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LES VENDEURS D’HERBES POUR MOUTON : Un effort pharaonique pour rendre service

lundi 9 septembre 2019

Par amour pour les moutons, nombreux sont les bamakois qui se sont installés dans des élevages de prestige. Dans une ville sans pâturage, faire l’élevage de moutons devrait être un parcours de combattant. Mais, fort heureusement, cet amour de certains citadins pour les moutons, a créé une belle opportunité pour d’autres. Nombreux sont aujourd’hui des pères de familles à Bamako qui trouvent leur salut dans la vente de l’herbe et des feuilles qui servent à nourrir les moutons de case. Nous vous invitons à une incursion dans l’univers des vendeurs d’herbes pour bétail à Bamako, une activité qui a tout l’air d’un « effort pharaonique pour peu de sou », selon ceux qui l’exerce.

Le petit soir. A la fermeture des bureaux et des commerces. Dans certains espaces de Bamako, comme dans plusieurs capitales régionales du Mali, l’on est attiré par une activité toute particulière : La vente d’herbe et de feuilles.

Cette activité florissante se justifie par le nombre des éleveurs de moutons de case qui doivent s’assurer un approvisionnement quotidien pour ne pas affamer leurs bêtes. Cependant, nombreux sont les acheteurs qui ignorent l’effort exceptionnel que fournissent les vendeurs d’herbes et de feuilles pour garantir l’approvisionnement régulier de leur point de vente.

Selon des témoignages, au regard du développement de la ville de Bamako, il faut parcourir plusieurs kilomètres loin des frontières de la cité des trois caïmans pour avoir de la bonne herbe et des feuilles d’arbustes spécifiques prisées par les moutons.

« Nous nous réveillons tôt le matin, à vélo ou à moto, mais de plus en plus en ‘’Katakatani’’ (les tricycles motorisés) pour parcourir des kilomètres loin de la ville de Bamako, pour nous approvisionner en herbe ou en feuilles », nous a indiqué Lamine Samaké, vendeur d’herbe, installé non loin de la boîte de nuit IBIZA, sur la route de Koulikoro. « Je me réveille chaque jour à 5h 30, pour aller m’approvisionner en herbe jusqu’à Moribabougou. Après ma récolte, je reviens rapidement sur Bamako aux environs de 9 heures pour vendre une partie de ma provision aux clients matinaux », a-t-il indiqué. Avant de nous indiquer qu’au regard de l’effort exceptionnel à fournir, qu’à son sens l’activité n’est pas très rentable. Selon lui, par jour, il arrive tout de même à empocher 2000 FCFA à 2500 FCFA. « Je fais ça pour ne pas rester à la maison et ne pas être dépendant des autres », a-t-il ajouté.

Pour sa part, Mohamed Coulibaly, un autre vendeur d’herbe, pense qu’avec l’hivernage, l’activité devient moins pénible. « Avec l’hivernage, les herbes poussent et les arbustes reverdissent. Par conséquence, je fais moins de distance pour m’approvisionner. En cette période, je pars chercher l’herbe sur la colline vers l’hôpital du Point G et souvent vers Niaréla au bord du fleuve Niger », a-t-il ajouté. Cependant, il a reconnu que certains vendeurs vont jusqu’à Sénou pour s’approvisionner. « C’est souvent le cas pour moi aussi, mais seulement pendant la saison sèche », a-t-il précisé.

Cependant, il faut reconnaitre que tous ne vendent pas que de l’herbe et des feuilles récoltés à des kilomètres autour de Bamako. Nombreux sont ceux qui en plus de la vente d’herbe et des feuilles, vendent aussi des tiges d’haricot et d’arachide. Et, c’est le cas de Boubacar Diakité. « Moi je vends l’herbe, plus les tiges d’arachides et les feuilles d’arbres », nous a indiqué Boubacar Diakité. Dans une démarche que nous avons trouvée comme très stratégique, il nous dira qu’il y a de nombreux vendeurs dans leur espace de vente. « C’est pourquoi, en plus de l’herbe et des feuilles, je vends des tiges d’arachide et de haricot », a-t-il précisé. Avant d’ajouter qu’il prend la peine de faire des tas qu’il vend à prix fixe. « Je vends mes tas à des prix compris entre 200 FCFA et 500 FCFA, de telle sorte que j’arrive à faire une recette journalière qui varie de 4000 FCFA à 5000 FCFA », a-t-il indiqué.

Mais, il faut dire que l’activité de vendeur d’herbe et de feuilles, n’est pas sans risque. « Le premier risque de ce métier est qu’à tout moment on peut se blesser à la main », nous a indiqué Boubacar Diakité. Selon lui, une petite inattention peut avoir des conséquences tragiques lors de l’utilisation de la faucille pour couper les herbes. Pire, il a estimé qu’on peut aussi se faire mordre par les serpents dans les hautes herbes, sans oublier les risques d’accident dans la circulation. « J’ai été victime de tous ces accidents dans ce travail. « C’est pourquoi mes frères se chargent d’aller faire l’approvisionnement à ma place », a-t-il ajouté.

En effet, c’est par un fait de pur hasard que notre interlocuteur s’est retrouvé dans la pratique de cette activité. « Je me suis retrouvé dans ce travail grâce à un ami. On vendait ensemble les moutons et les chèvres. Et, lui il allait chercher l’herbe pour les animaux et vendait le reste quand ses animaux étaient rassasiés. Et peu de temps après son départ au village les gens venaient demander de l’herbe. Je me suis dit que je pouvais faire pareille que lui. Donc, je me suis engagé à mon tour à la vente de l’herbe et des tiges d’arachide et maintenant, je vends les feuilles d’arbre », a-t-il conclu.

Cheick Hamala Touré
Stagiaire

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.