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Mme N’diaye Ramatoulaye Diallo : « OGOBAGNA est un immense chantier de la reconstruction, … et de la quête de l’idéal de paix auquel aspire notre peuple… »

mardi 28 janvier 2020

« Pour beaucoup, ‘’OGOBAGNA ‘’ est un festival. Pour le Ministère de la culture, bien plus qu’un festival, ‘’OGOBAGNA’’ est un immense chantier, celui de la reconstruction, du rétablissement et de la quête de l’idéal de paix auquel aspire notre peuple, notre peuple que les forces obscurantistes s’emploient à mettre à genoux, à force d’attaques sauvages contre nos forces armées, à force de meurtres de nos citoyens paisibles ». Cette déclaration pleine de sens a été faite par Mme N’diaye Ramoutallaye Diallo, ministre de la culture, le 27 janvier 2020, à l’ouverture de la 5ème édition du Festival Culturel Dogon. Lisez l’intégralité de celle qui a été désignée par les dogons « Yayéré » ou la préférée, la gentille !

DISCOURS DE MADAME LE MINISTRE DE LA CULTURE A L’OCCASION DE LA CEREMONIE D’OUVERTURE DE LA 5èmeEDITION DU FESTIVAL CULTUREL DOGON « OGOBAGNA »

Mesieurs les membres du Cabinet du Ministère de la Culture ;
Monsieur le Maire de la Commune III ;
Monsieur le Représentant de la famille fondatrice du District de Bamako ;
Monsieur le Président de l’Association GINNA Dogon ;
Mesdames et Messieurs les membres de la Commission d’Organisation ;
Mesdames et Messieurs les autorités coutumières, civiles, religieuses, officiers de culte et gardiens de la tradition ;
Mesdames et Messieurs en vos titres, qualités et rangs respectifs ;
Honorables invités ;
Chers festivaliers ;
Mesdames et Messieurs !

Bienvenue sur cette place du cinquantenaire ;
Asalam alekoum ! Amba E Dièlè GuinaDowé ! On Garidian, On tawidian !

Pour beaucoup, « OGOBAGNA » est un festival. Pour le Ministère de la culture, bien plus qu’un festival, « OGOBAGNA » est un immense chantier, celui de la reconstruction, du rétablissement et de la quête de l’idéal de paix auquel aspire notre peuple, notre peuple que les forces obscurantistes s’emploient à mettre à genoux, à force d’attaques sauvages contre nos forces armées, à force de meurtres de nos citoyens paisibles.

Au regard de ce contexte, c’est un immense honneur de prendre la parole ici, sur cette place symbolique du cinquantenaire, à cette 5ème édition du Festival Culturel Dogon « Ogobagna » pour continuer, brique après brique, l’œuvre de reconstruction et de résistance nationale qui, depuis 2012, mobilise l’énergie, la foi et la fierté du peuple malien, un peuple uni et debout derrière son armée nationale, car c’est au prix du sacrifice ultime de nos soldats tombés sur le champ de l’honneur, sous les balles de l’obscurantisme, c’est au prix de leur sacrifice que nous pouvons encore défendre notre diversité culturelle, en relevant des défis comme l’organisation de cet évènement.

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

Permettez-moi d’y insister : Bien plus qu’une semaine de recréation et de festivité, « OGOBAGNA », ce grand évènement fédérateur, est un acte de résistance culturelle, un acte de refus de la barbarie, un acte qui matérialise la vision politique du gouvernement du Mali, en accord avec les orientations soutenues dans « l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger », qui stipule en son annexe 3 que le renforcement du dialogue interculturel passe par la relance des évènements culturels à travers les rentrées culturelles, les Semaines nationales, les Biennales Artistiques et Culturelles et les festivals, parce que la culture est notre rempart collectif contre les forces obscurantistes ; parce que vos valeurs sociétales sont notre bouclier contre la barbarie ; parce que notre ‘’Maaya’’ est notre ultime recourt contre l’obscurantisme et le fanatisme ; parce que ‘’« OGOBAGNA » est ce qui nous unit, par-delà nos différences ethniques, religieuses, culturelles et par-delà même nos différends.

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

Je suis heureuse de faire échos et d’amplifier le message fort des promoteurs du festival« OGOBAGNA », qui entendent redorer le blason de la mansuétude et du vivre ensemble, afin de faire de notre pays le havre de paix qu’il fut d’antan.

La mosaïque de culture exprimée durant ce festival repose sur des formules clés qui ont favorisé pendant des siècles un brassage fécond, une culture de paix fondée sur la connaissance et la reconnaissance mutuelle des valeurs identitaires des différentes ethnies et communautés qui la composent.

La devise du Mali « Un Peuple – Un But – Une Foi » n’est-elle pas la résultante de ce merveilleux brassage multiséculaire ; brassage qui nous a longtemps permis de vivre ensemble dans un cadre de démocratie, de tolérance, de justice sociale et de respect mutuel, en évitant les écueils des politiques identitaires, des clivages ethniques, religieux et linguistiques.

