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Pour la valorisation des Manuscrits anciens du Mali : L’ONG SAVAMA-DCI passe à la vitesse supérieure avec une exposition et une campagne

mardi 5 octobre 2021

Dans leur volonté d’éclairer la lanterne des maliens de tout bord sur les enjeux, les défis et les perspectives de la sauvegarde et de l’exploitation efficaces et efficientes des manuscrits anciens, l’ONG AVAMA-DCI et l’UNESCO, ont initié une exposition et une campagne de sensibilisation sur les manuscrits anciens du Mali.

Pour sensibiliser les populations maliennes sur l’importance sociale, culturelle, scientifique et économique des manuscrits anciens, l’ONG SAVAMA DCI, en partenariat avec l’UNESCO, et grâce à un financement de l’Agence Espagnole pour la coopération internationale au développement (AECID), a organisé une exposition de 15 manuscrits anciens. Il faut dire que cette exposition a été organisée autour de 5 thèmes : les manuscrits anciens et les sciences exactes ; les manuscrits anciens et les sciences humaines ; les manuscrits anciens et les cultes, les cultures et les traditions ; les manuscrits anciens et les langues et littératures ; et les manuscrits anciens et le quotidien des populations. « Chaque thème central a été illustré par trois manuscrits, pour un total de 15 manuscrits anciens », nous a indiqué Bazoumana Traoré de l’ONG SAVAMA DCI.

Le vernissage de cette exposition, a été jumelé avec le lancement de la campagne de sensibilisation sur les manuscrits anciens du Mali. Et, le 15 septembre 2021, la salle d’exposition du Musée national du Mali a refusé du monde. Mais, avant la visite de cette belle exposition qui devait y rester jusqu’au 30 septembre 2021, avant de prendre ses quartiers au Mémorial Modibo Keita (27 octobre au 10 novembre 2021), une série de discours ont été dits pour marquer la solennité de l’évènement.

« Cette exposition, dans le cadre de la campagne de sensibilisation et d’information sur les manuscrits anciens est d’une importance capitale », a indiqué le Maire de la Commune III du District de Bamako. Selon lui, cette initiative est à saluer du moment qu’elle vise à éclairer la lanterne des maliens de tout bord sur les enjeux, les défis et les perspectives de la sauvegarde et de l’exploitation efficaces et efficientes de ce patrimoine, afin qu’ils puissent valoriser et exploiter le contenu de ces manuscrits anciens de Tombouctou.

« A l’heure des technologies de l’information et de communication, les manuscrits anciens de Tombouctou restent méconnus par le grand public au Mali et ailleurs », a indiqué d’entrée de jeu Dr Abdel Kader Haïdara, Directeur exécutif de l’ONG SAVAMA-DCI. Et, c’est conscient de cette situation, il dira que l’ONG SAVAMA-DCI et l’UNESCO, dans le cadre de leur partenariat, ont décidé d’initier et de réaliser le projet ‘’valorisation et exploitation du contenu des manuscrits anciens de Tombouctou’’ dont le but principal est d’exposer les manuscrits anciens au public et de le sensibiliser sur leur importance sociale, culturelle, scientifique et économique.

En plus de l’exposition de 15 manuscrits anciens avec comme thèmes centraux, il a annoncé l’organisation d’un parcours pédagogique. Il a indiqué que le parcours sera mis en place autour d’un thème principal : « A la découverte des manuscrits anciens : pensées et supports ». Selon lui, il inclura les activités de calligraphie, de décoration, de préparation d’encre, de préparation du papier pour l’écriture (coupe et réglure), de confection de couverture, etc. « Il sera destiné à un public jeune, scolaire et universitaire qui pourra passer à l’acte en s’essayant à toutes ses activités sous le contrôle d’un artiste calligraphe », a-t-il précisé.

