’immigration par les voies irrégulières. Selon lui, ce sont essentiellement des jeunes de la région de Kayes. Mieux, il a estimé que le plus souvent ce sont ceux qui n’ont pas été informés sur les dangers de la migration irrégulière. Mais, qu’à cela ne tienne, il dira qu’ils ont pour dénominateur commun la qualité d’être des jeunes qui n’ont pas de perspectives et d’alternatives.

« Lorsque l’horizon s’assombrit. Nombreux sont ceux qui pensent que demain pourra être pire qu’aujourd’hui. La migration devient pour nombre de jeunes une alternative », a-t-il révélé. Avant d’estimer que face à cela, les gens s’engagent dans les projets migratoires sans prendre en compte tous les risques qu’ils peuvent courir, notamment sur les voies irrégulières. Or, il a estimé qu’il y a beaucoup de choses à faire chez nous. Par exemple, il a proposé d’investir dans l’agriculture et dans la formation professionnelle des jeunes. « En faisant cela, on peut contribuer à réduire la migration », a-t-il déclaré. Selon lui, ce sont des étrangers qui occupent beaucoup d’emplois au Mali, notamment dans les secteurs de la couture (tailleurs) et de la restauration.

« Nous ne pouvons pas lutter véritablement contre le phénomène de la migration irrégulière, si les vrais acteurs qui ont été victimes ne témoignent pas », a-t-il martelé.

A l’endroit des jeunes, il a lancé un message. « La migration est un droit. Partir est un droit. Mais lorsqu’on doit partir, il faut s’informer sur les conditions de voyages, d’accueils et de voir les opportunités légales de migration dans la sous région », a-t-il estimé. Pour cela, il dira que le projet migrant qui s’est doté d’une ligne d’assistance téléphonique (92 57 74 14), est une véritable opportunité pour les jeunes.

« Les droits des migrants ne sont pas respectés au Mali et dans les autres pays d’accueils. Il y a des conventions que les pays ont signées, notamment le nôtre qui a ratifié toutes les conventions en matière de protection des personnes et de leurs biens, afin de lutter contre les traites des personnes et de leur bien, mais ces lois sont méconnues », a-t-il révélé.

Selon son coordinateur, le projet a mené plusieurs actions : la consultation individuelle, face à face avec les candidats potentiels à Bamako, Gao et à Ménaka. A ce jour, il a indiqué qu’ils ont, en face à face enregistré plus de 200 000 personnes. En plus, il dira que le projet a organisé des évènements communautaires, notamment, la journée de sensibilisation, une caravane à Bamako à travers laquelle, au moins 3600 personnes ont été touchées. En ce qui concerne la ligne d’assistance, il dira que plus de 160 personnes ont été enregistrées. A cela s’ajoute leur participation à des conférences et à la journée d’hommage aux victimes de l’immigration.

L’immigration irrégulière sans dangers n’existe pas

Agaichatou Dicko, conseillère de bouche à oreille (BAO) des migrants potentiels, a mis l’accent sur la sensibilisation des femmes (mères). « Les mamans ont un rôle important à jouer. Quand dans la famille les mères souffrent (manque de moyens), si l’enfant vois cela et constate qu’il ne peut rien faire, souvent, il est obligé d’abandonner ses études pour aller chercher le pain quotidien. Et cela, en empruntant la voie irrégulière qui rime avec les dangers », a-t-elle déclaré.

Selon elle, le projet a mis en place des actions de sensibilisation pour informer les étudiants et élèves sur la réalité et les dangers de la migration irrégulière en vue de les proposer des alternatives telles que les opportunités de bourses. Elle a fait savoir que, la pauvreté, le manque d’emploi, le stress, les facteurs sociaux, la pression familiale ou la négativité des collègues, sont entre autres, des facteurs sociaux qui poussent les jeunes à abandonner les études pour la migration. Elle a lancé un message vibrant à l’endroit des femmes. Selon elle, quelques soient les difficultés, elle a invité les femmes à ne pas mettre la pression sur leurs enfants, car les jeunes n’ont pas les mêmes chances. De les laisser étudier parce que tôt ou tard, ils auront des opportunités meilleures.

« L’argent qu’ils dépensent pour emprunter la voie irrégulière, avec le soutien familial, ils peuvent créer de petites entreprises, des activités génératrices de revenus qui pourraient les aider à avancer », a-t-elle laissé entendre.

En tant qu’agent de terrain, elle dira que les vrais réalités depuis 4 mois à peu près, tout ce qui se passe il y a un pourquoi, « Nous nous rendons visite de grin à grin, pour discuter avec les jeunes qui ont l’intention de partir ou d’autres qui sont conscients de ce danger. Au cours de ces discussions certains d’entre eux disent qu’ils veulent rester mais qu’on les propose quelques choses. Et d’autres disent qu’ils veulent travailler, avoir de visa pour aller par la voie légale. Et certains ont témoigné qu’ils vont tenter et que personnes ne va les décourager à immigrer. Car selon eux partir est une obligation, et que là-bas, il y a un risque de mourir, mais s’ils restent au Mali ils sont déjà mort ».

Bintou COULIBALY

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.