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LES ADMINISTRATEURS CIVILS AU PREMIER MINISTRE : « Nous demandons l’application… des points d’accord des différents procès-verbaux… »

lundi 17 août 2020

A la suite de la décision de l’Etat de satisfaire aux revendications des Magistrats, le Syndicat Libre des Travailleurs du Ministère de l’Administration Territoriale (SYLTMAT) et le Syndicat Autonome des Administrateurs Civils ont décidé de déterrer la hache de guerre. Ils veulent d’ici le 18 août 2020 que l’Etat leur dise quelque chose de concret quand à l’application des différents protocoles d’accords. A défaut, ils se réservent le droit de déclencher une grève de 360 jours renouvelable. Lisez l’intégralité de la lettre adressée au Premier Ministre !

Après dix-huit années d’existence, nos deux organisations syndicales n’ont déposé qu’un seul préavis de grève en 2007. Les autorités d’alors ont reconnu la pertinence et la justesse de la demande, surtout la grande civilité et le patriotisme dont ont toujours fait montre nos responsables syndicaux et nos militants.

Nonobstant le mépris flagrant à notre égard, frisant l’irrespect depuis l’avènement de la 3ème République, les Administrateurs civils et les Représentants de l’Etat n’ont de cesse mis l’intérêt général devant l’intérêt corporatiste.

De par leur formation de base, leur caractéristique fondamentale de corps interministériel, constitué de commis de l’Etat soucieux de l’intérêt général, de par surtout la déontologie rigoureuse de leur profession, les Administrateurs civils et Membres du Corps préfectoral ont consenti et continuent de consentir d’énormes sacrifices que nul autre ne saurait faire.

De la deuxième rébellion déclenchée en juin 1990, dont les deux premières victimes furent le chef d’arrondissement de Tindermène, Moussu DIALLO et son épouse enceinte de huit mois, aux événements que nous vivons depuis 2012, les Administrateurs civils et Représentants de l’État ont perdu vingt des leurs et treize membres de leurs familles, soit 33 victimes au total.

De mars 2018 à mai 2020, six Sous-préfets et deux Préfets furent pris en otage par des terroristes sans que l’État lève le petit doigt ou fasse acte de solidarité à leurs ayants-droit, exception faite de l’appui dérisoire (en comparaison à celui fait pour son codétenu) à la famille du Préfet de Ténenkou pendant cinq sur neuf mois de captivité. Aujourd’hui encore le Sous-préfet de Farako, enlevé depuis le 8 décembre 2019 et le Préfet de Gourma-Rharous, kidnappé le 2 mai 2020 sont jetés dans les oubliettes des faits divers bannis. Leurs familles, sans aucun soutien, sont dans le désespoir total, scrutant en vain le moindre signe d’espoir.

Nous sommes les seuls corps civils, au Mali comme dans tous les autres pays du Sahel confrontés au terrorisme à connaître une telle hécatombe. Dans toute l’histoire de notre pays, aucune corporation, à part les forces de défense et de sécurité, ne peut se targuer d’avoir autant donné de son sang.

Par ailleurs, l’absence de primes et d’indemnités spécifiques pour les Administrateurs civils parmi tous les autres corps de la fonction publique, dénote du mépris flagrant dont ce corps a toujours été la seule et unique victime.

L’esprit patriotique, qui nous anime, a poussé nos deux organisations syndicales à éviter, par deux fois, de prendre l’État en otage en situation défavorable pour chercher à obtenir des intérêts corporatistes comme il est de coutume :

• La première fois pour permettre la tenue de l’élection présidentielle de 2018 que nous croyions déterminante pour la stabilité de notre pays, en remettant à plus tard l’obtention d’avantages financiers proposés par nos autorités de tutelles elles-mêmes.
• La seconde fois en acceptant d’aller sans conditions aux législatives de mars et avril 2020 malgré des conditions sécuritaires très risquées qui s’avérèrent par la suite fatales au Sous-préfet de Dinangourou, le 09 avril 2020 et dramatiques au Préfet de Gourma- Rharous le 2 mai 2020.

Malheureusement, nous sommes au regret de constater que tous ces sacrifices ne suffisent pas pour faire comprendre aux autorités nationales le rôle et la place des Administrateurs et Représentants de l’État dans la construction, le renforcement et l’exercice de l’autorité de l’État à tous les échelons.

En dépit de tous ces sacrifices, il nous a été opposé, par lettre n°00795/MEF-SG du 25 février 2020, un problème de soutenabilité budgétaire pour l’octroi d’indemnités, de primes, avantages et privilèges accordés aux Membres du Corps préfectoral. Au même moment et dans le même contexte, nous assistons incrédules à la satisfaction de doléances postérieures aux nôtres, à coups de plusieurs dizaines de milliards.

Compte tenu de ce qui précède, nous demandons l’application immédiate des points d’accord des différents procès-verbaux des 24 mai 2018, 27 juin 2018, 4 juillet 2018, 8 février 2019 et 26 mai 2020, notamment en ce qui concerne :

• L’octroi de primes et indemnités aux Administrateurs civils et aux Membres du Corps préfectoral ;
• La sécurisation de tous les Représentants de l’État ;

Pour la satisfaction diligente de certains points d’accord susvisés, nous exigeons l’adoption des projets de texte ci-joints.

En cas de non satisfaction intégrale de ces doléances, au plus tard le mardi 18 août 2020, nous nous réservons le droit de :

1- Nous abstenir de communiquer toute information / situation à la hiérarchie avant l’effectivité du mot d’ordre de grève ;
2- Déposer un préavis de grève de 360 heures renouvelable pour la mémoire :
• du camarade Moussa D1ALLO et de son épouse enceinte de huit mois, premières victimes de la rébellion de 1990 ;
• du camarade Mohamed SANGARE et de son fils tués le 5 avril 2012 après la prise de Gao ;
• des camarades Amadou Belco BAH, Mary DIARRA, Drissa COULIBALY, Sékou CISSOUMA, Paul Marie SID1BE, Mahamane B. TOURE, sauvagement assassinés lors de la visite controversée du Premier ministre Moussa MARA à Kidal, le 17 mai 2014 ;
• du camarade Moussa CAMARA, tué le 9 avril 2020 par un engin explosif improvisé ;
• d’Amicha TRAORE, épouse du Premier adjoint ou Préfet de Gao, tuée le 13 juillet 2019, à la suite de la tentative d’enlèvement du véhicule de fonction de son époux ;
• des douze autres Administrateurs et Représentants de l’État qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leur fonction et la défense de l’État ;
• des dix autres membres de famille, morts en accompagnant leurs conjoints et parents dans l’œuvre d’édification de la nation ;
• pour les otages Ali CISSE, Sous-préfet de Farako, enlevé le 8 décembre 2019 et Drissa SANOGO, Préfet de Gourma-Rhaous, enlevé le 2 mai 2020.

Bamako, le 11 août 2020

Pour le SYNTMAT, le secrétaire général Olivier Traoré
Pour le SYNAC, le secrétaire général Ousmane Christian Diarra

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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