Il a aussi annoncé la projection vidéo de 12 minutes qui tournera en boucle en marge de l’exposition et portera sur l’ONG SAVAMA-DCI et ses actions en faveurs des manuscrits anciens du Mali. Mais, de façon concrète, il dira que la Campagne de sensibilisation autour des manuscrits anciens, s’effectuera à travers l’organisation de Conférences sur les manuscrits anciens, dans les établissements universitaires.

« Comme vous le savez, le Mali est connu pour sa richesse en termes de manuscrits anciens dont les plus anciens datent du XIème siècle et traitent divers sujets », a déclaré Edmond Moukala, Chef de Bureau, Représentant de l’UNESCO au Mali. Selon lui, ces manuscrits témoignent d’une université qui a atteint son âge d’or au XVI siècle. « L’université de Sankoré où il y avait de grands érudits, les gens venaient de partout du monde entier, cette fois-ci non pas pour combattre et/ou sauver le Mali mais pour étudier à Tombouctou », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que ces manuscrits, écrits en arabe pour la plupart, sont une mine de savoir intellectuel, et peuvent nous apprendre énormément sur notre humanité, pas simplement sur le Mali ni sur l’histoire de l’Afrique mais sur notre humanité. « Aujourd’hui encore près de 95% de ces manuscrits sont inexploités. C’est pour vous dire l’intérêt de protéger ces manuscrits, est une nécessité afin de les rendre accessibles à tous », a-t-il déclaré.

Il a indiqué que l’UNESCO à Bamako, en partenariat avec le Ministère de l’Artisanat, la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme et celui de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, avec le soutien des partenaires, s’efforce à accentuer des actions de préservation, de gestion, de valorisation durable des manuscrits anciens du Mali, incluant les questions juridiques pour lutter contre le trafic illicite de ces trésors et de son accessibilité à tous ceux qui souhaitent le connaitre.

Il a estimé que cette exposition et la campagne de sensibilisation sont des moyens pour favoriser la recherche scientifique autour des manuscrits anciens du Mali et promouvoir l’accès du public à ce riche patrimoine culturel encore très peu exploré. « Il permettra ainsi d’impulser une nouvelle dynamique dans le domaine de la recherche scientifique sur les manuscrits anciens au Mali », a-t-il déclaré. .

Pour sa part, José Hornero Gomèz, Ambassadeur du Royaume d’Espagne au Mali, a rappelé que l’Espagne à travers la coopération espagnole, en partenariat avec l’UNESCO et d’autres importantes institutions culturelles des pays de l’Afrique de l’ouest et du sahel, vient en appui depuis quelques années déjà aux actions en faveur de la préservation des anciens manuscrits du Mali et de mener des actions de promotion au grand public de ce riche patrimoine culturel qui peut être exploré d’avantage. « Je tiens à saluer la tenue de cette importante exposition car elle va en ligne droite avec la nécessité de favoriser la recherche scientifique autour des manuscrits et de mener des actions de sensibilisation autour des manuscrits pour tous les citoyens des pays de la région », a-t-il indiqué. Avant de déclaré que l’Espagne reste engagée auprès du Gouvernement du Mali et de l’UNESCO dans la protection du patrimoine et l’histoire du Mali.

Ouvry Bart, Ambassadeur de l’UE au Mali, a rappelé l’importance de l’éducation pour le Mali, afin d’assurer la transmission des valeurs de tolérance et de vivre ensemble, pour favoriser le retour de la paix et le développement. Il a aussi souligné le danger que représentent au contraire l’ignorance et l’obscurantisme. « Ce n’est pas pour rien que lors de l’occupation de Tombouctou par les djihadistes en 2012 les manuscrits et les savoirs qu’ils représentent ont été visés », a-t-il indiqué.

Selon lui, l’histoire doit occuper une place prépondérante dans cette éducation à laquelle tout le monde devrait pouvoir accéder. Pour cela, il a mis un accent sur la chance exceptionnelle que représentent les manuscrits pour avoir un accès direct à l’histoire, au passé. Il a rappelé que les manuscrits traitent de philosophie, droit, mathématiques, astrologie, médecine, musique, etc. . Mieux, il dira que les manuscrits témoignent des échanges entre les communautés. Mais, il a estimé qu’ils sont encore insuffisamment exploités. Au regard de tout cela, il a estimé que la conservation et la valorisation de ces manuscrits méritent toute l’attention et l’accompagnement de l’Union européenne.

