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Libération des otages civils et militaires : Les administrateurs civils et les travailleurs des collectivités marchent à Bamako

jeudi 15 octobre 2020

Préfets et Sous-préfets, en tenu de commandement, avec leurs épaulettes de représentation brillant au soleil, des administrateurs civils, les travailleurs du ministère de l’administration territoriale, les travailleurs des collectivités territoriales et les travailleurs des Agence de développement régional, sur initiative du SYNAC, du SYLTMAT, du SYNTRACT et du CS-ADR, ont marché à Bamako, le 15 octobre 2020. Une première à Bamako. Et, comme le jeu en valait la chandelle, cette ultime action visait la libération des otages civils et militaires, notamment les représentants de l’Etat et des travailleurs des collectivités territoriales.

Venus de toutes les régions du Mali, des Préfets et Sous-préfets, en tenu de commandement, avec leurs épaulettes de représentation brillant au soleil, des administrateurs civils, les travailleurs du ministère de l’administration territoriale, les travailleurs des collectivités territoriales et les travailleurs des Agence de développement régional, se sont donnés rendez-vous, le 15 octobre 2020, à 8 h 30, à la Place de l’Indépendance.

De cette place qui symbolise désormais la contestation en République du Mali, les marcheurs ordinaires sont allés à la Primature, par la corniche en passant par l’ENSUP et le CICB.

A la Primature, l’attente fut longue. Ce qui a par moment fait monter la tension. Certains marcheurs estimant qu’ils sont victimes d’un mépris qui ne dit pas son nom. Malgré la désignation de deux délégués par syndicat pour une rencontre avec le Premier Ministre, les administrateurs civils, apparemment très déterminés, tenaient à ce que ce que le Chef du Gouvernement sorte de son bureaux pour venir les rejoindre, sous le soleil, derrière les grilles où ils ont été bloqués pendant de longues heures. Finalement la rencontre à eu lieu sur le perron de la Primature.

Et, au nom des syndicats de la Plateforme d’action commune composée du Syndicat autonome des Administrateurs civils (SYNAC), du Syndicat libre des Travailleurs du Ministère de l’Administration territoriale (SYLTMAT), du Syndicat des Travailleurs des Collectivités territoriales (SYNTRACT) et du Comité syndical des Agences de Développement régional (CS-ADR), Ousmane Christian Diarra, secrétaire général du SYNAC, a lu la déclaration conjointe relative à la demande de libération des otages civils et militaires, notamment les représentants de l’Etat et des travailleurs des collectivités territoriales.

Pour rassurer le Premier ministre qu’ils ne reculeront devant rien pour faire aboutir leurs revendications, d’entrée de jeu, la déclaration a rappelé une citation de Aimé Césaire, tiré du « Cahier d’un retour au pays natal », selon laquelle : « La révolte commence avec l’excès, la démesure ».

Au nom des syndicats réunis, au sein de la Plateforme d’action commune, Ousmane Christian Diarra a rappelé que la Constitution du 25 février 1992, notamment en ses Titre premier, article premier et 2, dispose que « La personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne » et que « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs ».

Cette précision faite, il dira que « les gouvernants ont pour mission première, dans tous les pays du monde, de défendre les intérêts nationaux et de veiller au bien-être de leurs concitoyens ». Conformément à ce principe, il a estimé que l’Etat a « l’obligation d’assurer la sécurité et la protection des représentants de l’Etat ainsi que de tous les agents publics dans l’exercice de leurs fonctions ».

Ousmane Christian Diarra a rappelé « les conditions de vie et de travail exécrables dans lesquelles les autorités maliennes et leurs classes politiques ont délibérément plongé les administrateurs civils, les représentants de l’Etat et les travailleurs du ministère de l’Administration territoriale depuis l’avènement de la IIIème République ». Il a aussi dénoncé « la non-reconnaissance des énormes sacrifices consentis quotidiennement par les administrateurs civils, les représentants de l’Etat et les travailleurs du ministère de l’Administration territoriale pour l’édification d’un Etat crédible au service de la Nation ».

Convaincu de « la méconnaissance, par les gouvernants successifs jusqu’à ce jour, du rôle déterminant des administrateurs civils, des représentants de l’Etat et des travailleurs du ministère de l’Administration territoriale dans l’affirmation de la présence de l’Etat, la consolidation de l’unité nationale et de la stabilité sur toute l’étendue du territoire national, notamment par la défense de l’intérêt général », Ousmane Christian Diarra a regretté « l’inacceptation méprisante et discriminatoire, des autorités à exprimer une pensée affectueuse et émue à l’endroit de tous les otages civils et militaires sur les médias d’Etat, au lieu d’un seul otage en raison de son rang social et de son poids politique ».

Et, pour convaincre les plus sceptiques, il a rappelé que « de 1990 à nos jours, ce sont 20 Préfets et Sous-préfets, ainsi que 13 membres de leurs familles qui ont été tués au service du Mali par les forces du mal, c’est-à-dire les rebelles et les terroristes ; de 2018 à 2020, 8 Préfets et Sous-préfets ont été enlevés par des ravisseurs dans l’exercice de leur fonction dont Ali CISSE et Drissa SANOGO toujours en détention ; une dizaine de secrétaires généraux et régisseurs de mairies sont retenus tous depuis plus d’une année ».

Au regard de cet état de fait, la Plateforme d’action commune a « déploré avec la plus grande consternation la non libération des otages civils et militaires maliens, notamment les représentants de l’Etat et agents des collectivités territoriales ». Elle a profité pour « exprimer sa totale incompréhension devant l’indifférence, le mépris et l’absence d’empathie des autorités maliennes face aux désespoirs des otages, les souffrances de leurs familles et l’angoisse de leurs collègues ». Pour cela, Ousmane Christian Diarra a « dénoncé avec colère et frustration, la libération de plus de 200 terroristes aux mains maculées de sang malien au profit principalement d’otages occidentaux et dérisoirement d’un seul compatriote ». Dans un tel contexte, les syndicats ont « exprimé leur déception, leur humiliation et leur indignation face à cette priorisation des otages occidentaux au détriment des otages maliens, civils et militaires ».

Pa railleurs, la Plateforme d’action commune des syndicats ont « protesté vivement contre l’ingratitude de Mme Sophie Pétronin, ex-otage française, à l’égard d’un Etat qui a abandonné pour elle ses propres ressortissants » et « se sont dressés contre ses insultes à la mémoire des millions de victimes de la barbarie sanglante d’hommes sans foi ni loi, qualifiés si affectueusement par elle de « combattants contre l’injustice de l’Etat malien qui ne tient pas parole ».

Mais, qu’à cela ne tienne, la Plateforme d’action commune des syndicats a « exigé la libération de tous les otages civils et militaires dans les meilleurs délais et réclament, en attendant leur libération, une plage de soutien et de solidarité nationale dans la grande édition de 20H de l’ORTM ».

Et, plus grave, en guise de protestation, selon Ousmane Christian Diarra, « les militants des syndicats de la plateforme d’action commune décident de rendre au Chef de l’Administration malienne (le Premier Ministre) les épaulettes de la représentation de l’Etat, les stylos et papiers qui font leurs distinctions parmi les autres agents de l’Etat ». Pour terminer, il a annoncé leur soif inextinguible pour un Mali juste, équitable et soucieux du bien-être de toutes ses filles et de tous ses fils.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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