Version imprimable de cet article Version imprimable | |

Lutte contre la corruption au Mali : Les opérateurs économiques prêts à engager le combat, mais souhaitent une nouvelle structuration

mardi 21 mai 2019

Prêts pour engager le combat contre la corruption au Mali, les opérateurs économiques veulent une meilleure structuration de la lutte. Et, cette exigence n’est pas forcement du goût de tous. En sa qualité de porte parole de la Plateforme pour la lutte contre la corruption et le chômage, le Pr Clément Dembélé a été extrêmement maladroit face à cette revendication des opérateurs économiques. Il a laissé entendre que la Plateforme était ouverte et prête à accueillir tous ceux qui le désir, au moment où les opérateurs économiques souhaitent la mise en place d’une nouvelle structure pour porter le combat au-delà de la personne de Mamadou Sinsi Coulibaly.

« Le groupement des commerçants du Mali, dès le début du combat de Mamadou Sinsi Coulibaly contre la lutte contre la corruption au Mali, a décidé de soutenir ce combat », a indiqué Mamadou Baba Sylla, vice Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali et non moins vice président du groupement des commerçants du Mali. Il a ajouté que Mamadou Sinsi Coulibaly a été invité par leurs soins pour avoir plus de détails et pour réfléchir sur la nouvelle structuration de la lutte contre la corruption qu’il a enclenchée.

Le 18 mai 2019, Mamadou Sinsi Coulibaly, Président du Patronat malien, accompagné des membres de la Plateforme pour la lutte contre la corruption et le chômage, dont son porte parole Clément Dembélé, était face aux opérateurs économiques du Groupement des commerçants du Mali.

Des débats, il ressort que Mamadou Sinsi Coulibaly bénéficie de l’entièreté du soutien du Groupement des commerçants du Mali pour la lutte qu’il a engagé contre la corruption au Mali. Et, pour le succès de cette lutte, les opérateurs économiques ont proposé la mise en place d’une structure qui puisse mobiliser le peuple malien dans son ensemble pour booter la corruption au-delà des frontières du pays.

Très positif dans le débat, jusqu’au moment où la proposition de la mise en place d’une nouvelle structure pour conduire la lutte ne soit posée sur la table, le Professeur Clément Dembélé a indiqué qu’aujourd’hui, la corruption est une réalité malfaisante au Mali. Selon lui, si on demande aux Maliens d’indexer les plus gros corrompus, la grande majorité de population va accuser les commerçants et autres opérateurs économiques. Or, c’est faux. Selon le PR Clément Dembélé, plusieurs études ont prouvé que dans 43% de cas de corruption où l’on pourrait trouver un commerçant ou un opérateur économique, il se trouve que ce sont des agents de l’Etat qui les obligent, par des stratagèmes, à débourser de l’argent pour accélérer les procédures administratives, souvent même dans des cas où cela n’exigeait pas légalement de payer quelque chose.

Il dira ensuite que le Mali est pratiquement le seul pays au monde où un milliardaire va à la faillite. Selon lui, ailleurs, dès qu’un citoyen parvient à se taper une certaine surface financière, c’est son Etat qui le protège et lui évite d’aller en faillite, pour la préservation des emplois.

Pour sa part, Mamadou Sinsi Coulibaly a rassuré ses collègues opérateurs économiques du Groupement des commerçants du Mali. « Ce combat contre la lutte contre la corruption n’est pas un combat de Coulibaly. Je ne peux par réussir ce combat sans vous les opérateurs économiques, sans la société civile, sans les maliens et sans le gouvernement », a-t-il indiqué.