La sauvegarde de la cohésion sociale, du vivre-ensemble et de l’unité nationale va de pair avec la reconnaissance de la diversité culturelle, instrument privilégié du dialogue interculturel. A cet égard, il convient de mettre en exergue et de saluer ici l’action normative de l’UNESCO qui a adopté une déclaration universelle et une convention internationale sur la diversité des expressions culturelles en vue de canaliser les dérives éventuelles d’extrémisme violent et du fanatisme religieux. Le recul ou la méconnaissance de certaines valeurs traditionnelles, conjugué à d’autres facteurs tels que l’enfermement sur soi, l’assimilation inconsciente d’autres valeurs et l’acculturation, entament progressivement et radicalement le tissu social, provoquant une rupture préjudiciable à la bonne marche de la société malienne.
Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

Devant une telle situation, les dispositifs institutionnels mis en place au niveau international pour la résolution des conflits ont tendance à montrer leurs limites. Il importe, par conséquent, d’expérimenter d’autres types de solutions, en l’occurrence ceux qui reposent sur des valeurs reconnues et respectées par les communautés locales. Dans cette optique, la Parenté à plaisanterie « Sinankouya » ou le Cousinage à plaisanterie « tanamogoya » sont des valeurs cardinales ancrées dans l’esprit des populations maliennes et celles de la sous-région et reposent sur des fondements conceptuels, linguistiques, socio structurels, rituels et territoriaux extrêmement solides qui permettent aux hommes et aux femmes de construire la paix et le vivre-ensemble.

C’est une disposition fondamentale qui nous permet aujourd’hui de comprendre l’article 7 de la charte de Kouroukan Fouga, signée sous Soundjata Kéita, qui stipule qu’il : « est institué entre les Mandeka, le Sinankouya. En conséquence aucun différend né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle. Entre beaux-frères et belles sœurs, entre grands parents et petits parents, tolérance et chahuts doivent être le principe. »

En somme, il n’existe pas de développement harmonieux et durable sans la prise en compte des valeurs culturelles fondatrices de notre société. Le Mali ne renaitra de ses cendres que lorsque les Maliens retourneront aux sources, aux valeurs ancestrales pour interroger la science qui sommeille dans l’art de gouverner des rois et chefs coutumiers, la science qui réside dans la pratique des guérisseurs et l’immense savoir inexploré qui dort dans les mécanismes traditionnels de prévention et de règlement des conflits.

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

Nous sommes dans un monde où les mutations et les changements sont aussi imperceptibles et que fulgurants. Cette marche fulgurante de l’histoire nous impose non pas un retour au passé, mais un recourt à nos valeurs civilisationnelles essentielles fondées sur le ‘’Maaya’’, et orientés vers le pardon (yafa), la confiance (danaaya) ; la tolérance (hina), l’humilité (majiguin), la dignité (danbé), autant de valeurs humaines qui ont toujours caractérisé le peuple Manding depuis l’empire du Ghana à nos jours.

Mesdames et Messieurs

Je ne saurais terminer mon propos sans adresser mes vifs et sincères remerciements aux membres de la commission régionale d’organisation, aux autorités politiques et administratives, aux partenaires techniques et financiers et à tous ceux qui de loin ou de près, n’ont ménagé aucun effort pour la réussite de cette activité, j’allais dire, ce chantier de la reconstruction du tissu social de notre nation, rudement éprouvé par les séries d’épreuves auxquelles le Mali a été soumis, des épreuves dont notre peuple triomphera, parce que nous resterons debout sur les remparts de nos valeurs culturelles, debout sur le socle de notre ‘’Maaya’’ et debout sous la bannière de la république. Unis, il n’y a aucun défi au monde, quelque grand fut-il, dont notre intelligence collective ne saurait triompher. Mais pour ce faire, et je termine là-dessus, en restituant à Gabriel Magma ce qui est à Gabriel Magma : Il nous faut non pas un retour, mais un recours à notre héritage culturel. Dans cet exercice d’introspection, deux proverbes me reviennent. ‘’ Yani ka jiggin inbin yoro la, jiggi italon yoro la.’. Pour vaincre le terrorisme, qui frappe le Mali, l’Afrique de l’ouest et le monde entier, il nous faut non seulement nous souvenir de ces perles de sagesse de notre culture, mais il faut davantage en faire des outils opérationnels.

Que nous soyons dogons, peul, bozos, bambara, senoufos, arabe, Touaregs, Sarakolés, tamasheq, … notre culture commune nous apprend aussi ceci : "le lézard ne saurait pénétrer un mur que si celui est déjà fendu". Plus prosaïquement, pour vaincre le terrorisme, notre héritage culturel commun nous invite à nous rappeler une vérité universelle’’ une civilisation n’est détruite de l’intérieur que si elle est gangrénée de l’intérieur’. Un tel état d’esprit est une posture culturelle indispensable à notre réarmement moral pour vaincre le terrorisme et toutes les formes d’extrémisme violent, qui n’a aucune légitimité coranique. Et pour vaincre les ténèbres, je cite cette fois Mamou DAFE, il faut la lumière. La lumière de la culture. La lumière de notre Maaya.

Vive le Mali multiculturel ; le Mali pluriel, mais le Mali uni, solide et solidaire ; un Mali, fier de son passé, et confiant en son avenir.

Merci de votre attention.
Amba E Dièlè Guina Dowé ! Eh leh kaale !

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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