« Les manuscrits ont donné à l’Afrique subsaharienne un substrat historique qui lui fut longtemps dénié », a indiqué Andogoly Guindo, Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Touristique et Hôtelière. Selon lui, les manuscrits constituent une composante essentielle du patrimoine culturel écrit du Mali. « Les manuscrits anciens du Mali forment un ensemble de plusieurs centaines de milliers de documents dont les plus anciens remontent au 13e siècle. Ils rassemblent aussi bien des traités savants que des textes religieux ou des documents commerciaux », a-t-il indiqué.

Le Ministre a ajouté que les manuscrits symbolisent un des héritages de la richesse culturelle du Mali, celui que les familles des érudits ont pu conserver. « Ils sont un héritage à sauvegarder, à faire connaître, à valoriser, et à exploiter scientifiquement. Il mérite donc, plus d’intérêt en matière de politique nationale de sauvegarde, de gestion, de valorisation et d’exploitation », a-t-il déclaré.

Le Ministre a estimé que c’est un devoir pour nous de veiller sur l’héritage que nous ont légué Mahamoud Bagayoko, Ahmed Baba, Sidi El-Moctar el-Kebir Kounta, Elhadj Oumar Tall, Ousmane Sosso, Oumar El-Kebir Djiré, Mohamed Abdoulaye Souadou, Salim Kissima, etc. « Le Mali a su faire face à ce devoir dès l’aube de son indépendance à travers la création en 1970, du Centre de Documentation et de Recherche Ahmed Baba à Tombouctou(CEDRAB), avec le concours de l’Unesco, afin de collecter, sauvegarder, valoriser et exploiter les manuscrits anciens. Ce centre, devenu depuis, Institut des Hautes et Recherches Islamiques Ahmed Baba », a-t-il rappelé. Mais, il dira que malgré les multiples initiatives de sauvegarde et de conservation, les manuscrits anciens du Mali sont confrontés à de nombreuses menaces notamment : le trafic illicite, les mauvaises conditions de conservation, les catastrophes pour ne citer que ces exemples.

Il a rappelé l’époque sombre de l’occupation des régions du nord du Mali par des groupes armés. Selon lui, cela s’est traduite par d’importants dégâts causés au patrimoine culturel du pays y compris les manuscrits anciens. « Cette occupation est à l’origine de la destruction intentionnelle de biens culturels de très grande valeur », a-t-il déclaré. Avant de révéler qu’environ 4203 manuscrits du nouveau bâtiment de l’Institut des Hautes Etudes et de Recherche Islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB), ont été détruits. Mais, qu’à cela ne tienne, le Ministre a rappelé que « les communautés locales organisées autour de l’ONG SAVAMA-DCI (sauvegarde et valorisation des manuscrits anciens pour la défense de la culture islamique), qui constitue un réseau des propriétaires de bibliothèques privées, ont pu exfiltrer de Tombouctou dans les conditions précaires, près de 95% des manuscrits anciens de la région dont 22.450 de l’IHERI-ABT, grâce à l’appui technique et financier de nombreux partenaires ». Pour cela, il dira que l’exposition, met en exergue l’ensemble des efforts des hommes et des femmes pour sauvegarder, valoriser et promouvoir ces manuscrits anciens. « La finalité de ce processus, est l’exploitation de ce patrimoine écrit », a-t-il déclaré. Il a salué l’initiative de ce projet de Valorisation et de Promotion des manuscrits anciens du Mali, qui va permettre, à travers cette exposition et la campagne de sensibilisation, à de nombreux maliens, jeunes et femmes, élèves et étudiants, chercheurs et hommes de culture, d’être en contact avec leur héritage, de percevoir sa richesse et d’envisager son exploitation.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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