En ce qui concerne sa soit disant réconciliation avec Tapily, il dira qu’il n’a jamais rencontré Tapily de toute sa vie. Et, que la fin du conflit entre Tapily et lui, ne signifie pas qu’il va baisser les bras dans la lutte contre la corruption au Mali. « Mon combat contre la corruption au Mali ne vise pas Tapily. J’ai décidé de me battre contre un système qui tue tout le pays », a-t-il déclaré. Avant d’insister : « Je n’ai jamais vu Tapily. Depuis que je suis né je n’ai jamais rencontré Tapily. Bon, les griots sont venus me voir et je n’avais pas le droit de refuser. J’ai écouté les griots. Mais, je n’ai pas décidé d’arrêter de faire la lutte contre la corruption. Mais, je compte sur vous tous pour cette lutte. Je n’ai jamais rencontré Tapily pour finir un conflit. Parce qu’il n’y a pas de conflit entre Tapily et moi. Je suis engagé dans ce combat et je ne peux plus faire machine arrière. Si on recule, on va le regretter de toute notre vie. Je continuerai cette lutte jusqu’à ma mort ». Pour finir, il a invité les opérateurs économiques du Mali, à s’organiser pour combattre avec la dernière énergie le système de corruption imposé au pays par quelques individus. « Mais, que cela soit clair pour tous. Nous ne visons pas un individu précis, mais le système de corruption qui a pris en otage notre pays. Ce combat nécessite l’engagement de tous. Des commerçants détaillants, des grands opérateurs économiques, de la société civile et même du Gouvernement », a-t-il déclaré.

Il a précisé qu’aujourd’hui, à travers leurs différentes organisations les opérateurs économiques du Mali sont en de bons termes avec le gouvernement qui est à leur écoute. « Et, nous devons profiter de cela pour qu’ensemble avec le gouvernement que nous trouvions un commencement à la lutte contre la corruption pour sauver notre pays », a-t-il conseillé. Avant de dire que les gens pensent que quand on décide de lutter contre la corruption, on veut combattre le gouvernement et le pouvoir. « Notre combat ne vise personne. Mais, le système de corruption qui s’est installé en demeure dans notre pays et qui empoisonne toutes les relations », a-t-il indiqué.

Convaincu de la justesse de son combat contre la corruption, Mamadou Sinsi Coulibaly dira tout son soutien à Dr Malick Coulibaly, nouveau ministre de la justice et garde des sceaux. « Nous connaissons l’intégrité du nouveau ministre de la justice et nous comptons sur lui pour l’assainissement de la justice. Pour nous, dès que la justice sera assainie, un grand pas sera fait dans la lutte contre la corruption au Mali, pour ne pas dire que la corruption va reculer », a-t-il indiqué. Avant de dire qu’au Mali on a des magistrats propres, mais on a aussi des magistrats très corrompus que tous connaissent. « Donc, on observe le nouveau ministre dans le choix de ses hommes. S’il fait l’option des magistrats propres, nous allons le soutenir. Mais s’il opte pour des magistrats corrompus, il nous trouvera sur son chemin », a-t-il déclaré.

La lutte contre la corruption au Mali est une question de survie

Pour Mamadou Sinsi Coulibaly, la lutte contre la corruption au Mali est une question de survie. Selon lui, d’ici 2025, si ont ne lutte pas contre la corruption, toutes les entreprises vont fermées. Mais, en réalité, en disant que les entreprises vont fermer Mamadou Sinsi Coulibaly ne voulait pas faire peur. Car, cette fermeture des entreprises sera le fait d’une guerre civile qui va mettre le pays dans les ravins, pour la simple raison que la corruption va créer une injustice telle que les citoyens seront obligés de s’armer pour se défendre et protéger leurs biens. A titre d’exemple, il a indiqué que les prémices sont déjà à nos portes. « De plus en plus, la fortune malienne est concentrée dans la main de quelques maliens seulement », a-t-il dénoncé.

Pour tout cela, Soya Golfa, Président du Groupement des commerçants du Mali dira que la lutte contre la corruption ne peut pas être le fait d’une seule personne. « Elle exige la mobilisation de toute la société malienne », a-t-déclaré. Avant d’ajouter qu’aujourd’hui, les difficultés de vie au Mali sont réelles. « Et, face aux difficultés, personnes ne gardent sa dignité. Les maliens sont des gros travailleurs, mais aujourd’hui, ce peuple travailleur est condamné à la mendicité », a-t-il déploré.

Après avoir dit, dans un langage de vérité qu’on lui connaît, que le médicament de la corruption au Mali passe par les commerçants et les opérateurs économiques, Mamadou Lamine Tounkara, ancien Président de la Chambre de Commerce et d’industrie du Mali, a invité les opérateurs économiques à s’engager dans ce combat qui tue au quotidien les entreprises maliennes. Et, pour éviter que chacun ne se défende comme il peut, comme l’a préconisé Djéri, Mamadou Lamine Tounkara a proposé la mise en place d’une Commission interprofessionnelle de lutte contre la corruption au Mali.

Tout comme Mamadou Lamine Tounkara, le Premier vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali et premier vice-président du Groupement des commerçants du Mali, Mamadou Baba Sylla, a invité les uns et les autres à réfléchir à la structuration de la lutte pour une réussite garantie. Cependant, il a formulé une réserve quand à la mise en place d’une organisation qui va regrouper les Chambres consulaires et les associations professionnelles. Il pense que cela pourra être une source de confusions dans les missions et rôles. « Les chambres consulaires et le patronat n’ont pas la même mission. Le patronat est l’arme du secteur privé. C’est en quelque sorte notre syndicat. Alors que les chambres consulaires sont des émanations de l’Etat. Que chacun joue son rôle. Il ne faut pas créer une confusion dans les rôles », a-t-il indiqué.

Pour sa part, Youssouf Bathily, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali, a regretté que cette rencontre n’ait pas eu lieu depuis belle lurette. Selon lui, si le combat s’organise autour des 6 chambres consulaires du Mali, il n’y a pas de raison qu’elles n’aient pas gain de cause. « Nous contribuons au budget national à hauteur de 1886 milliards de FCFA par an, donc il n’y a pas de raison que l’Etat ne nous écoute pas. Donc structurons la lutte dans l’intérêt de notre pays », a-t-il proposé. Avant d’ajouter qu’il faut aller rapidement dans le même sens. « Créer un bloc avec toutes les chambres consulaires et associations du secteur pour engager cette lutte. Et, la réussite est garantie. Mettre une structure pour piloter cette lutte. Dans le cas contraire ça va être difficile. Personne ne peut refuser de lutter contre la corruption au Mali. Mais, il faut la manière », a-t-il insisté.

Et, face à cette volonté de structuration de la lutte, le Pr Clément Coulibaly comme quelqu’un qui a senti quelque chose lui échapper à sembler perdre son contrôle. Sa prise de parole après celle de Youssouf Batilly fut des plus maladroites. « La plateforme vise à ne faire du combat de la lutte contre la corruption, la seule affaire des opérateurs économiques. La plateforme est ouverte à toutes les organisations du Mali. Désignez des gens qui vont vous représenter dans la plateforme », sont les propos du Pr Clément Dembélé qui peuvent nous amener à nous poser plusieurs questions. Pourquoi, le Pr Clément Dembélé a peur de la restructuration de la lutte ? Pourquoi, le Pr Clément Dembélé veut embrigader tout le monde dans la plateforme dont il est le porte parole ? A-t-il peur de perdre le contrôle du processus ?

Dans tous les cas, qu’il sache que ses propos ne sont pas tombés dans des oreilles de sourds. Il avait en face de lui, des gens qui ne lui ont pas caché le fait qu’ils sont partis de rien pour construire leur fortune contre vents et marées.

Il a fallu, la sagesse de Soya Golfa, président du groupement des commerçants du Mali, pour éviter une déculottée au Pr Clément Dembélé. Parce que des gens avaient commencé à fulminer dans la salle. Et leur prise de parole allait apporter une réponse cinglante aux propos de Pr Clément Dembélé. « Plateforme oui, mais il faut se concerter pour trouver la formule. La plateforme est utile, la société civile est utile, la chambre de commerce est utile. L’essentiel, ce n’est pas un combat contre Tapily, mais contre le système de la corruption qui tue notre pays », est la formule magique qu’a eue Soya Golfa pour mettre fin à la rencontre.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.